"Les Troyens", giga-opéra français, s'empare à nouveau de Paris

Paris (AFP) –

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Il y a 30 ans, François Mitterrand inaugurait l'Opéra Bastille, mastodonte architectural qui donnait quelques mois plus tard une oeuvre à sa démesure: "Les Troyens", méga-opéra français de cinq heures qui fait aujourd'hui son grand retour.

C'est l'un des points d'orgue de cette année anniversaire à plus d'un titre: l'Opéra de Paris --le plus grand au monde avec ses deux scènes, Garnier et Bastille-- a 350 ans, Bastille en a 30, et c'est le 150e anniversaire de la mort d'Hector Berlioz, un des plus grands compositeurs français, auteur des "Troyens".

Cet opéra est peu monté et pour cause: il dure un peu plus de cinq heures --deux entractes compris-- et, dans la nouvelle production donnée en première mondiale vendredi soir, le monter nécessite au moins 300 personnes sur scène, entre techniciens, artistes de choeur et interprètes.

Pas de quoi impressionner le Russe Dmitri Tcherniakov, un des plus grands metteurs en scène au monde: "L'espace à Bastille, les 300 personnes, les cinq heures, ça ne me fait pas peur", affirme à l'AFP celui qu'on a souvent décrit comme l'un des enfants terribles de l'opéra.

Le défi était de "trouver le lien" entre les deux grandes parties de cet opéra, "La prise de Troie" et "Les Troyens à Carthage".

- "Deux opéras en un" -

"C'est comme si c'était deux opéras en un, si bien que les chanteurs saluent à la fin de première partie", souligne le metteur en scène de 48 ans.

Il se fait un point d'honneur de monter, pour la première fois, un opéra français à Paris.

"J'ai fait +Parsifal+ à Berlin, +La Traviata+ à la Scala de Milan, +Eugène Onéguine+ au Bolchoï et là, à l'Opéra Bastille, je monte l'une des plus grandes oeuvres françaises. C'est très important dans ma vie de metteur en scène", précise-t-il en référence à des oeuvres clé des quatre grandes traditions d'opéra.

Bastille sert bien une telle oeuvre: la scène fait 25x25 mètres mais il y a une possibilité d'ouvrir et d'utiliser les énormes coulisses, ce qui élargirait l'espace jusqu'à 75m.

L'Opéra Bastille, inaugurée en 1989 à l'occasion des commémorations du bicentenaire de la Révolution française, a connu quelques déboires techniques -- l'année dernière, la maison a dû fermer deux semaines après une rupture de câbles. Une salle modulable de 800 places est prévue vers 2022-2023.

"Du point de vue technique, c'est le théâtre le plus fort parmi ceux que je connaisse. L'espace scénique est incroyable, ça n'existe nulle part ailleurs", assure Tcherniakov, qui a travaillé dans de nombreuses maisons d'opéras européennes.

- Bastille, un "aéroport" -

"Quand je vais au Staatsoper de Berlin, je connais tout le monde. Quand je viens à Bastille, c'est comme dans un aéroport", plaisante, au sujet de la taille de l'opéra parisien et du nombre de personne qui y travaillent, le metteur en scène qui a déjà monté pour l'ONP "Iolanta" de Tchaïkovski et "Fille de neige" de Rimsky Korsakov.

L'artiste a récemment remporté une bataille judiciaire contre les ayants droit de l'écrivain Georges Bernanos et du compositeur Francis Poulenc qui voulaient obtenir le retrait des DVD de la production de "Dialogue des Carmélites".

Dans le final de l'oeuvre originale, les soeurs carmélites sont guillotinées. Dans la version de Tcherniakov, le personnage principal se sacrifie et sauve ses coreligionnaires. Les ayants droit et des critiques ont crié au scandale, l'accusant de dénaturer l'oeuvre et relançant le débat sur la possibilité ou non pour un metteur en scène de changer la fin d'une oeuvre.

"Chaque artiste pose ses propres limites", se contente de faire remarquer Tcherniakov.

Le metteur en scène russe, qui dit vouloir "inventer de nouvelles règles de jeu" à chaque production, n'a pas monté d'opéra depuis 10 ans dans son pays. "Je pense qu'en Russie, il y a un certain glissement vers le conservatisme. C'est un cycle, je pense que dans quelques années il y aura un retour en sens inverse."