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"Ligue du Lol" : Libération et Les Inrocks mettent à pied des journalistes accusés de harcèlement

Le scandale "La ligue du Lol" met en cause des journalistes, des publicitaires et des graphistes.
Le scandale "La ligue du Lol" met en cause des journalistes, des publicitaires et des graphistes. Loïc Venance, AFP

Le quotidien Libération a annoncé la mise à pied "à titre conservatoire" de ses deux journalistes dont les noms apparaissent dans une affaire de harcèlement sur Internet. Le rédacteur en chef web des Inrocks a été soumis à la même sanction.

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Le quotidien Libération a annoncé, lundi 11 février, "la mise à pied à titre conservatoire" de deux journalistes de sa rédaction appartenant à un groupe, "La ligue du LOL", accusé d'avoir harcelé des dizaines de personnes sur Internet.

Cette mise à pied "ne préjuge en rien d'une culpabilité quelconque" d'Alexandre Hervaud (service Internet) et Vincent Glad (collaborateur), précise le directeur de la rédaction du quotidien, cité par Le Monde. "Nous prenons cela très au sérieux", ajoute Laurent Joffrin, en précisant qu'une enquête interne a été lancée.

Vincent Glad a expliqué sur son compte Twitter avoir créé le groupe Facebook "La ligue du LOL", dont des membres se sont adonnés au début des années 2010 à des pratiques qualifiées aujourd'hui de harcèlement pas certains de leurs auteurs. LOL est l'acronyme de "laugh(ing) out loud" (rire bruyamment), utilisé sur Internet pour marquer une intention humoristique ou sarcastique.

Certaines de leurs cibles ont dénoncé ces derniers jours des entraves à leur carrière et un dénigrement systématique et coordonné de la part de membres du groupe ou de leur entourage, étayant leurs témoignages de photos de messages violents. Des femmes, notamment journalistes ou blogueuses féministes, semblent avoir été particulièrement visées.

Vincent Glad a assuré que l'objectif de ce groupe "n'était pas de harceler des femmes. Seulement de s'amuser. Mais rapidement, notre manière de s'amuser est devenue très problématique". "On parlait de trolling, c'était du harcèlement", a-t-il ajouté.

Dans un autre message d'excuse, Alexandre Hervaud déclare quant à lui n'avoir "aucune responsabilité dans des faits graves (usurpation d'identité, canulars, menaces...) évoqués par certains".

"Parmi les bourreaux"

David Doucet, rédacteur en chef web du magazine Les Inrockuptibles, a dit son "effroi" d'avoir pris conscience qu'il comptait "parmi les bourreaux". Il a aussi été "mis à pied à titre conservatoire" par Les Inrocks, selon une source proche du magazine, une procédure préalable à son licenciement.

Le studio de podcast Nouvelles Ecoutes a annoncé mettre fin à sa collaboration avec un quatrième membre du groupe, Guilhem Malissen, expliquant ne pouvoir "tolérer de voir notre entreprise et nos podcasts associés à des actes sexistes, racistes, grossophobes ou homophobes".

Guilhem Malissen a expliqué sur Twitter qu'il n'avait àl'époque "pas conscience de harceler". "J'en ai honteaujourd'hui", écrit-il.

Se défendant d'avoir "nui socialement ou professionnellement" à quiconque, le rédacteur en chef de Slate Christophe Carron s'est lui aussi excusé sur Twitter. Il a précisé que son site couvrirait l'affaire "sans s'interdire aucun angle", et sans qu'il ne prenne part à la supervision des articles.

Stephen des Aulnois a quant à lui reconnu avoir participé au groupe "dont les actions répétées sont du harcèlement" et annoncé son retrait du poste de rédacteur en chef d'un magazine pornographique sur Internet.

"Lâches"

Le secrétaire d'État au numérique, Mounir Mahjoubi, a fustigé dimanche "des lâches et des harceleurs". "J’ai invité les victimes à rendre publics les faits, même prescrits, et pour ceux non prescrits à déposer plainte. Ils doivent rendre compte de leurs actions", a-t-il écrit sur Twitter.

La secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa, a dit sa solidarité avec les "blogueuses et journalistes qui ont eu à subir le harcèlement sexiste de la #LigueDuLol". "Ce n’est pas 'Internet' qui est impitoyable, c’est ce qu’on en fait", a-t-elle écrit sur Twitter.

"J'aimerais que vous fassiez état de vos regrets, de vos excuses, du début d'une prise de conscience et j'aimerais que vous démissionniez et que vous encouragiez la candidature de consœurs [féministes]", a demandé sur Twitter la journaliste Florence Porcel, victime de cette "Ligue" et intimidée "physiquement" sur son "lieu de travail".

Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme, "aujourd'hui encore, être un agresseur n'est pas du tout un stigmate social, c'est une manière de construire sa reconnaissance et sa carrière, il serait temps d'inverser les choses."

"Celles et ceux qui couvrent les sujets sur les femmes sont les premières victimes du cyber-harcèlement. Navrant que des journalistes s'y prêtent", a souligné l'organisation de défense des journalistes, Reporters sans frontières, en ciblant "La Ligue du LOL".

Avec AFP et Reuters

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