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En Haïti, la contestation ne s'essouffle pas face au silence de Jovenel Moïse

Échauffourrées entre police et manifestants à Port-au-Prince, mercredi 13 février 2019.
Échauffourrées entre police et manifestants à Port-au-Prince, mercredi 13 février 2019. Hector Retamal, AFP

En Haïti, le mouvement de protestation contre la mauvaise gestion des dépenses publiques entamé le 7 février ne s'essouffle pas, alors qu'au moins un manifestant est mort mercredi, mettant en difficulté le président Jovenel Moïse.

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La colère ne tarit pas en Haïti, où de nouvelles manifestations contre le président Jovenel Moïse ont été émaillées par des affrontements avec la police, mercredi 13 février. Un jeune homme a été tué à Port-au-Prince dans l’après-midi, près des bureaux de la présidence, selon l'AFP. Un journaliste haïtien a, de son côté, été blessé par balle au cours d'une fusillade entre policiers et manifestants, majoritairement issus des quartiers populaires.

>> À lire aussi : Le cri de révolte contre le président Jovenel Moïse s'intensifie en Haïti

Depuis le 7 février, au moins sept personnes ont été tuées lors des manifestations dans les principales villes d'Haïti. "Une majorité de manifestants demandent la démission du président Jovenel Moïse", explique Jake Johnston, spécialiste de la situation en Haïti pour le Center for Economic and Policy Research (CEPR), un groupe de réflexion basé à Washington. Cette administration est vue comme "incapable ou non désireuse d’agir sur la crise économique ou de faire des efforts contre la corruption", observe le chercheur, auteur du blog Haiti: Relief and Reconstruction Watch.

"C'est une insurrection populaire : les Haïtiens occupent les rues, donc il est clair que Jovenel [Moïse, le président, NDLR] n'a d'autre choix que de remettre sa démission", déclarait Prophète Hilaire, un manifestant de la capitale à l'AFP. "Un gouvernement qui ne peut pas donner de la nourriture et de l'eau à son peuple doit démissionner, mais il faut aussi que la bourgeoisie se décide à ne plus accaparer toutes les richesses car nous, nous sommes plus nombreux du côté des quartiers populaires".

"Crise de légitimité"

En Haïti, plus de la moitié de la population vit dans une extrême pauvreté, et 1,3 million de personnes ont besoin d’assistance alimentaire, estimait, le 5 juillet, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU. Les conditions économiques se sont dégradées ces dernières années, abonde Jake Johnston : "Une inflation à deux chiffres est observée depuis 2016. La monnaie a perdu 50 % de sa valeur ces quatre dernières années, avec la moitié de cette chute survenue rien que l’an passé."

Cette crise économique, associée à des scandales de corruption, explique la mobilisation actuelle. "Plus largement, il existe une crise de légitimité chez les élus haïtiens qui ont échoué à répondre aux besoins de la population pendant des années", estime le chercheur, qui rappelle que Jovenel Moïse est devenu président à l’issue d’une seconde élection, la première ayant été annulée pour cause de fraude massive. "Lorsque la seconde élection a eu lieu, la participation était inférieure à 20 %", indique-t-il, jugeant que même si le scrutin "était parfaitement propre, il n’est pas réaliste de penser que ce niveau de participation puisse donner lieu à un mandat stable."

"La crise va durer"

Au pouvoir depuis deux ans, Jovenel Moïse est pour l'instant resté silencieux sur la crise qui secoue Haïti ces derniers jours, observe Amélie Baron, correspondante de France 24 en Haïti. "C’est le mutisme le plus total de la part du président, mais aussi de son chef de gouvernement : aucun n'a réagi, ne serait-ce que sur les violences ou sur les pertes en vies humaines. Pas une solution ne semble émerger de cette crise. Il va bien falloir qu'une autorité prenne une décision parce que cette colère populaire qui s'exprime va crescendo et ne va pas s’atténuer."

"Le gouvernement, ainsi que plusieurs ambassades étrangères du pays, semblent penser que les protestations actuelles ne sont que le produit d’opposants politiques qui cherchent à accéder au pouvoir, et que ces derniers vont bientôt être à court d’argent, entraînant un retour à la normale", observe Jake Johnston. Or, selon le chercheur, "ignorer une fois encore les revendications légitimes du peuple, c’est garantir que la crise va durer".

De nouvelles élections législatives sont prévues pour octobre 2019. Mais, prévient Jake Johnston, "il serait peu prudent de penser que des élections seules peuvent résoudre la crise actuelle". Quant au dialogue avec l’opposition, il semble aussi compliqué : "Il n’y a pas un seul leader crédible qui puisse dire qu’il contrôle la rue", note Jake Johnston. Selon lui, il faut en outre associer la "société civile" à tout effort de dialogue.

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