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De la Russie à la Chine, les alliés de Nicolas Maduro ne sont pas éternels

Le soutien de la Chine et de la Russie représente la meilleure protection du gouvernement vénézuélien contre la tentation d’une intervention militaire nord-américaine.
Le soutien de la Chine et de la Russie représente la meilleure protection du gouvernement vénézuélien contre la tentation d’une intervention militaire nord-américaine. Studio Graphique France Médias Monde/ Reuters

Le président vénézuélien en fonction, Nicolas Maduro, compte sur la Russie et la Chine pour le soutenir dans sa bataille politique contre Juan Guaido. Des alliés solides en apparence, mais dont le soutien politique et financier a des limites.

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Ils représentent les deux principales assurances-vie de Nicolas Maduro dans sa bataille politique contre Juan Guaido. La Russie et la Chine sont les atouts de poids du président vénézuélien en fonction face au chef de l'Assemblée nationale autodéclaré président qui peut, lui, compter, sur le soutien de Washington, de l’Union européenne et de la majorité des pays sud-américains.

Ce double soutien représente la meilleure protection du gouvernement vénézuélien contre la tentation d’une intervention militaire nord-américaine. Vladimir Poutine avait  fermement mis en garde le président américain, Donald Trump, contre une telle option, assurant que la Russie réagirait à une “flagrante violation des normes fondamentales du droit international”. La Chine s’est, à son tour, inquiétée à plusieurs reprises des “tentatives d’ingérence de pays étrangers dans les affaires intérieures” du Venezuela.

L’atout Rosneft

Juan Guaido est conscient qu’il lui faut tenter de fissurer ces alliances s’il veut parvenir à écarter Nicolas Maduro du pouvoir. Le président autoproclamé a donc accordé, coup sur coup fin janvier, des entretiens à l’agence de presse Reuters et au quotidien chinois South China Morning Post pour assurer qu’il serait un meilleur ami de Moscou et de Pékin que Nicolas Maduro.

Mais il faudra probablement plus que des mots pour convaincre les dirigeants des deux pays. Leur soutien au régime chaviste a été nourri au biberon pétrolier depuis près d’une décennie. C’est particulièrement vrai dans le cas russe où la principale raison de l’amitié russo-vénézuélienne s’appelle Igor Setchine. Le M. Énergie de Vladimir Poutine et PDG de Rosneft, le géant pétrolier russe, a développé personnellement la relation commerciale entre les deux pays depuis 2008. C’est lui qui a convaincu le président russe de soutenir financièrement et politiquement Hugo Chavez puis Nicolas Maduro.

Le maître du Kremlin y a vu “l’opportunité de causer des problèmes à Washington dans son arrière-cour américaine”, explique au Washington Post Éric Farnsworth, vice-président du Council of the Americas and the Americas Society, un cercle de réflexion new-yorkais et lobby pour la promotion de l’économie de marché sur le continent américain. Pour Igor Setchine, c’était l’occasion de mettre la main sur une partie de l’or noir du Venezuela, le pays qui dispose des réserves de pétrole les plus importantes au monde.

Rosneft a ainsi acquis des participations dans au moins cinq champs pétroliers, et le droit exclusif d’exploiter deux gisements off-shore de gaz. En outre, PDVSA, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne, s'est engagé à lui céder 49 % de Citgo, sa très lucrative filiale nord-américaine, si elle n’arrivait pas à rembourser un prêt russe de près de deux milliards de dollars. En tout, Igor Setchine contrôle environ 13 % du secteur énergétique vénézuélien, a calculé le Washington Post.

En échange, la Russie a avancé plus de 17 milliards de dollars au régime chaviste depuis 2006, essentiellement à travers des prêts à PDVSA. Une grande partie a été remboursée en pétrole, mais Caracas a encore une ardoise de six milliards de dollars auprès de Moscou, affirme le quotidien britannique Financial Times. Le Kremlin a donc un intérêt très économique au maintien du statu quo politique au Venezuela puisqu’en cas de changement de régime, Juan Guaido “pourrait chercher à renégocier, voire à annuler les dettes du pays envers la Russie”, souligne le Financial Times. Le quotidien ajoute que toutes les concessions obtenues par Rosneft pourraient aussi être remises en cause.

Les besoins pétroliers de la Chine

Pékin a un intérêt économique similaire à soutenir le pouvoir en place. Depuis 2007, la Chine a prêté plus de 50 milliards de dollars au régime chaviste. Là encore, les largesses chinoises étaient motivées par les ressources pétrolières du pays sud-américain. “La Chine est le plus gros consommateur de pétrole au monde, et ses investissements au Venezuela étaient destinées à lui garantir une source d’approvisionnement sûre”, souligne le site japonais The Diplomat, spécialisé dans les questions de géopolitique asiatique.

Un arrangement qui a bien fonctionné durant le règne d’Hugo Chavez, mais dont les limites ont commencé à se faire sentir lorsque son successeur, Nicolas Maduro, n’a pas réussi à empêcher la descente aux enfers économiques du pays. La crise a entraîné une baisse de la production de pétrole, qui se vendait aussi moins cher à cause de la chute des prix du brut sur les marchés internationaux à partir de 2015. Caracas n’était tout simplement plus en mesure de fournir suffisamment de pétrole pour rembourser les prêts chinois. Le pays doit encore environ 20 milliards de dollars à Pékin qui craint de les perdre en cas de changement de régime au Venezuela. “Si le parti d’opposition [Juan Guaido, NDLR] prend le pouvoir, un nouveau gouvernement pourrait refuser de payer en invoquant ‘la protection des intérêts nationaux’”, a mis en garde le ministère chinois du Commerce dans une note d’information publiée mardi 29 janvier.

Les hésitations de Pékin

Nicolas Maduro tient donc ses deux alliés par le portefeuille. Mais leur soutien a des limites. Dans le cas de la Chine, elles pourraient bientôt être atteintes. D’abord, la position pro-Maduro de Pékin “risque de lui faire perdre en influence auprès d’autres pays d’Amérique du Sud qui ont apporté leur soutien à Juan Guaido”, souligne le Wall Street Journal. Le quotidien note, ensuite, que “la Chine est consciente de l’importance que la question vénézuélienne représente aux yeux de l’administration américaine”. Dans le contexte du conflit commercial sino-américain, les autorités chinoises peuvent être tentées de ne pas créer un nouveau motif de brouille avec Washington.

Enfin, “le radicalisme du régime chaviste se marie mal avec les besoins actuels de la Chine d’apparaître comme un acteur majeur de l’ordre économique ‘occidental’ dominant”, estime Jean-Marc Blanchard, spécialiste de la Chine à l’Université de Stanford, dans une étude sur les aspects politiques des investissements chinois en Amérique latine. En d’autres termes, Pékin pourrait accepter de perdre des dizaines de milliards de dollars plutôt que risquer d’apparaître comme l’allié d’un régime rejeté par la plupart des grandes économies qui sont aussi ses partenaires commerciaux.

Moscou n’a pas ce luxe. La fragilité de son économie ne lui permet pas de passer les dettes de Caracas par pertes et profits, surtout si Rosneft pâtit durement d’un changement de régime, estime la chaîne économique Bloomberg. Mais Moscou sait aussi qu’il lui est impossible de soutenir financièrement ad vitam aeternam un régime lâché de toutes parts. “Malheureusement, le temps ne joue pas en faveur de Nicolas Maduro”, a reconnu Vladimir Dzhabarov, vice-président du comité des Affaires étrangères de la Douma.

C’est pourquoi la Russie serait en train de chercher, en coulisse, à protéger ses intérêts dans le pays en cas de changement de régime. “Des négociations ont sûrement lieu avec l’opposition, malgré les dénégations officielles”, assure Dimitri Rozental, spécialiste du Venezuela à l’Académie des sciences de Moscou, interrogé par le Moscow Times.

Les russes seraient d’autant plus enclins à trouver un compromis avec le camp Guaido qu’ils savent que, contrairement à ce qui s'est passé en Syrie, ils ne sont pas capables de déployer rapidement des élements militaires au Venezuela si la situation s’envenime. Pour Ivan Konovalov, directeur du Centre des études stratégiques de Moscou, interrogé par Bloomberg, les Russes “n’ont pas envie de risquer de participer à un conflit armé dans la zone d’influence des États-Unis”.

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