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La technologie peut-elle sauver l’accord sur le Brexit ?

L'une des propositions technologiques au problème de la frontière avec l'Irlande a été soumise par Fujitsu.
L'une des propositions technologiques au problème de la frontière avec l'Irlande a été soumise par Fujitsu. iStock

Vidéosurveillance, intelligence artificielle, scanners, blockchain : tout au long des débats sur l’épineuse question de la frontière irlandaise en cas de Brexit, la possibilité de solutions technologiques a été évoquée. Toujours en vain.

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Big Brother à la rescousse ? Alors que la Première ministre britannique, Theresa May, se rend une fois de plus à Bruxelles, jeudi 7 février, pour tenter de trouver une issue à l’impasse des négociations sur le Brexit, les spéculations reprennent sur une possible solution technologique à l’épineuse question de la frontière irlandaise.

Le département britannique sur la sortie de l’Union européenne (DeuEX) a planché sur une proposition du géant japonais Fujitsu, qui suggère de recourir à l’intelligence artificielle pour éviter le retour d’une frontière physique avec l’Irlande, a rapporté le tabloïd britannique The Sun, le 5 février. La question irlandaise est devenue le principal obstacle à un accord sur le Brexit entre Theresa May et le parlement britannique. En cas de sortie du Royaume-Uni de l’UE, la république d’Irlande serait obligée, en théorie, de réinstaller des douanes physiques à la frontière avec l’Irlande du Nord, ce dont les “brexiters” ne veulent pas entendre parler.

Intelligence artificielle et réseaux sociaux

Pour l'heure, aucune solution ne fait consensus. Theresa May avait appelé les parlementaires à élaborer des “solutions créatives”. Comme celle de Fujitsu ? Le groupe japonais a proposé, dans un document de 11 pages obtenu par le Sun, de mettre en place un système de pistage par satellite et de collecte des numéros de plaques d’immatriculation par vidéosurveillance. Le dispositif permettrait de recueillir des informations sur l’itinéraire et les propriétaires des automobiles qui seraient ensuite soumis à la sagacité de l’intelligence artificielle. Elle analyserait ces données et les complèterait en prenant en compte l’activité sur les réseaux sociaux des propriétaires des véhicules (à la recherche de messages ou connexions suspectes) pour déterminer si tout est en ordre à la frontière.

Les conducteurs de camions de marchandises seraient, en outre, invités à enregistrer leurs marchandises et à payer les droits de douanes en ligne. Mais l’algorithme ne se substituerait pas entièrement aux douaniers. Des postes d’inspection seraient installés après la frontière, où des agents pourraient décider de fouiller certains véhicules sur la base des informations fournies par ce “Big Brother” version Brexit. Fujitsu affirmait être capable de mettre en place ce système pour le tester avant le 29 mars, date à laquelle le Brexit deviendra réalité.

Protection de la vie privée

Mais cette proposition a été rejetée la semaine dernière par le gouvernement britannique, affirme le Belfast Telegraph. Les problèmes étaient trop nombreux dans ce dispositif, comparé à une version moderne du roman “1984” de Georges Orwell par Stephen Farry, chef du parti de l’Alliance d’Irlande du Nord. D’abord cette solution nécessitait d’installer des caméras de surveillance, et “nous avons été très clairs sur le fait que nous ne retiendrons aucune piste qui impliquerait la construction de nouvelles infrastructures à la frontière”, a indiqué un porte-parole du DexEU, interrogé par le Belfast Telegraph.

Un tel degré de surveillance risque aussi d’être rejeté par les Irlandais “qui ont une profonde méfiance à l’égard de la surveillance d’État depuis la période des ‘Troubles’ [conflit nord-irlandais, NDLR]”, rappelle le Sun. Sans compter le défi posé par ce système à la protection de la vie privée. Pour être légal, ce dispositif “nécessiterait l’accord pour être pisté de tous ceux qui passent la frontière”, rappelle sur Twitter Kathy Hayward, politologue et sociologue irlandaise. Les caméras de surveillance sont aussi susceptibles d’être piratées. Un argument que la police nord-irlandaise a déjà avancé par le passé.

Le modèle scandinave

Car la proposition de Fujitsu n’est pas la première tentative de trouver une solution technologique au problème de la frontière irlandaise. En réalité, c’est un serpent de mer du débat sur le Brexit et, jusqu’à présent, les idées avancées ont toutes été rejetées. Le ministre des Finances, Philip Hammond, avait évoqué, en octobre 2018, l’idée de recourir à la blockchain (registre numérique utilisé, notamment, pour les transactions en bitcoins) pour suivre le trajet de toutes les marchandises qui passent par la frontière. Impossible car trop expérimental, lui avaient répondu plusieurs experts : cette technologie n’a jamais été déployée pour ce genre d’application.

La frontière entre la Suède (dans l’UE) et la Norvège (hors de l'UE) a aussi été présentée comme l’idéal technologique à atteindre. Sur 1 630 km avec près de 80 points de passage, les deux pays utilisent des scanners, un système de communication spécifique pour les douaniers suédois et norvégiens, un dispositif de reconnaissance automatique des plaques minéralogiques et des brigades volantes de policiers prêts à intervenir rapidement. C’est l’une des frontières les plus dématérialisées au monde, a constaté le parlement britannique dans un rapport de 2017 consacré à la question irlandaise dans le cadre du Brexit. Mais les députés anglais ont aussi reconnu, dans le même document, qu’il serait trop long et coûteux de faire de même entre l’Irlande du Nord et la république d’Irlande.

À Bruxelles, les négociateurs européens - à commencer par leur chef, Michel Barnier - ont toujours soutenu que la question de la frontière irlandaise ne pouvait pas être réglée grâce à la technologie. Mais l’option réapparaît régulièrement du côté de Londres. Tout se passe comme si les partisans du Brexit se tournent  systématiquement vers le Dieu technologie lorsqu’ils ne savent plus à quel autre saint se vouer.

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