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Varsovie versus Sotchi : valses diplomatiques autour de l'Iran et de la Syrie

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan à Sotchi, dans le sud de la Russie, le 14 février 2019.
Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan à Sotchi, dans le sud de la Russie, le 14 février 2019. Sergeï Chirikov, Reuters

Deux sommets, l'un à l'initiative des États-Unis pour faire pression sur l'Iran, l'autre à l'initiative de la Russie pour relancer le règlement du conflit en Syrie, se tiennent jeudi, l'un en Pologne, l'autre en Russie.

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Varsovie ou Sotchi, Sotchi ou Varsovie : il fallait choisir son camp, jeudi 14 février, alors que deux sommets sur le Moyen-Orient étaient organisés en même temps, à 2 000 kilomètres de distance, l’un par les États-Unis dans la capitale polonaise (du 13 au 14 février), l’autre par la Russie sur les bords de la mer Noire (le 14 février).

Des initiatives diplomatiques concurrentes de Donald Trump et de Vladimir Poutine qui signent leurs différences en termes de jeu d’alliances et de vision stratégique de la région.

À Varsovie, les États-Unis et Israël avec l'Iran dans le viseur

Promouvoir "la paix et la sécurité au Moyen-Orient" : derrière l’objectif flou affiché par le sommet international de Varsovie, se dessine la volonté d'accroître la pression sur le régime iranien.

Officiellement, l'administration Trump ne cherche pas à renverser le régime né il y a tout juste 40 ans. Pourtant, l'ancien maire de New York Rudy Giuliani, qui est l'avocat personnel de Donald Trump mais ne représente pas le gouvernement américain, a ouvertement appelé mercredi à un changement de régime lors d'un rassemblement à Varsovie des Moudjahidine du peuple, l’opposition iranienne en exil, proches des conservateurs américains. L'Iran "devrait être ostracisé", a-t-il martelé, se prononçant pour "un changement de régime en Iran, afin qu'il y ait un régime démocratique, légal".

Snobée par la Russie, qui a convié à Sotchi le président iranien Hassan Rohani (qui n’était pas invité à Varsovie) et le président turc Recep Tayyip Erdogan, la conférence de Varsovie compte d’autres absents de poids refroidis par la ligne américaine affichée sur Téhéran : ainsi, la plupart des grands pays européens, à l’instar de l’Allemagne et la France, n'ont envoyé sur place que des responsables de second plan. La Turquie, membre de l'Otan, sera représentée a minima par du personnel de l'ambassade.

Une présence phare, en revanche, aux côté du vice-président américain, Mike Pence, est celle du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, allié de Donald Trump. Mercredi, il a présenté cette conférence "extraordinaire" comme "un tournant historique" en insistant sur la présence "côte à côte" d’un Premier ministre israélien et des ministres des principaux pays arabes (l'Arabie saoudite, Bahreïn, le Yémen, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, Oman, les Émirats arabes unis, l'Égypte et la Tunisie ont confirmé leur présence au ministère des Affaires étrangères polonais il y a deux jours) pour parler "sur un ton particulièrement fort, avec clarté et unité contre le danger du régime iranien". "Il est n’est pas possible d’atteindre la paix et la stabilité au Moyen-Orient sans affronter l’Iran", a, pour sa part, déclaré le secrétaire d'État américain, MikePompeo, jeudi aux côtés de Benjamin Netanyahou.

Signe révélateur de l’hostilité envers Téhéran qui prédomine à la conférence de Varsovie, le bureau du Premier ministre israélien avait, dans un premier temps, publié un tweet mercredi soulignant "l'intérêt commun" entre l'État hébreu et les pays arabes d'une "guerre" contre l'Iran. Un tweet rapidement effacé pour être remplacé par un autre évoquant un simple "combat" avec l'Iran… mais aussitôt relayé, via une capture d’écran, sur le compte du chef de la diplomatie iranienne. Mohammad Javad Zarif y qualifie la conférence de Varsovie de "cirque" et dénonce les "mirages" de Benjamin Netanyahou.

Sans surprise, en effet, la conférence de Varsovie s’attire les foudres du régime iranien. Mercredi, alors qu’un attentat suicide contre l'armée d'élite du régime en Iran a fait 27 morts dans la province du Sistan-Balouchistan, Mohammad Javad Zarif avait réagi en indiquant : "Ce n'est pas une coïncidence que l'Iran ait été frappé par la terreur le jour même". Par ailleurs, avant même le début de la conférence, il l’avait qualifiée de "mort-née" et l’avait présenté comme la poursuite de "l’obsession" de Washington envers Téhéran.

À Sotchi, la Russie, l'Iran et la Turquie autour de la table pour parler Syrie

Dans le viseur du sommet de Varsovie, le président iranien était jeudi aux côtés des présidents russe et turc sur les rives de la mer Noire autour d'un autre dossier chaud du Moyen-Orient : alors que le groupe État islamique (EI) est acculé en Syrie et que Washington prépare son retrait militaire du pays, Vladimir Poutine, Hassan Rohani et Recep Tayyip Erdongan vont tenter de relancer le règlement du conflit qui a fait plus de 350 000 morts en huit ans.

La Russie, qui accueille le sommet, s'est imposée comme un acteur incontournable du conflit depuis le lancement en 2015 de son intervention militaire en soutien au régime de Bachar al-Assad, qui contrôle désormais près des deux tiers du pays.

Selon le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, le sommet entre les présidents de ces trois pays doit notamment être consacré à la formation d'un comité chargé d'élaborer une nouvelle Constitution pour la Syrie en vue d'une transition politique. Fin décembre, l'ONU avait admis avoir échoué à former un tel comité. Il s'agit du quatrième sommet depuis novembre 2017 entre la Russie, l'Iran et la Turquie.

Il est organisé alors que les combattants kurdes et arabes des Forces démocratiques syriennes (FDS), avec l'appui de la coalition emmenée par Washington, ont lancé samedi leur offensive "finale" contre la dernière poche jihadiste, située dans la province de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie. Une victoire sur l'EI ouvrirait la voie au désengagement annoncé en décembre par Donald Trump des environ 2 000 militaires américains déployés en Syrie pour aider les FDS à lutter contre les jihadistes. Mais aucun calendrier de retrait n'a été communiqué à ce jour par Washington.

Le président turc a soutenu l'idée d'une zone de sécurité dans le nord de la Syrie, en ajoutant toutefois, en référence à la présence kurde : "L'unité territoriale de la Syrie ne peut être rétablie tant que le [parti kurde] PYD et [sa branche armée] le YPG ne sont pas éliminés de Manbij et de l'est de l'Euphrate."

La Syrie se trouve en tout cas au centre d'un intense ballet diplomatique, cette semaine puisqu’une réunion de la coalition anti-EI est prévue vendredi à Munich.

Avec AFP et Reuters

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