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Matignon, Mediapart, enregistrements… le point sur le nouveau volet de l’affaire Benalla

Alexandre Benalla lors de sa dernière audition au Sénat, le 21 janvier 2019.
Alexandre Benalla lors de sa dernière audition au Sénat, le 21 janvier 2019. Alain Jocard, AFP

L'affaire Benalla n'en finit pas d'empoisonner le pouvoir exécutif, après la tentative de perquisition au siège de Mediapart, à la suite de la publication d'extraits sonores d'une conversation impliquant l'ex-chargé de mission à l’Élysée.

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La tentaculaire affaire Benalla n'en finit pas de rebondir après la diffusion la semaine passée d'une conversation entre l'ancien conseiller du président Emmanuel Macron et Vincent Crase, ex-employé de La République en marche (LREM) et gendarme réserviste.

Tout commence, concernant le dernier feuilleton en date de l’affaire, le 31 janvier, lorsque le site d’information Mediapart publie des extraits sonores d'une conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase en date du 26 juillet, soit quatre jours après leur mise en examen dans l'affaire des violences du 1er-Mai. Or, cette rencontre constitue une violation de leur contrôle judiciaire. Dans l'enregistrement, dont Mediapart ne dit pas dans quelles conditions il a été réalisé, l'ex-chargé de mission à l'Élysée se vantait devant son acolyte du soutien d'Emmanuel Macron dans cette affaire qui empoisonne l’exécutif.

"Truc de dingue, le 'patron' (Emmanuel Macron, NDLR), hier soir il m'envoie un message, il me dit : 'Tu vas les bouffer. Tu es plus fort qu'eux, c'est pour ça que je t'avais auprès de moi. Je suis avec Isma (Ismaël Emelien, conseiller spécial du président, NDLR), etc. On attend Le Monde, machin, etc'", dit-il dans cet extrait à la très bonne qualité sonore. Selon Mediapart, l'Élysée a démenti l'existence du message présidentiel lorsque le site l'a sollicité, ainsi que le fait qu’Ismaël Emelien ait géré la communication d'Alexandre Benalla.

Mediapart accuse Matignon d'avoir déclenché une enquête

Après la publication de l'article de Mediapart, des journalistes ont tenté de vérifier auprès de Matignon l'hypothèse selon laquelle la conversation en question a été enregistrée au domicile de la cheffe du Groupe de sécurité du Premier ministre (GSPM), un service notamment en charge de la protection du Premier ministre.

Dans un courrier transmis au parquet de Paris le 1er février et obtenu par l'AFP, Matignon explique alors avoir mené des vérifications qui n'ont pas confirmé cette "allégation", sans toutefois lever tous les doutes. Cette lettre visait à informer le procureur de Paris Rémy Heitz "en toute transparence", a expliqué mercredi Matignon, accusé par Mediapart d'avoir déclenché une enquête visant à identifier ses sources, une "procédure attentatoire à la liberté de la presse".

Dans ce cadre, deux magistrats du parquet et trois policiers ont tenté en vain, lundi – sans le mandat d'un juge indépendant et alors qu’aucune plainte n’a été déposée –, de perquisitionner les locaux de Mediapart pour se faire remettre les enregistrements.

Cette nouvelle enquête a été ouverte au cours du week-end pour "atteinte à l'intimité de la vie privée" et "détention illicite d'appareils ou de dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d'interception de télécommunications ou de conversations". Autrement dit sur les conditions dans lesquelles cet enregistrement a été réalisé.

"Cette enquête (…) est susceptible d'atteindre le secret des sources de notre journal, a expliqué le site sur son compte Twitter. C'est pourquoi nous avons refusé cette perquisition." Une initiative vivement dénoncée par plusieurs médias et l'opposition comme une atteinte au secret des sources des journalistes.

"Nous avons révélé des faits d'intérêt public. Nous n'avons commis aucun délit", a protesté Edwy Plenel, président et cofondateur du média en ligne, s'insurgeant que "le procureur de la République de Paris – choisi par Emmanuel Macron lui-même – n'a d'autre urgence que de faire cet acte violent et rarissime de venir perquisitionner un journal".

Le mystère demeure

L'enquête s'est poursuivie avec l'audition mardi de la cheffe du GSPM par la brigade criminelle. Selon le Parisien, cette commissaire divisionnaire, qui était entendue en audition libre, a nié avoir effectué ces enregistrements. Selon le quotidien, la policière a reconnu devant les enquêteurs avoir reçu, en présence de son compagnon, Alexandre Benalla à son domicile "sans pouvoir préciser le jour" et a dit ne pas se souvenir de la présence de Vincent Crase.

Selon le courrier de Matignon adressé au procureur, elle avait déjà indiqué au directeur de cabinet du Premier ministre, Benoît Ribadeau-Dumas, "ne pas connaître M. Crase". "Elle dément également que son compagnon ait pu organiser cette rencontre chez elle en son absence", ont ajouté mercredi les services du Premier ministre.

Or, après de "rapides vérifications", aucun des quatre protagonistes n'a "fait l'objet d'autorisations de techniques de renseignement sur cette période", a assuré le directeur de cabinet au procureur. Matignon a répété mercredi qu'"aucune écoute administrative n'avait été autorisée".

Le parquet de Paris s'est refusé à tout commentaire alors que l'enquête se poursuit et que le mystère demeure sur le lieu et les conditions de la rencontre illégale entre les deux hommes.

"Mediapart sait tout des enregistrements mais ne dira rien, en creux, en plein ou en délié, qui pourrait de près ou de loin alimenter la discussion sur ses sources éventuelles", avait prévénu lundi soir Fabrice Arfi, co-responsable des enquêtes du journal en ligne. Le site d'information a également annoncé avoir remis "sept enregistrements, dont un inédit" à la justice, après avoir été sollicité le 1er février "par un service de police agissant sous les ordres des juges d'instruction" chargés du dossier sur les violences du 1er-Mai.

Avec AFP et Reuters

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