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À la poursuite du pôle Nord magnétique

Le pôle Nord magnétique sert, notamment, à indiquer le nord sur les boussoles.
Le pôle Nord magnétique sert, notamment, à indiquer le nord sur les boussoles. iStock

Boussoles, GPS, système de guidage des avions, tous dépendent du pôle Nord magnétique. Mais ce Nord, qui bouge selon les va-et-vient du liquide ferreux terrestre, se rapproche plus vite que prévu de la Sibérie.

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La boussole avait perdu son nord. Le modèle magnétique mondial, qui définit le pôle Nord magnétique, a dû être mis à jour lundi 4 février. Les scientifiques en charge de le traquer n’étaient pas censés le modifier avant 2020, mais ils se sont aperçus que leur Nord se déplaçait bien plus vite que prévu.

“Nous nous étions basés sur les observations réalisées entre 2010 et 2015 pour prédire le déplacement du Nord magnétique, mais en fait il a bougé de 10 km par an plus vite que le modèle mondial utilisé”, explique Ciaran Beggan, géophysicien au British Geological Survey (BGS), l’un des deux organismes chargés de définir la position du Nord magnétique, contacté par France 24.

Du Nunavut à la Sibérie

Le Nord magnétique diffère du Nord géographique, indiqué sur les cartes. Le premier est celui qui est utilisé par les boussoles et les systèmes de navigation comme le GPS, tandis que le second est “associé à l’axe de rotation de la Terre”, souligne Phil Livermore, géophysicien à l’université de Leeds, contacté par France 24. Mais le Nord magnétique pose problème, car il bouge constamment. Le travail du BGS et du National Center for Environmental Information américain est de s’assurer que les boussoles et GPS du monde indique toujours correctement le Nord magnétique.

La découverte de ces vagabondages remonte à 400 ans, grâce aux travaux du mathématicien britannique Henry Gellibrand. Deux cents ans plus tard, l’explorateur britannique James Clarck Ross a été le premier à localiser précisément le fameux Nord magnétique, dans la province du Nunavut, au Canada. Depuis lors, il a migré pour s’éloigner de l’Amérique du Nord et se rapprocher de la Sibérie.

Cette bougeotte s’explique par le fer liquide qui tourbillonne sous la croûte terrestre. “Ce mouvement agit sur les champs magnétiques qui déplacent le Nord magnétique”, explique Phil Livermore. En théorie rien n’empêche le Nord magnétique de se retrouver un jour prochain au-dessus de Paris, plaisante Phil Livermore.

“En moyenne, le pôle Nord magnétique a bougé à une vitesse d’environ 20 km par an, avec une accélération à environ 40 km par an à partir des années 1990”, résume Ciaran Beggan. Pour Phil Livermore, cette dérive vers la Sibérie s’explique par un rapport de force. “Il semblerait que le champ magnétique sous le Canada s’affaiblisse, tandis que celui sous la Sibérie reste fort, attirant vers lui le Nord magnétique”, résume cet expert.

Des smartphones aux vols Paris-San Francisco

En revanche, le mystère demeure sur les raisons de l’accélération de la vitesse de déplacement du Nord. “Entre 2010 et 2015, il y a eu un ralentissement, et nous pensions que cela allait continuer comme ça, alors que c’est l’inverse qui s’est produit”, affirme Ciaran Beggan. Il met ce changement de comportement sur le compte de l’imprévisibilité du liquide ferreux terrestre. “En fait, les observateurs ne disposent de données précises - issues de relevés satellites, notamment -  que depuis une vingtaine d’années, ce qui explique pourquoi il est difficile de faire des prévisions fiables”, précise Phil Livermore.

Cette accélération du déplacement du Nord magnétique est indolore pour le commun des mortels. “La différence entre ce qui est indiqué par leur GPS et la position réelle du Nord n’est que d’une fraction de degré, ce qui est trop faible pour faire une différence”, assure Ciaran Beggan.

Il en va autrement pour les militaires et les compagnies aériennes dont les systèmes de navigation dépendent du Nord magnétique. C'est particulièrement important pour les avions qui doivent survoler la région arctique. “Au niveau du pôle Nord, la différence constatée entre nos prévisions et la réalité était supérieure à un degré ce qui était suffisant pour qu’un avion qui fait le trajet, par exemple, entre Paris et San Francisco dévie de sa trajectoire”, souligne le géophysicien du British Geological Survey. Il en va de même pour les militaires qui font des manœuvres dans cette région du globe et ont besoin de la plus grande précision de leur système GPS.

La prochaine mise à jour du modèle magnétique mondial aura lieu, comme prévu, en 2020. “Nous saurons alors si le Nord magnétique a continué d’accélérer sa vitesse de déplacement”, note Ciaran Beggan. Il pense que ce sera le cas, mais n’exclut pas que la nature leur joue un nouveau tour. Rien n’empêcherait le Nord magnétique, par exemple, de repartir vers le Canada.

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