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Avec les Gilets jaunes, Di Maio tente un "retour aux sources" du M5S en Italie

Le vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, à Rome, en mai 2018.
Le vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, à Rome, en mai 2018. Andreas Solaro, AFP

Le vice-Premier ministre italien, leader du Mouvement 5 Étoiles, a rencontré mardi des Gilets jaunes, un acte qualifié de "provocation" par la France. Pour Luigi Di Maio, il s'agit de montrer aux Italiens qu'il est proche du peuple.

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Le vice-Premier ministre italien et dirigeant du Mouvement 5 Étoiles, Luigi Di Maio, s'est offert un coup de publicité à moindre frais en rencontrant mardi 7 février, à Montargis, un groupe de Gilets jaunes. Le leader populiste, en berne dans les sondages face à son allié de coalition Matteo Salvini, s’est entretenu dans cette ville à une centaine de kilomètres de Paris avec Christophe Chalençon, une figure des Gilets jaunes dans le Vaucluse, et des candidats aux élections européennes de la liste "Ralliement d'initiative citoyenne".

Sur Facebook, Luigi Di Maio a évoqué "une belle rencontre, la première avant tant d'autres, au cours de laquelle nous avons parlé de nos pays, des droits sociaux et de démocratie directe". "Le vent du changement a franchi les Alpes", a-t-il conclu.

"Cette nouvelle provocation n'est pas acceptable entre pays voisins et partenaires au sein de l’Union européenne", a réagi mercredi un porte-parole du ministère français des Affaires européennes. Les relations diplomatiques entre les deux pays sont très tendues depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition populiste italienne. "M. Di Maio, qui assume des responsabilités gouvernementales, doit veiller à ne pas porter atteinte, par ses ingérences répétées, à nos relations bilatérales, dans l’intérêt de la France comme de l’Italie", a continué le ministère.

>> À lire : Rome multiplie les attaques contre Paris

Luigi Di Maio avait déjà apporté, début janvier, un soutien appuyé aux Gilets jaunes : "Ne faiblissez pas !", leur avait-il lancé sur le blog du M5S, mouvement politique atypique né en 2009 du rejet de la vieille classe politique par une partie des Italiens. Pour le vice-Premier ministre, les manifestations des Gilets jaunes, depuis novembre, ne sont pas sans rappeler l’esprit des débuts du M5S.

Double crise interne

Plus qu'un énième pied-de-nez au gouvernement français, la visite de Di Maio est surtout un message aux Italiens, selon Paolo Modugno, professeur à Sciences Po et spécialiste de la vie politique italienne interrogé par France 24. "Il opère une espèce de retour aux sources du mouvement, qui vient d’en bas, qui veut écouter le peuple, et qui en ce sens est similaire aux Gilets jaunes." Or, pour un parti anti-establishment comme le M5S, la critique des élites et la démonstration d’une proximité avec le peuple s’avère ardue une fois au pouvoir. D’où l’intérêt d’illustrer ces valeurs depuis l’étranger.

"Ils se servent de nous et nous nous servons d’eux. Cette rencontre nous a apporté du crédit et nous a permis de prendre une dimension internationale", relève, dans Le Parisien, le Gilet jaune Christophe Chalençon.

La rencontre de Montargis est aussi un moyen de "se ressourcer" pour le vice Premier-ministre, qui fait face à une double crise interne dans sa coalition. À quatre mois des élections européennes, l'Italie "est au bord de la crise de gouvernement", précise Paolo Modugno. D’un côté, Luigi Di Maio "doit composer avec un M5S cassé en deux, entre une partie très à gauche, plus 'mouvementiste', personnifiée par le président de la chambre des députés [Robert Fico], et une partie plus 'légitimiste', qui veut éviter de faire tomber le gouvernement. Il essaie de sauver les meubles et donne des gages aux uns et aux autres".

De l’autre, il essaie de montrer les muscles face au trublion Matteo Salvini, en position de force sur le plan médiatique. En compétition, les deux hommes utilisent entre autres la critique d’Emmanuel Macron, président europhile, pour gagner respectivement des voix aux européennes. "Di Maio veut montrer qu’il est, lui aussi, l’ennemi de Macron", relève le professeur de Sciences Po.

La France, cible parfaite

"Le Mouvement 5 Étoiles, encore plus que Matteo Salvini, a fait de la France une cible parfaite pour faire remonter sa cote de popularité auprès des Italiens. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de l’empoignade italienne avec l’Union européenne : la France a désormais remplacé l’Allemagne dans le rôle du responsable des problèmes italiens", expliquait fin janvier, à France 24, Pierangelo Isernia, professeur de science politique à l’université de Sienne.

Interrogé fin janvier sur la récente série de déclarations des deux dirigeants italiens, Emmanuel Macron avait estimé que le peuple italien méritait "des gouvernants à la hauteur de son histoire", et jugé leurs propos "sans intérêt".

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