A Lyon, la guerre de succession est déclarée

Lyon (AFP) –

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Qui va à la chasse, perd sa place? Parti au gouvernement puis revenu à Lyon, Gérard Collomb pensait y avoir assuré ses arrières. Mais son ancien lieutenant David Kimelfeld est désormais son concurrent déclaré pour les élections de 2020.

Au printemps 2017, c'est à lui que le ministre de l'Intérieur avait confié la présidence de la métropole, véritable siège du pouvoir lyonnais - le fauteuil de maire revenant à Georges Képénékian, autre fidèle. Dix-huit mois plus tard, M. Collomb quittait la place Beauvau pour rallier ses terres, avec la ferme intention d'y régner encore quelques années.

Pour l'heure, le baron est redevenu maire mais n'a pas retrouvé sa place à la tête de l'agglomération, que M. Kimelfeld s'était pourtant dit disposé à lui rendre. Officiellement, l'ex-ministre a voulu devancer l'application de la loi, qui interdira le cumul des postes au prochain mandat. En réalité, sa réélection était loin d'être acquise dans l'hémicycle métropolitain, où il s'est fâché avec des alliés historiques.

De quoi donner des ailes à son remplaçant? "Je ne suis pas un intermittent ou un intérimaire", martelait M. Kimelfeld au retour de son mentor en octobre, assurant "vouloir jouer un rôle en 2020". La confirmation est venue mardi: "je serai bien sûr candidat", a-t-il affirmé au "Talk" du Figaro.

Sollicité pour un commentaire, M. Collomb est resté silencieux. L'annonce de son rival ne devrait pas améliorer leurs relations, glaciales. "La situation est extrêmement tendue, on le voit dans les expressions publiques", confiait en décembre l'entourage de M. Kimelfeld.

A l'automne, à un journaliste qui comparait la politique lyonnaise à une tragédie grecque, l'ex-ministre - ancien professeur de lettres classiques - avait répondu en citant les Atrides, famille maudite de la mythologie dont la destinée est marquée par l'infanticide et le parricide.

- Rapport de forces -

Faudra-t-il "tuer" le père - ou le fils - pour la capitale des Gaules ? Il y a trois ans, MM. Collomb et Kimelfeld s'étaient entendus sur un partage du pouvoir: en 2020, sous réserve de succès électoral, le premier aurait la métropole, le second la mairie. Mais la parenthèse gouvernementale a bouleversé l'ordre des choses.

De son propre aveu, "Gégé", comme on le surnomme entre Rhône et Saône, n'a jamais coupé le cordon avec "sa ville" et l'ambiance de travail à la métropole, où deux de ses proches contrôlaient le cabinet de Kimelfeld, s'est envenimée au fil des mois. "Il y a des gens ici qui montaient place Beauvau avec des dossiers sous les bras, il n'est jamais vraiment parti", juge un élu écologiste.

Pour affirmer son indépendance, l'ex-dauphin devenu rival a fait le ménage autour de lui et depuis, pas une semaine ne passe sans qu'une anecdote - nomination à un poste clé, problème de protocole, course aux inaugurations - ne vienne illustrer le rapport de forces entre les deux hommes.

Plus jeune (57 ans contre 71), moins connu mais plus enclin au dialogue, David Kimelfeld, ex-infirmier devenu chef d'entreprise, ancien socialiste passé lui aussi chez LREM, incarne un nouveau style et insiste sur les enjeux climatiques et sociaux quand Gérard Collomb se focalise sur l'attractivité économique de Lyon.

Reste que la majorité que chacun aspire à rassembler, du centre-droit à la gauche en passant par les verts, est la même et il n'y aura pas de place pour deux, sauf à conclure un nouveau pacte: à Kimelfeld la métropole et à Collomb la mairie ? Pas sûr que celui-ci s'en contente - pour l'instant, il est candidat aux deux.

"La question est de savoir si l'on va éviter le drame d'une deuxième liste", souligne un animateur local d'En Marche. Le parti tranchera-t-il au moment des investitures ? Pour un proche du maire, "personne ne décidera à la place de Collomb, même si à la fin tout le monde doit perdre".