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Remettre en selle la taxe carbone, mission impossible ?

Un embouteillage sur une autoroute française non loin de la frontière luxembourgeoise, le 2 août 2018.
Un embouteillage sur une autoroute française non loin de la frontière luxembourgeoise, le 2 août 2018. Jean-Christophe Verhaegen, AFP

Une tribune co-signée par 86 députés de cinq partis politiques plaide pour le retour de la taxe carbone. Une initiative hautement sensible, alors que la mesure a déclenché en novembre la crise des Gilets jaunes et continue de faire des remous.

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Taxe carbone, le retour. Deux mois après le retrait de la très polémique taxe carbone par le Premier ministre sous la pression des Gilets jaunes, 86 députés de cinq groupes politiques (LREM, PS, UDI, MoDem et Libertés et Territoires) ont lancé un appel dans une tribune publiée dans Le Figaro, mercredi 13 février, pour la réhabiliter. Il s’agit, selon les signataires, de mettre en place "une fiscalité juste socialement."

"Beaucoup de nos concitoyens sont convaincus que la fiscalité carbone n'est qu'un prétexte pour faire payer toujours plus les Français, pour augmenter sans cesse des dépenses publiques dont ils ne perçoivent plus les bénéfices, se défendent les 86 députés au début de l’article. […] Nous entendons ces critiques, qui toutes sont légitimes. Elles nous poussent non pas à vouloir abandonner la fiscalité carbone mais à travailler ensemble à un nouveau contrat."

>> À lire : Taxe carbone : un impôt pour la planète

L’initiative ne signe pas "le retour de la taxe carbone telle qu’elle a été envisagée et qui a été la goutte d’eau ou l’étincelle qui a lancé cette mobilisation des Gilets jaunes", a assuré mercredi sur Franceinfo Matthieu Orphelin, à l'origine d'une tribune. Il s'agit, selon lui, d'un appel "à une réflexion globale, comment on peut avoir une fiscalité écologique plus juste socialement", une "réflexion qu’il faut avoir avec tous les acteurs, les syndicats, les associations de consommateurs sur le terrain, les citoyens", dans le cadre du grand débat national.

Compenser par la réduction d’un autre impôt

Sans surprise, l’initiative pour le retour de cette fiscalité a été saluée par les militants et défenseurs de l’environnement. "Même si le contexte est difficile [la crise des Gilets jaunes, NDLR], toutes les initiatives qui consistent à se libérer des énergies fossiles pour ne plus avoir à dépendre des pays du Golfe sont une excellente chose", s’enthousiasme Brice Lalonde, militant écologiste et coordonnateur de la Conférence des Nations unies sur le développement durable, interrogé par France 24.

"Tout dépend de la manière dont on utilise cette taxe, poursuit l’ancien ministre de l’Environnement. Elle ne doit forcément être réinvestie dans des grands projets environnementaux, mais doit aider les Français dans leur vie quotidienne pour acheter des voitures peu consommatrices en carburant ou électriques, isoler leur maison, investir dans des pompes à chaleur, etc…" Autre condition sine qua non, cette taxe doit également s’accompagner de la réduction d’un autre impôt, estime Brice Lalonde.

Réconfortée par l’initiative des 86 députés, Brune Poirson, secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire, n’a pas écarté la possibilité de son retour. C’est un "outil efficace […] qui a un vrai impact" et qui pourrait "peut-être" réapparaître en fonction des conclusions du débat national.

Au plus haut sommet de l'État pourtant, l'initiative plebiscitée par les parlementaires ne semble pas d'actualité. "Le président a souligné que nous étions entrés dans ce moment [de crise] le 17 novembre dernier suite à une hausse de fiscalité, et ce n’est sans doute pas par une hausse de la fiscalité qu'on répondra à la colère qui s’est exprimée", a déclaré mercredi Benjamin Griveaux, à l'issue du conseil des ministres.

"Remettre 100 balles dans la machine"

Une manière d'éteindre les premières étincelles allumées par l'opposition. Revenir sur la taxe n’est pas "très prudent", s’est inquiété le maire de Nice Christian Estrosi, mercredi sur Public Sénat. "Il y a parmi les signataires de cette tribune quelques parlementaires qui sont des amis. Je leur dis : Emmanuel Macron a mis 18 mois à comprendre qu’il fallait s’adresser aux territoires, aux maires et vous, vous êtes en train de faire le chemin inverse. Les premiers concernés par un sujet comme celui-là sont d’abord les élus territoriaux."

"Relancer la taxe carbone ? Le moment choisi est carrément idéal !, raille sur Twitter Philippe Gosselin, député Les Républicains de La Manche. Ces 86 députés n’ont donc pas compris que c’est elle qui a lancé les Gilets Jaunes et la défiance de nos concitoyens ?! Ça c’est de l’intuition politique ! Remettre 100 balles dans la machine."

"Gouvernement hors-sol"

Plus virulent, Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste (PCF), considère que ces élus "ne peuvent pas redemander ça. Pas maintenant, pas là. Il y a une urgence climatique [mais] il ne faut pas la faire porter par des ouvriers, des salariés, des retraités qui n'en peuvent plus, qui sont aujourd'hui les vaches à lait du gouvernement", a-t-il indiqué sur France Inter, proposant lui aussi de "taxer les gros pollueurs."

Thierry Mariani, ex-député LR passé dans le giron du Rassemblement national, est plus radical encore. "Il y a une forme de provocation ou d'inconscience du gouvernement !".

Si la mobilisation des Gilets jaunes tendait ces dernières semaines à s’affaiblir, l’appel des 86 pourrait bien relancer le mouvement. "Provocation ! lance un Gilet toulousain sur Twitter. Les Gilets Jaunes sont descendus dans la rue contre la taxe carbone. 86 parlementaires veulent la remettre. Remobilisons-nous tous sur les ronds-points dès samedi."

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