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Paul François, l’agriculteur charentais qui défie Monsanto

Le céréalier français Paul François dans sa ferme à Bernac, en Charente, le 28 juillet 2015.
Le céréalier français Paul François dans sa ferme à Bernac, en Charente, le 28 juillet 2015. Thibaud Moritz, AFP

La bataille entre Monsanto et l'agriculteur Paul François reprend mercredi devant la cour d'appel de Lyon pour un quatrième procès. Le cultivateur entend faire reconnaître la responsabilité de la firme dans son intoxication à un herbicide.

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Paul François est "fatigué" mais "déterminé", assure son avocat Me François Lafforgue à France 24. Le paysan charentais de 54 ans livre, mercredi 6 février devant la cour d'appel de Lyon, sa quatrième bataille contre Monsanto – filiale de l'allemand Bayer depuis 2018. Cette fois, le céréalier compte bien obtenir définitivement gain de cause devant la justice et faire reconnaître la responsabilité de la firme dans son intoxication au Lasso, un herbicide interdit depuis.

>> À lire : Glyphosate : la justice interdit la vente et l'utilisation d'un Roundup de Monsanto

"Confiant"

À quelques minutes d’embarquer pour Lyon, l’agriculteur est serein. "En douze années de procédures judiciaires, j’ai pu traverser des moments de doutes mais là je suis confiant car la justice a déjà rendu plusieurs décisions qui nous ont été favorables", confie l’agriculteur à France 24.

Paul François a en effet gagné son procès en première instance en 2012 au tribunal de grande instance de Lyon puis en appel en 2015. Mais en 2017, Monsanto se pourvoit en cassation, renvoyant l’affaire devant la Cour d'appel. "La Cour de cassation n’a pas cassé la décision de justice, précise l’agriculteur, mais elle a estimé qu’elle ne devait pas se baser sur un fondement de droit commun mais sur la responsabilité du fait des produits défectueux." Une subtilité qui permet à la multinationale d’échapper à la condamnation.

Depuis, l’agriculteur a engrangé les soutiens. D’ordre financier d’abord. Il a lancé un appel aux dons pour poursuivre sa bataille judiciaire. "Et au-delà de ma famille et de mes amis, j’ai également bénéficié de nombreux messages de soutien. Ils ont été déterminants à un moment où je doutais beaucoup, surtout après la décision de la Cour de cassation."

Le céréalier réclame aujourd’hui "plus d'un million d'euros" à la firme américaine au titre du préjudice subi. Reconnu handicapé à 40 % par la Mutualité sociale agricole, le plaignant souffre aujourd’hui d’amnésies, vertiges, bégaiements, crises semblables à de l’épilepsie, irritabilité et comas à répétition liés à son accident.

"Les agriculteurs se sont trompés, toute la société s’est trompée"

Les faits remontent au mois d’avril 2004. Le cultivateur, qui pratique alors une agriculture traditionnelle incluant le recours aux pesticides, subit une intoxication aiguë après avoir inhalé accidentellement des vapeurs de Lasso échappées d’une cuve restée au soleil. Pris de bouffées de chaleurs et d'étourdissements, l’homme perd connaissance et est admis aux urgences. Il restera plus de 200 jours à l’hôpital. Ce n’est qu’un an plus tard que le professeur André Picot identifie le monochlorobenzène comme responsable de son intoxication, un solvant entrant à 50 % dans la composition du Lasso.

Aujourd’hui, Paul François travaille toujours sur son exploitation de 250 hectares, reconvertie dans le bio, mais à mi-temps, épaulé par deux employés agricoles. Il jette désormais un regard désabusé sur son passé. "J’ai pratiqué une agriculture à laquelle j’ai cru, une agriculture qui était promue à l’époque et répondait aux besoins de la société. Mais on s’est trompés, nous agriculteurs, mais aussi collectivement car c’était une attente de la société. On a fait confiance aux firmes qui nous disaient vendre des médicaments pour les plantes. Accessoirement, ils avaient oublié de nous dire que cela pouvait nous empoisonner nous aussi."

Le plaignant en veut aussi aux autorités françaises qui ont tardé à agir, selon lui. L’herbicide incriminé a été jugé dangereux et retiré du marché au Canada dès 1985, puis en 1992 en Belgique et au Royaume-Uni. En France, le désherbant a été banni en novembre 2007.

Paul François regrette, en outre, la position de la France vis-à-vis du glyphosate. "Le président a manqué de courage. Les autorités françaises continuent de subir le diktat de ces firmes." En attendant, le justicier "espère que ce procès montrera aux multinationales comme Monsanto qu’elles ne peuvent pas continuer ainsi impunément. Qu’un simple citoyen peut porter plainte et les faire condamner."

Jurisprudence

Du côté de Monsanto, le discours reste le même. "Quelle qu'en soit la cause, les témoignages appellent à une écoute attentive et Bayer est attaché à une juste compréhension des situations", assure dans un communiqué le groupe allemand, rappelant que "l'utilisation de produits phytosanitaires ne présente pas de risque pour la santé humaine lorsque ceux-ci sont utilisés dans les conditions d'emploi définies dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché".

Une chose est sûre : la décision de la cour d’appel est très attendue. "La décision du procès de Paul François contre Monsanto pourrait ouvrir la porte à de nombreux autres procès de citoyens qui ont subi un préjudice de l’herbicide", estime son avocat.

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