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Au Costa Rica, un couple de lesbiennes risque la prison pour s'être marié

En 2018, des manifestations avaient régulièrement lieu devant la Cour suprême du Costa Rica pour exiger la légalisation du mariage entre personnes de même sexe.
En 2018, des manifestations avaient régulièrement lieu devant la Cour suprême du Costa Rica pour exiger la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Ezequiel Becerra, AFP

Un couple de femmes risque jusqu'à trois ans de prison pour s'être marié illégalement au Costa Rica, grâce à une erreur de registre. Un procès s'ouvre mardi, alors que le pays est en passe de légaliser les unions de même sexe.

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C'est un procès anachronique qui s'ouvre mardi 5 février au Costa Rica. Les accusées : Jazmín de los Ángeles Elizondo et Laura Flórez-Estrada. L'État leur reproche de s'être mariées le 25 juillet 2015 alors que ce type d'union n'est pas légal dans ce pays d'Amérique centrale de 4,9 millions d'habitants. Du moins, pas encore puisque la Cour suprême a demandé au Parlement de lever l'interdiction d'ici le 26 mai 2020.

>> À lire aussi : Carte : les pays où l'homosexualité est encore un crime

Jazmín de los Ángeles Elizondo, 27 ans, est actrice, sa compagne, Laura "Lalai" Flórez-Estrada, 31 ans, une cheffe d'origine espagnole. Toutes deux sont devenues un symbole des luttes LGBT dans le pays. Elles sont parvenues à se marier grâce à une erreur de registre. Lors de sa naissance à Perez Zeledón, dans le sud-ouest du pays, le sexe masculin a été apposé sur la carte d'identité de Jazmin. Une méprise qui lui a permis d'épouser secrètement Laura.

Aujourd'hui, Jaz et Lalai risque jusqu'à trois ans de prison ferme. L'État les accuse de "mariage illégal". L'avocat qui les a unies, Mario Castillo, est également poursuivi pour "mensonge idéologique". Il risque jusqu'à 18 ans de prison.

Une attaque contre "la famille costaricaine"

C'est l'état civil qui a décidé de poursuivre en justice. Selon ce service administratif, ce délit porte atteinte au concept de "famille costaricaine". L'accusation repose sur le Code de la famille du pays qui n'autorise pas le mariage de personnes du même sexe. L'état civil a déjà fait modifier la carte d'identité de Jazmin pour corriger l'erreur ayant permis le mariage. Il souhaite également l'annulation de l'union.

"C'est ridicule que notre famille se retrouve accusée de nuire au concept de famille. C'est risible qu'on puisse nous accuser de cela au 21e siècle", a déclaré à El Pais Laura Flórez-Estrada, compagne de Jasmine, dans le restaurant qu'elle tient et qui arbore fièrement le drapeau arc-en-ciel des luttes LGBT.

La légalisation du mariage en cours

La procédure judiciaire apparaît comme à rebours de l'histoire. Le 9 janvier 2018, la Cour interaméricaine des droits de l’Homme (IDH), institution émanant de l’Organisation des États américains (OEA), avait exhorté le pays à reconnaître le mariage homosexuel.

Lors de la campagne présidentielle, le mariage gay était devenu un des enjeux majeurs du scrutin de la même année. Carlos Alvarado (centre-gauche), le nouveau président du Costa Rica, s'est déclaré favorable à sa légalisation.

Et quelques mois plus tard, en août 2018, la Cour suprême du Costa Rica a rendu un avis historique : si le Parlement ne modifie pas la loi d'ici le 26 mai 2020, l'interdiction du mariage homosexuel deviendra caduque.

Un faisceau de décisions historiques qui fait espérer le meilleur à Mario Castillo, l'avocat qui a marié le couple : "Après la décision de la Cour interaméricaine et de la Cour suprême, ce procès ne se justifie plus", affirme l'avocat à Monumental, une radio locale. "Il a été affirmé que le mariage était ouvert à tous et donc aux homosexuels."

Le Costa Rica, où l'homosexualité a été dépénalisée dès 1870, est cependant un havre progressiste dans une région fortement marquée par le catholicisme et l'instabilité politique. Dans les pays voisins du Salvador, du Nicaragua et du Honduras, des centaines d'homosexuels sont assassinés chaque année. Seul le Mexique tolère le mariage gay : ces unions étant autorisées dans la moitié des États mais pas à l'échelle fédérale. Le chemin pour le droit des LGBT dans la région est encore long.

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