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Procès des indépendantistes catalans : ce qu'il faut savoir

Des pro-indépendantistes manifestaient en Catalogne le samedi 1er février pour demander la libération des 12 prisonniers séparatistes.
Des pro-indépendantistes manifestaient en Catalogne le samedi 1er février pour demander la libération des 12 prisonniers séparatistes. Lluis Gene, AFP

C'est un procès très attendu qui s'ouvre le 12 février à Madrid. Douze dirigeants indépendantistes à l’origine de la tentative de sécession de la Catalogne en octobre 2017 sont poursuivis pour rébellion et détournement de fonds.

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• Les 12 protagonistes
Ils risquent entre sept et vingt-cinq ans de prison. L'ancien vice-président catalan Oriol Junqueras jugé pour rébellion et détournement de fonds risque la peine la plus lourde. Sur le banc des accusés figurent également onze autres dirigeants séparatistes : des membres de son exécutif, deux dirigeants de puissantes associations indépendantistes et l'ex-dirigeante du parlement catalan, Carme Forcadell.

Ils sont accusés d’avoir joué un rôle clef dans l'organisation du référendum d'autodétermination du 1er octobre 2017 interdit par la justice et dans la brève déclaration d'indépendance du 27 octobre 2017. À l’époque, le gouvernement espagnol dirigé par le conservateur Mariano Rajoy avait suspendu l'autonomie de la Catalogne, dissous le parlement et le gouvernement de Carles Puigdemont.

L’ancien président catalan, figure principale de la tentative de sécession, sera le grand absent du procès. Il avait quitté l'Espagne pour la Belgique afin d'échapper aux poursuites judiciaires après la déclaration unilatérale d'indépendance.

Des centaines de témoins sont prévus, dont l'ancien chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, sa vice-présidente Soraya Sáenz de Santamaria, ou le président du Pays basque Iñigo Urkullu, qui avait servi de médiateur entre Barcelone et Madrid au moment des tensions.

>> À voir sur France 24 : "REPORTERS - La république catalane, une utopie brisée"

• Y-a-t-il eu violence ?
C’est la question fondamentale sur laquelle les juges auront à trancher : y a-t-il eu violence lors de la tentative des indépendantistes de séparer la région de l'Espagne ? "Une des questions centrales du procès sera de savoir si ce qui est arrivé peut être considéré comme de la violence", a estimé Carlos Lesmes, président de la Cour suprême qui jugera l'affaire. L'existence d'un "soulèvement violent" est en effet une condition indispensable de la rébellion, le délit le plus grave dont sont accusés neuf protagonistes.

Les indépendantistes soutiennent que la seule violence a été celle des policiers envoyés par Madrid en Catalogne pour empêcher la tenue du référendum le 1er octobre. Mais pour le parquet, les séparatistes "envisageaient l'utilisation de tous les moyens nécessaires pour atteindre leur objectif, y compris […] la violence nécessaire pour assurer le résultat criminel recherché".

• Un procès historique et politique

"Un procès historique en Espagne"

"C'est le procès le plus important que nous ayons connu en démocratie", a affirmé Carlos Lesmes. Retransmis dans son intégralité à la télévision espagnole, il devrait durer "environ trois mois". Plus de 600 journalistes de 150 médias ont été accrédités pour le couvrir.

Pour les séparatistes qui revendiquent le caractère pacifique de leur mouvement et dénoncent les longs mois passés en détention provisoire par neuf des accusés, ce procès est "une farce". "Nous sommes face à une stratégie préméditée pour liquider l'expression et la volonté démocratiques des Catalans", a dénoncé le président indépendantiste de la Catalogne, Quim Torra.

De son côté, Jordi Cuixart, le président de l’association indépendantiste catalane Omnium Cultural, interrogé par le journal Le Monde fin janvier avant qu'il ne soit transféré vers une prison madrilène, tente de donner à l'événement une portée politique. "La prison est une chance de rendre visibles les restrictions des droits et libertés qui existent en Espagne, assure-t-il. Ce procès sera un haut-parleur."

"Ce sera un procès avec toutes les garanties possibles, nous sommes un État de droit", lui a répondu la porte-parole du gouvernement central, Isabel Celaá. Carlos Lesmes a, quant à lui, dénoncé "une grande campagne pour discréditer l'institution judiciaire espagnole". Et d'ajouter qu'il régnait une "énorme pluralité idéologique" parmi les sept magistrats qui jugeront l'affaire.

• Manifestations et grève
Des associations et partis indépendantistes catalans ont prévu de se mobiliser dans les rues de plusieurs villes catalanes dès le premier jour du procès. Le 16 février, une grande manifestation est prévue à Barcelone avec pour mot d'ordre : "l'autodétermination n'est pas un délit".

Une "grève générale" est également prévue en Catalogne le 21 février et une manifestation à Madrid le 16 mars. Leur porte-parole, l'ancien élu d'extrême gauche indépendantiste David Fernandez, a fustigé "un procès contre le peuple catalan", incitant à "sortir dans la rue de manière massive et régulière".

>> À lire aussi : "Les dates-clés de la montée de l’indépendantisme catalan"

• La question indépendantiste au centre du débat
Le procès devrait avoir des répercussions sur la scène politique espagnole. D’autant que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez a besoin de l’appui des indépendantistes pour faire voter son projet de loi de budget 2019. Selon un sondage de l'Institut de sciences politiques Socials (ICPS) de l’Universitat Autònoma de Barcelona (UAB), 44,4 % des Catalans pensent que le processus d’émancipation de la Catalogne aboutira sur une plus grande autonomie de la région plutôt que sur l'indépendance.
 

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