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RD Congo : Félix Tshisekedi débute son mandat dans l’ombre de Joseph Kabila

Félix Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), lors d'une conférence de presse dans sa résidence le 12 octobre 2017 à Kinshasa.
Félix Tshisekedi, leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), lors d'une conférence de presse dans sa résidence le 12 octobre 2017 à Kinshasa. John Wessels, AFP

Félix Tshisekedi sera investi jeudi nouveau président de la République démocratique du Congo. Contesté, sera-t-il capable d'incarner une véritable alternance à la tête du pays ? Joseph Kabila le laissera-t-il gouverner? Analyse.

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La République démocratique du Congo (RD Congo) vivra, jeudi 24 janvier, une investiture comme le pays n’en a jamais connue. Pour la premère fois, les Congolais seront témoins d’une transmission pacifique du pouvoir présidentiel entre un président sortant, Joseph Kabila (18 ans au pouvoir), et son successeur, Félix Tshisekedi. Pour vivre cela, il aura fallu sacrifier une vérité des urnes. Le fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi a été déclaré vainqueur par la Cour constitutionnelle alors que l’Église catholique et ses 40 000 observateurs ont annoncé comme réel vainqueur de la présidentielle Martin Fayulu. 

Ce dernier, malgré l’annonce des résultats définitifs, continue de contester le sacre du leader de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Il se considère comme “le seul président légitime” de la RD Congo et appelle à un mouvement populaire. Mais la communauté internationale, après quelques errements des doutes sur la crédibilité des résultats, semble avoir tourné la page de la contestation et s’est dit prête à travailler avec le nouveau président élu.

S’affranchir du clan Kabila

Félix Tshisekedi doit très vite apprendre les rouages du pouvoir. Sans perdre de temps, celui dont la famille est restée près de 36 ans dans l’opposition a rencontré, bien avant sa prestation de serment, des officiels et des généraux issus de l'appareil d'État et sécuritaire sur lesquels Joseph Kabila - désormais sénateur à vie - règne.

Une question reste cependant sur toutes les lèvres. Félix Tshisekedi aura-t-il les coudées franches pour diriger l’un des plus grands et riches pays d’Afrique ? Pourra-t-il s’affranchir de Joseph Kabila dont la coalition, le Front commun pour le Congo (FCC), a rafflé la grande majorité des sièges (300 sur 500) de l’Assemblée nationale, et ce malgré l’échec cuisant de son candidat Emmanuel Ramazani Shadary ?

La coalition Cap pour le changement (Cach) de Félix Tshisekedi et de Vital Kamerhe ne se console qu’avec une quarantaine de députés. Dans ces conditions, une cohabitation avec un Premier ministre désigné par Joseph Kabila est inévitable. Quelques noms circulent déjà : Jean Mbuyu, conseiller spécial de Kabila en matière de sécurité ou encore Henri Mova Sakanyi, vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur.

Déjà, les deux coalitions pro-Kabila et pro-Tshisekedi ont signé un "accord de coalition politique" et de "partage de pouvoir", d'après un document que l'AFP s'est procuré. Ce document prévoit une "répartition par famille politique des postes ministériels et autres postes administratifs".

>> À lire aussi : RD Congo : Félix Tshisekedi, un héritier de l'opposition aux portes de la présidence

Certes, les ministères régaliens (Affaires étrangères, Défense et Intérieur) doivent "revenir à la famille politique du président élu", mais “Félix Tshisekedi a les mains liées", explique Gérard Prunier, spécialiste de l’Afrique, et chargé de recherche au CNRS. "Il ne pourra pas s’affranchir du clan Kabila qui a encore une mainmise sur l’économie. Félix Tshisekedi n’a ni le charisme ni la popularité de son père", ajoute le chercheur contacté par France 24.

“Détrompez-vous !", retorque Alexandre Kiyedi, représentant de l’UDPS à Paris, joint par France 24. “Félix Tshisekedi est le seul président de la République. Personne ne viendra nous dicter quoi que ce soit.” Dans une interview accordée à Jeune Afrique la veille du scrutin présdentiel, Joseph Kabila a promis ne pas faire de l’ombre à son successeur, quel qu’il soit. “Le président proclamé élu sera le président de la RD Congo, avec tous les pouvoirs pour appliquer son programme”, a-t-il affirmé avant de préciser : “J’espère bien qu’il y aura entre lui et moi une ligne de communication. Mes dix-huit ans à la tête de ce pays valent bien quelques conseils utiles à condition qu’on me les demande.”

L’échec du candidat du régime, Emmanuel Ramazani Shadary, traduit bien un rejet populaire de Joseph Kabila. Mais le désormais ex-président a défendu, dans de rares entretiens accordés aux médias français, un bilan positif. ‘’Un pays sans problèmes, c’est le paradis. Mes détracteurs peuvent aller au diable", a-t-il réagi dans un entretien accordé au journal Le Monde. “À mon arrivée à la tête de l’État en 2001, j’avais promis la réunification du pays, la stabilité de l’économie, la démocratisation et la reconstruction. La croissance économique n’a jamais été de moins de 3 %, le pays est uni et j’ai organisé trois élections avec celle de dimanche.”

Pacifier le pays

Sauf que la RD Congo est toujours en proie à des conflits dans l’est du pays où des milices étrangères continuent de piller les richesses minières. Ce défi sécuritaire reste la priorité de Félix Tshisekedi. À Jeune Afrique, il a affirmé vouloir s’investir très fortement "dans la recherche de la paix et de la sécurité". Et d'ajouter : "C’est pour ça que je me rendrai à l’Est pour me rendre compte de la situation. Je vais demander aux Nations unies de ne pas retirer leurs troupes et, si possible, de les renforcer.” Un discours que confirme Alexandre Kiyedi, pour qui la solution à l’Est réside dans “le dialogue avec les pays voisins comme le Rwanda ou l’Ouganda”. Beaucoup de combattants des groupes rebelles comme les ADF viennent de ces pays. “Mais Félix Tshisekedi connaît très peu l’Est du pays qui est dans un état d’anarchie permanente. Je ne vois pas comment il pourrait s’en sortir”, s’interroge Gérard Prunier.

C’est lors de la campagne électorale que le nouveau président élu s’est rendu pour la première fois dans les provinces du Kivu, accompagné de son binôme Vital Kamerhe. Au journal Le Monde, il a avoué avoir été bouleversé par ce qu’il a vu et entendu. Il a surtout découvert la réalité de populations vivant dans la peur d’être tuées par des groupes armés. Et leur a promis le retour à la sécurité.

>> Lire aussi : Les voisins de la RD Congo divisés par l’élection de Félix Tshisekedi

Pour y arriver, il faudra réformer l’armée et la délester des anciens combattants de milices qui ont encore des relais au sein des groupes rebelles. “L’armée est aujourd’hui composée de conglomérats de milices qui se sont battues il y a une dizaine d’années. Ce sont des gens qui ne sont pas du tout formés. Il faut donc reconstituer une armée responsable et républicaine”, a affirmé Félix Tshisekedi à Jeune Afrique.

Comme Joseph Kabila avant lui, le nouveau président a mis son mandat sous le signe de la réconciliation entre les Congolais. Il a appelé à un gouvernement d’union nationale où toutes les forces politiques pourraient être représentées. Une main tendue surtout en direction de Martin Fayulu, le perdant de la présidentielle. Mais l’appel a été rejeté par ce dernier. “Martin Fayulu est un mauvais perdant. Il y a deux mois, il n’était pas connu. Il n’aurait jamais atteint ce score sans Jean-Pierre Bemba et Moise Katumbi” provoque Alexande Kiyedi.

Sur le plan écnonomique, Félix Tshisekedi promet plus de 86 miliards de dollars sur dix ans pour lutter contre le chômage, éradiquer la pauvreté et augmenter le revenu moyen de la population. C'est sur ces derniers thèmes que l'attendent la plupart des Congolais dont 80 % vivent sous le seuil de pauvreté, selon le FMI.

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