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“Où va l’argent ?” : impôts et dépenses publiques au cœur du débat de Trouville-sur-Mer

Les dépenses publiques ont été au coeur des discussions du premier débat public à Trouville-sur-mer, le 24 janvier 2019.
Les dépenses publiques ont été au coeur des discussions du premier débat public à Trouville-sur-mer, le 24 janvier 2019. France 24

Pour le premier débat public organisé, jeudi, par la ville normande de Trouville-sur-Mer, les participants ont fait part de leur grande inquiétude quant à l'avenir. En cause : une vision trop financière de la société.

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Ils étaient une petite cinquantaine, tout au plus, réunis dans la salle des mariages de l’hôtel de ville de Trouville-sur-mer (Normandie), qui jouxte le fameux casino. Des hommes et des femmes, le cheveu grisonnant pour la grande majorité. Des élus municipaux, des agents de la ville et des Gilets jaunes, dont le mouvement de contestation est à l'origine du grand débat national voulu par le président Emmanuel Macron. Il ne restait pas un seul siège de libre dans la salle municipale, s’est félicité jeudi 24 janvier le maire centriste, Christophe Caron (UDI), qui organisait la première consultation de sa ville. Au programme : les dépenses publiques et la transition écologique. Le premier thème a nettement évincé le second.

“Il faudrait réduire le nombre de députés. Il faudrait aussi réduire leur frais personnels. Ça nous coûte une blinde”, lance un fonctionnaire de la ville qui se présente comme un “Gilet jaune dans l’âme et dans le coeur”. "Sur 1 000 euros de dépenses publiques, cela ne représente qu’un euro”, lui rétorque Élisabeth Schemla, conseillère municipale d’opposition (LREM). Le maire surenchérit : “Cette mesure ne serait que symbolique“. “Mais c’est à cause de ces montants que les Gilets jaunes ne se sentent pas respectés”, tranche-t-on dans la salle.

Durant les deux heures de débat rythmé, une question – entendue sur les rond-points – revient régulièrement. “Où va l’argent ? Où va notre argent ?”, s’interrogent plusieurs Trouvillais. “Nous avons le record de la pression fiscale : la TVA, l’impôt sur le revenu, la CSG… et pourtant les services publics disparaissent, les hôpitaux et les gendarmeries ferment et les maternités s’éloignent”, questionne l’un d’entre eux.

"Les fonctionnaires, notre lien social"

“Je me suis penchée sur le budget de l’État, je n’ai rien compris, commente une autre participante. J’ai juste vu une masse salariale énorme. Mais où sont les fonctionnaires ?”

Sur ce point, l’assemblée fait bloc pour défendre les agents de l’État. Un employé municipal reconnaît : “Que ce soit sous Chirac, Sarkozy, Hollande ou Macron, on nous sert le même discours en disant qu’il y a trop de fonctionnaires. À chaque fois, on nous matraque et pourtant cela fait huit ans que l’on nous gèle notre point d’indice", ajoute le fonctionnaire, payé 1 500 euros net par mois.

Un médecin à la retraite vient en renfort : “Il faut arrêter d’avoir une vision financière de la société car c’est ce qui aboutit à la fracture sociale. Les fonctionnaires ont bon dos mais sont là pour créer du lien social, pour aider les personnes qui en ont besoin, comme ceux au centre des impôts qui expliquent le prélèvement à la source ou encore les postiers”.

"Il faut chercher l’argent chez les gros"

“La base de notre pays, c’est le service public”, surenchérit un autre Trouvillais qui préfère pointer du doigt “les riches de plus en plus riches face aux pauvres de plus en plus pauvres”.

Dans un coin de la salle, une participante aux cheveux rouges se fait entendre : “Il ne faut pas chercher l’argent chez les fonctionnaires mais chez les gros”, commente-t-elle, avant d’ajouter que “60 à 80 milliards d’euros nous échappent chaque année dans les paradis fiscaux”. Une idée se détache, relève le maire, “la lutte contre les évasions fiscales”.

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Découle alors le thème de l’impôt sur la fortune (ISF). Un participant demande son rétablissement. Depuis sa suppression, les dons auprès de nombreuses associations ont chuté.

Autre sujet évoqué : les 35 heures qui ont été créées “pour faire de l’embauche mais ça n’a pas marché”, s’indigne un autre Trouvillais. Il cite ensuite l'exemple d'une boulangerie du département condamnée pour être restée ouverte sept jours sur sept. Une décision dure à accepter pour les gérants, qui risquent de licencier. "On nous empêche de travailler", lance-t-il. Salve d’applaudissement dans la salle.

"Un débat qui n’avance pas"

À la question “Où va l’argent ?”, un autre fonctionnaire affirme que la réponse se trouve sur le site Internet du grand débat national. Sur 1 000 euros d’impôt prélevé, il est indiqué que 575 euros sont dédiés à la protection sociale (retraites, assurance-maladie, chômage). Le débat dévie alors sur les sans-emplois. “C’est un sujet qui n’a jamais été abordé par les Gilets jaunes alors qu’il concerne 10 millions de personnes, dont trois millions de jeunes [ayant] entre 15 et 34 ans”, souligne Élisabeth Schemla, l’élue de l’opposition.

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Pour elle, le sujet est d’autant plus fondamental qu’à Trouville-sur-Mer, les restaurateurs peinent à recruter en raison des salaires peu attractifs. “On pourrait envisager un contrôle plus accru des demandeurs d’emplois et une revalorisation des bas salaires”, commente le maire, conscient que “pour beaucoup de PME, cela est synonyme de faillite”.

L’inégalité d'un salaire minimum à l’échelle européenne “crée une concurrence déloyale”, dénonce un autre fonctionnaire. Il s’élève à 500 euros en Pologne, 900 en Espagne, contre 1 500 en France. “Faut-il envisager un salaire minimum uniforme pour éviter la mise en concurrence des travailleurs ?”

Au milieu du flot de questions, quelques Trouvillais s'extirpent discrètement de la salle. Parmi eux, Michel, 77 ans, se dit déçu par ce débat qui “n’avance pas”. “On ne sait toujours pas comment faire pour vivre avec 600 euros par mois”.

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