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L'intervention militaire française au nord du Tchad pose question

Le Premier ministre Édouard Philippe a justifié l'intervention française par "la demande d’assistance du président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno".
Le Premier ministre Édouard Philippe a justifié l'intervention française par "la demande d’assistance du président de la République du Tchad, Idriss Déby Itno". Benoit Tessier, Reuters

Sur demande d’assistance du président Idriss Déby, des avions de l'opération française Barkhane ont procédé, au début du mois de février, à des frappes controversées pour stopper une incursion au Tchad.

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Une intervention d’envergure de l’armée française vient d’avoir lieu au Tchad. "Du 3 au 6 février 2019, des Mirage 2000 des forces armées françaises sont intervenus dans le nord-est du Tchad, en coordination avec l’armée tchadienne, de façon à contrer l’incursion d’une colonne armée en territoire tchadien", indique le communiqué publié jeudi 6 février par l’état-major des armées. En revanche, le document ne donne aucune précision sur la mystérieuse "colonne armée partie de Libye" ciblée par l’armée française… si ce n’est que celle-ci était, selon Paris, "de nature à déstabiliser" le Tchad.

Or, si ce sont des avions de l'opération Barkhane (dont le QG est basé à N'Djamena) qui ont procédé à la série de frappes, "cette action ne s’inscrit pas dans le cadre de l’opération Barkhane", a indiqué le ministère des Armées.

De fait, l’intervention militaire française n’est pas présentée par l’état-major des armées comme une opération antijihadiste, mais comme une "réponse à la demande des autorités tchadiennes". Dans son courrier aux présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat pour les informer de l’opération française, conformément à l’article 35 de la Constitution, le Premier ministre, Édouard Philippe, a, lui, évoqué "la demande d’assistance du président de la République du Tchad, Idriss Déby". Le cabinet de la ministre française des Armées, Florence Parly, a fait valoir de son côté : "Sur le plan du droit, cette intervention répond à une demande d'assistance formelle d'un État souverain à l'égard de la France".

Arrivé au pouvoir par la force il y a 28 ans, avec le soutien de Paris, Idriss Déby est régulièrement critiqué par l'opposition tchadienne pour sa gouvernance "autocratique" et accusé par Amnesty international d'atteintes aux libertés.

"Rien ne justifie que la France aide Idriss Déby"

"L’armée française aide une fois de plus un dictateur ami de la France", a vivement dénoncé l’association Survie, qui milite pour une refonte de la politique étrangère de la France en Afrique. Joint par France 24, Thomas Borrel, porte-parole de l’association,dénonce "les artifices légaux utilisés par le gouvernement" pour justifier l’intervention de l’armée française. "C’est d’autant plus de l’argutie que le dispositif mobilisé pour l’intervention est celui de l’opération Barkhane qui se prolonge depuis 2014."

"C’est une ingérence. Une fois encore c’est une erreur monumentale de la France, affirme Doki Warou, conseiller politique de l’UFR (Union des forces de la résistance), invité de France 24. La France est en train de reproduire les mêmes erreurs qu’en 2008 [la France était intervenue à la demande d’Idriss Déby, NDLR]. C’est une guerre tchado-tchadienne. Elle ne doit pas intervenir dans une affaire intérieure du Tchad. L’accord de défense qui a été ratifié en 1976 entre la France et le Tchad stipule que s’il y a une agression extérieure la France pourra intervenir. Pour une guerre fratricide, la France ne doit pas prendre de côté. Là, nous condamnons fermement cette attitude française" .

Pour Doki Warou, la colonne détruite ne venait pas de l'étranger mais du Tchad. "Nous avons quitté la frontière libyenne il y a un mois. Nous nous sommes implantés dans le territoire tchadien, l’est et le nord du Tchad. Nous avons la Libye comme voisin comme la France a eu l’Allemagne à l’époque. Ça n’était pas de votre faute, comme ce n’est pas de notre faute avec la Libye. La dernière colonne nous a rejoints hier soir".

 

L'opposition tchadienne a également fustigé l’intervention militaire française : "Cette attitude de la France est inappropriée", venant "d'un pays qui se dit patrie des droits de l'Homme", a ainsi déclaré Max Kemkoye, président de l'Union des démocrates pour le développement et le progrès (UDP). "L'intervention française viole le droit international parce qu'il s'agit d'un problème interne qui oppose une rébellion tchadienne à un gouvernement tchadien", a réagi Mahamat Ahmat Alabo, secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement (PLD).

L’incursion de la colonne armée a été revendiquée par l'Union des forces de la résistance (UFR), une alliance de groupes rebelles, basée en Libye et au Soudan. L'UFR est d'autant plus redoutée par Idriss Déby qu'elle est emmenée par son propre neveu, Timan Erdimi, et qu'elle est composée de combattants zaghawa, l'ethnie du président.

Par ailleurs, ce sont des assaillants du même mouvement qui avaient atteint, en février 2008, les faubourgs de N'Djamena. À l’époque, la tentative de putsch avait été stoppée in extremis aux portes du palais présidentiel grâce à l'appui, déjà, de la France avec notamment le dispositif "Épervier" pour protéger l'aéroport.

Jeudi, en conseil des ministres, le président tchadien s’est félicité en affirmant que la "colonne de mercenaires" entrée dans le nord du Tchad depuis la Libye voisine avait été "complètement détruite".

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