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En Thaïlande, la princesse rebelle qui voulait devenir Première ministre

Cette photo d'archives, prise le 24 mars 2010, montre la princesse thaïlandaise Ubolratana en visite au pavillon de la Thaïlande à la Hong Kong Entertainment Expo.
Cette photo d'archives, prise le 24 mars 2010, montre la princesse thaïlandaise Ubolratana en visite au pavillon de la Thaïlande à la Hong Kong Entertainment Expo. Mike Clarke, AFP

La sœur du roi de Thaïlande a surpris vendredi en annonçant sa candidature au poste de Premier ministre, qu'elle a dû retirer le lendemain face au torpillage du palais. La princesse avait renoncé à son titre royal en 1972 pour épouser un Américain.

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Ubolratana Rajakanya, 67 ans, a annoncé vendredi 8  février concourir au poste de chef du gouvernement civil qui sera formé en Thaïlande à l'issue des élections législatives du 24 mars, sous l'étiquette d'un parti pro-Shinawatra, ancien Premier ministre vivant en exil pour échapper à des poursuites dans le royaume.

Mais la candidature de la sœur du roi de Thaïlande n'aura tenu qu'une journée : le parti sous la bannière duquel elle devait concourir a fait machine arrière samedi 9 février, après son torpillage par le palais.

Cette candidature surprise de la princesse entrait en concurrence frontale avec celle du chef de la junte et menaçait de rebattre les cartes d'une scène politique verrouillée par les militaires.

Après avoir renoncé à son titre royal au début des années 1970 pour épouser un Américain, la sœur aînée du roi de Thaïlande confirme son image de princesse rebelle. Sportive accomplie, chanteuse pop à ses heures, elle avait jusqu'ici montré peu de goût pour la politique, préférant défendre le cinéma thaïlandais dans les festivals du monde entier. Elle a d'ailleurs joué dans deux films, dont "Where the Miracle Happens", sorti en 2008 et présenté au festival de Cannes.

Dans son dernier post sur Instagram, jeudi 7 février, alors qu'enflait la rumeur de sa candidature, la princesse, friande des réseaux sociaux, a posté une photo d'elle, tout sourire, des fleurs rouges à la main. Dans un pays adepte des signaux politiques cryptiques, elle donnait déjà un indice, posant en robe traditionnelle du nord de la Thaïlande, depuis Chiang Mai, fief des Shinawatra, dont la couleur politique est le rouge.

Proche des Shinawatra

La princesse n'a jamais caché sa proximité avec l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, bête noire des élites conservatrices ultra-monarchistes et de l'armée. Elle a ainsi assisté à la demi-finale de la Coupe du monde 2018 entre l'Angleterre et la Croatie aux côtés de Thaksin Shinawatra et de sa sœur Yingluck, deux ex-Premiers ministres renversés par les militaires qui vivent aujourd'hui en exil pour échapper à des poursuites qu'ils dénoncent comme politiques.

>> À lire aussi : "Thaïlande : introuvable, l'ex-Première ministre Yingluck Shinawatra visée par un mandat d'arrêt"

Et lorsqu'en 2017, Thaksin Shinawatra, rompant un long silence, cite Montesquieu dans un message sur les réseaux sociaux ("Il n'y a pas de tyrannie plus cruelle que celle qui se perpétue sous le bouclier de la loi et au nom de la justice"), la princesse commente sur Instagram : "Je suis d'accord !!! Su Su", ce qui signifie "Au combat !" en thaï.

Thaksin Shinawatra a toujours été vu par la vieille garde du palais et les militaires comme une menace pour la royauté. D'où les coups d'État militaires de 2006 et 2014 contre ses gouvernements. Mais depuis la prise de pouvoir par les généraux proches de la famille royale, le roi Bhumibol Adulyadej est mort et son fils Maha Vajiralongkorn, le frère cadet de la princesse, lui a succédé.

>> À lire : le prince héritier Maha Vajiralongkorn monte sur le trône

La candidature de la sœur du roi, qui ne peut avoir été décidée sans l'aval du palais selon des analystes, est donc un signe de rupture sans précédent d'avec la vieille garde de l'époque Bhumibol.

100 000 abonnés sur Instagram

Née à Lausanne, en Suisse, Ubolratana Rajakanya est l'aînée des enfants du roi Bhumibol Adulyadej, décédé en 2016, et de la reine Sirikit. Elle part aux États-Unis pour étudier et y rencontre un Américain, Peter Ladd Jensen, qu'elle épouse en 1972, abandonnant au passage son titre royal.

De leur union naissent deux filles et un fils. Mais le couple divorce en 1998. Et trois ans plus tard, la princesse est de retour en Thaïlande, où elle reprend une partie de ses obligations royales.

Un drame frappe alors Ubolratana : son fils autiste, Poom, meurt à l'âge de 21 ans dans le tsunami dévastateur de 2004. Après sa mort, elle créé une fondation en son nom pour aider les enfants autistes.

Active sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram où elle compte près de 100 000 abonnés, elle fait volontiers part de ses vues sur des sujets de société, alors que les membres de la famille royale restent plutôt sur leur réserve, participant à des évènements officiels mais sans faire jamais le moindre commentaire sur la société.

Sur le récent pic de pollution sans précédent qui a étouffé Bangkok par exemple, la princesse a ainsi confié sur Instagram, avec une photo d'elle portant un masque antipollution noir : "Ce problème doit être résolu le plus rapidement possible. Les enfants ne peuvent plus aller à l'école".

Aucun membre de la famille royale n'avait jamais brigué le poste de chef du gouvernement depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.

Avec AFP

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