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Israël : Benny Gantz, l’ancien général qui veut chasser Benjamin Netanyahou du pouvoir

Benny Gantz, lors de son premier meeting politique, le 29 janvier 2019.
Benny Gantz, lors de son premier meeting politique, le 29 janvier 2019. Amir Cohen, Reuters

Perçu depuis plusieurs mois comme un rival potentiel du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, s’est officiellement lancé dans la campagne des législatives du 9 avril. Portrait.

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"Je remercie Benjamin Netanyahou pour ses services pendant dix ans, a lancé Benny Gantz. Nous nous occupons de la suite à partir de maintenant". Comme la grande majorité des 19 anciens chefs d’état-major israéliens qui l’ont précédé à ce poste, l’ex-général Benny Gantz s’est officiellement lancé, mardi 29 janvier, dans l’arène politique de son pays. Un peu plus de deux mois avant les élections législatives du 9 avril, il s'est montré déterminé à diriger le pays lors de son meeting aux accents patriotiques et rassembleurs, retransmis à une heure de grande écoute.

Si onze de ses prédécesseurs ont pris place sur des sièges de la Knesset, le parlement israélien, tandis que dix sont devenus ministres, c’est bien le poste de Premier ministre que vise Benny Gantz à 59 ans, que seuls deux anciens chefs d’état-major, Yitzhak Rabin et Ehud Barak, ont réussi à conquérir.

Décrit depuis plusieurs mois dans les médias locaux comme le concurrent le plus sérieux de Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis mars 2009, avec quatre mandats consécutifs de Premier ministre après un premier bail entre 1996 et 1999, les récents sondages classent Benny Gantz au statut de deuxième personnalité la plus à même d'exercer les fonctions de chef de gouvernement, après… Benjamin Netanyahou.

Le prestige de l’uniforme

Plus habitué aux champs de bataille qu’aux joûtes politiques, le très discret et longiligne Benny Gantz est une figure consensuelle et respectée, classée centriste par la presse locale. "Gauchiste" corrigent les partisans de l’extrême-droite israélienne et ceux de Benjamin Netanyahou, qui le décrivent comme "trop froid", voire "laxiste et trop décontracté".

Descendant de deux rescapés roumains et hongrois de la Shoah, co-fondateurs d’une communauté agricole dans le village de Kfar Ahim, nichée sur la plaine côtière à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Jérusalem, l’ancien général est détenteur d’un diplôme en histoire de l’Université de Tel-Aviv, d’une maîtrise en sciences politiques de l’Université de Haïfa et d’une maîtrise en gestion des ressources nationales de la US Defense University.

En 1977, ce fils d'un responsable local du Parti travailliste s’engage dans les rangs des parachutistes, et gravi au fil des années un à un tous les échelons de l’armée israélienne jusqu’au sommet. Une carrière qui le mène à participer à tous les conflits qui ont émaillé l’histoire du pays lors des dernières décennies (Liban, Intifada, Gaza). Après avoir respecté les trois années de réserve légale à la fin de son service à la tête des forces armées (2011-2015), ce père de quatre enfants au regard bleu acier était convoité par les différents partis de l’échiquier politique. Le prestige de l’uniforme est toujours populaire et rentable en politique dans le pays, d’autant plus que la campagne sera, comme souvent, axée sur la sécurité et les questions militaires.

Benny Gantz aux côtés de Benjamin Netanyahou, lors d'une cérémonie à Haïfa, en septembre 2011. (Jack Guez, AFP)

Mais après avoir longtemps gardé ses intentions secrètes, Benny Gantz décide de lancer son mouvement Hosen Lyisrael (Résilience pour Israël) à la fin de l’année dernière, sans pour autant dévoiler son programme. Selon les dernières enquêtes d’opinion, la liste de l’ancien militaire, qui se dit très soucieux des problèmes socio-économiques de la population, pourrait arracher entre 13 et 20 sièges sur les 120 que comptent la Knesset, derrière le Likoud.

Si les sondages prévoient donc une nouvelle victoire de Benjamin Netanyahou, fort de la machine électorale de son parti et d’une solide base d’électeurs, le Premier ministre voit toujours planer au-dessus de sa tête une épée de Damoclès judiciaire qui pourrait changer la donne en faveur du novice Benny Gantz. Sous la menace d'une inculpation pour corruption présumée dans plusieurs affaires, qui, selon la presse locale, pourrait être prononcée en février lors d'une convocation préalable, Benjamin Netanyahou pourrait être affaibli durant la campagne et après l’élection pour former une majorité. Un contexte qui pousse l’ancien chef d’état-major à courtiser les électeurs du centre-droit et tous ceux qui hésitent à tourner la page Netanyahou, en promettant aucun bouleversement stratégique.

Gaza "renvoyée à l’âge de pierre"

Mardi soir, il a cherché à se montrer aussi intraitable que le Premier ministre actuel sur la sécurité de l’État hébreu et la menace iranienne, se disant attaché à l’unité d’un pays miné par "les divisions" entre la droite et la gauche, et entre les religieux et les laïcs.

Il a promis qu’Israël gardera la responsabilité de la sécurité à l'est du Jourdain, donc y compris la Cisjordanie occupée, et que les grands blocs de colonies existants seront "renforcés". Concernant Jérusalem, y compris la partie orientale annexée et occupée, elle "restera à jamais la capitale" d'Israël, a-t-il assuré. Benny Gantz a néanmoins indiqué que son gouvernement "fera tout son possible pour la paix" au Proche-Orient, alors que le processus de paix israélo-palestinien est au point mort. Mais "nous ne permettrons pas aux millions de Palestiniens vivant de l’autre côté du mur de séparation de mettre en danger notre sécurité et notre identité en tant qu’État juif" a-t-il prévenu.

Avant l’officialisation de sa candidature, son équipe de campagne avait diffusé des vidéos sur les réseaux sociaux, certaines au ton humoristique, plaisantant notamment sur la grande taille de l’ancien général, d’autres vantant ses faits d’armes à Gaza. Dans l’une d’elles, le candidat se targue d’avoir éliminé "1364 terroristes" dans la bande côtière palestinienne "renvoyée à l’âge de pierre", lors de l'opération Bordure protectrice de 2014. Une campagne militaire dévastatrice pour laquelle l’État hébreu a été accusé d’avoir commis des crimes de guerre par l’ONG Human Rights Watch.

"Votez pour moi : je suis plus méchant que Netanyhou, mais je suis propre", a ironisé ce matin le quotidien de gauche Haaretz, qui qualifie l’ancien patron des commandos d’élite Shaldag de candidat de "la vieille droite".

"Aucun leader israélien n'est un roi"

Lors de son meeting, Benny Gantz, qui s’est affiché avec un allié politique de premier plan en la personne de l’ancien ministre de la défense, Moshe Yaalon, s’est directement attaqué à son rival, sans le citer, mais sans détour. Il a ainsi affirmé que "l'idée d'un Premier ministre en fonction alors qu'il est inculpé est ridicule à (ses) yeux, cela ne peut pas arriver". Une manière pour lui de balayer les rumeurs sur son ambition réelle qui serait celle d’obtenir, à l’issue du scrutin du 9 avril, le poste de ministre de la Défense d’un Benjamin Netanyahou victorieux.

Tout au long de son discours, il s’est surtout déclaré intransigeant sur l’éthique du mode de gouvernance qu’il souhaite adopter, comparant la conduite actuel du pouvoir à celle de la "maison royale française" sous Louis XIV. "Aucun leader israélien n'est un roi. L'État, ce n'est pas moi, l’État c’est vous, l’État c’est nous, nous tous", a asséné Benny Gantz. "Un gouvernement moral est l’exemple pour nous, pour nos enfants, toute ma vie j’ai dit la vérité, et j’ai toujours gardé mes mains propres", a-t-il ajouté dans une attaque à peine voilée contre son rival qu’il a toutefois qualifié de "patriote".

Un compliment que l’ancien militaire a accompagné d’une pique, en rappelant que Benjamin Netanyahou avait signé plusieurs accords, notamment celui de l’évacuation d’Hébron, avec "le criminel Yasser Arafat".

La bataille est lancée, une bataille d’un nouveau genre pour un général qui aura besoin de plus d’un bataillon d’électeurs pour déloger l’inamovible Benjamin Netanyahou.

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