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Le grand débat national confirme une fracture territoriale en France

Le cahier des doléances de Bourgtheroulde-Infreville, le 14 janvier 2019.
Le cahier des doléances de Bourgtheroulde-Infreville, le 14 janvier 2019. Charly Triballeau, AFP

À mi-parcours, la participation au grand débat national est un succès, selon le gouvernement, qui met en avant le nombre élevé de réunions organisées. Mais les territoires ruraux apparaissent comme ayant plus participé que les centres urbains.

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Plus de 3 900 réunions publiques déjà organisées, environ 900 000 contributions en ligne et plus de 9 000 cahiers de doléances : en un mois, le grand débat national a suscité l’intérêt des Français. Critiqué pour son manque d’indépendance, boycotté par une partie des Gilets jaunes et des partis d’opposition, ce débat enregistre à la mi-février une participation qui démontre malgré tout un fort engouement.

"On voit que les Français avaient soif de débat et qu’ils jouent le jeu. C’est impressionnant. On croule littéralement sous les contributions, qu’elles soient faites lors des débats dans les communes ou déposées en ligne sur la plateforme", constate le politologue Pascal Perrineau, l’un des cinq "garants" de ce grand débat national, contacté par France 24.

>> À voir : "Grand débat national : une thérapie collective pour la France ?"

La carte de France des débats établie par France 24 par département révèle toutefois de fortes disparités géographiques. Les départements ruraux ou enclavés sont ceux où la participation est la plus forte. Les Alpes-de-Haute-Provence (19,76 réunions organisées pour 100 000 habitants), la Haute-Saône (18 réunions), l’Yonne (13,67 réunions), le Lot (12,23 réunions) et l’Orne (11,80 réunions) figurent ainsi en tête de ce classement.

Ces départements ont en commun d’avoir vu leurs services publics (bureaux de poste, gares, hôpitaux, écoles) disparaître progressivement au fil des ans. Comme le soulignent les chercheurs Aleksandra Barczak et Mohamed Hilal dans l’ouvrage collectif "Services publics et territoires. Adaptations, innovations et réactions", cité par Alternatives économiques, on observe depuis trente ans une "dédensification des services publics plus marquée dans les espaces de faible densité que dans les pôles urbains".

En conséquence, la population de ces départements se considère plus abandonnée par le gouvernement. Comme l’avait déjà fait le mouvement des Gilets jaunes, le grand débat national a mis en avant la détresse de retraités, de familles monoparentales et de populations fragilisées.

>> À lire : "Le grand débat national se déroule-t-il en toute indépendance ?"

À l’inverse, les métropoles ou les départements situés à proximité d’un centre urbain ont moins participé jusqu'alors au débat, tout comme les départements d’outre-mer. Pour Max Dubois, ancien conseiller d’Emmanuel Macron à l’Outre-mer lors de la campagne présidentielle, invité sur La Première, réseau de télévision à destination de l'outre-mer, cette faible participation hors métropole est la conséquence du "débat au résultat stérile" qu’ont constitué selon lui les Assises des Outre-mer organisées fin 2017.

"Le mouvement des Gilets jaunes s’est lancé dans les territoires ruraux donc il est normal que davantage de réunions y soient organisées. Quant aux villes, leurs habitants ont déjà l’habitude de la démocratie participative car on y trouve bien souvent des conseils de quartiers", explique-t-on au cabinet de Sébastien Lecornu, l’un des deux ministres en charge du grand débat national, contacté par France 24.

RIC et ISF reviennent en boucle

La fiscalité, les dépenses publiques et le pouvoir d'achat concentrent plus d’un tiers des propositions formulées sur le site officiel (34 %), devant la transition écologique (25 %), l'organisation de l'État et des services publics (21 %) et les questions de démocratie et citoyenneté (19 %).

Parmi les thèmes abordés en ligne ou lors des réunions publiques, l'inégalité devant l'impôt, l'accès aux services publics, à la santé, à l'emploi, à Internet, à la téléphonie mobile, sont revenus en boucle lors des débats. "Les questions du partage de la richesse et du consentement à l’impôt sont clairement posées en priorité", note Sébastien Lecornu, dans une interview avec la presse régionale publiée le 9 février.

Sans surprise et malgré les lignes rouges fixées par Emmanuel Macron, les propositions récurrentes portent sur l'instauration du référendum d'initiative citoyenne (RIC), la restauration de l'ISF ou l'abandon de la limitation de vitesse à 80 km/h.

"Analyser cette immense masse de données que représentent ces centaines de milliers de contributions sera un challenge, d’autant qu’il faudra aller vite", remarque Pascal Perrineau, à la fois effrayé et motivé par l’ampleur de la tâche.

>> À lire : "Retour de l'ISF, baisse de la TVA : les propositions du grand débat national sont-elles réalistes ?"

Après la fin des débats le 15 mars, c'est l'institut OpinionWay qui analysera les contributions en ligne jusqu’à mi-avril. Il devra faire émerger les "15 ou 18 thèmes que les Français ont en tête" ainsi que les pistes qu'ils ont ébauchées, précise le politologue.

De son côté, Emmanuel Macron assure vouloir tirer "des conséquences profondes" du grand débat national. L'idée d'un référendum organisé le même jour que les élections européennes, le 26 mai, a circulé, mais l'exécutif a renvoyé toute décision à l'issue de la consultation.

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