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Mode : Les articles "blackface" mettent les créateurs dans l'embarras

La chanteuse Katy Perry, accusée d'avoir mis en vente des chaussures ressemblant à un "blackface".
La chanteuse Katy Perry, accusée d'avoir mis en vente des chaussures ressemblant à un "blackface". Frazer Harrison, Getty Images North America, AFP

Après Gucci, Prada et Moncler, la chanteuse Katy Perry a dû retirer de la vente un article assimilé à un "blackface". Certains estiment que recruter davantage de personnalités noires au sein des grands magazines de mode pourrait changer la donne.

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Sous la pression des réseaux sociaux, la chanteuse américaine Katy Perry a retiré deux paires de chaussures du catalogue de sa marque. La raison ? Les modèles, baptisés "Rue" et "Ora", ont suscité de vives réactions car ils ont été jugés assimilables à des "blackface", procédé raciste né de l'esclavagisme qui consiste à se grimer grossièrement en personne noire.

Contactées par le site américain People, la chanteuse et la société Global Brands, qui gère la marque "Katy Perry", se sont exprimées via un communiqué de presse, lundi 11 février : "Les paires de chaussures font partie d'une collection lancée l'été dernier, qui existe en 9 coloris différents [...]. Elles sont supposées être un clin d'œil à l'art moderne et au surréalisme. Cela m'a rendu triste qu'elles soient comparées à des images douloureuses évoquant le 'blackface'. Nous n'avons jamais souhaité qu'elles puissent engendrer de la douleur, et nous les avons immédiatement retirées du site".

Après Gucci, Prada, Moncler...

C’est loin d’être la première fois que l’industrie de la mode est visée par ce type d'accusations. Quelques jours avant Katy Perry, c’est la marque Gucci qui avait été épinglée sur Internet, après avoir mis en vente un pull col roulé noir, orné d’une large bouche rouge. À son tour, Gucci avait présenté ses excuses via un communiqué de presse avant de retirer le pull de la vente.

En décembre dernier, c'est Prada qui faisait scandale en proposant des poupées aux traits similaires à ceux utilisés lors de "blackface". La marque s'était alors également excusée, assurant "avoir horreur des images racistes", avant de cesser la commercialisation desdits produits. Même chose pour l'entreprise française Moncler qui avait proposé une collection dont l'emblème avait été critiqué.

Un manque de diversité au sein des équipes

Comme toutes créations, celles fustigées sur les réseaux sociaux ont passé toutes les étapes de validation au sein de ces entreprises. Pour Jennifer Padjemi, journaliste et co-fondatrice de la newsletter inclusive What’s Good Newsletter, l'explication est simple : "Il suffit de regarder qui sont les personnes dans les équipes, composées très souvent majoritairement de personnes blanches. Si l’acte raciste n’aurait même pas dû exister en premier lieu, il aurait néanmoins pu être éviter si une personne concernée de près ou de loin avait mis son veto", explique-t-elle à France 24.

"Le racisme est une tradition durable", détaille à son tour Louis-Georges Tin, président d'honneur du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), à France 24. "Il y a un véritable refus de l'introspection dans les mondes de la mode, de la culture ou de l'art car ce sont des mondes qui se voient comme naturellement progressistes". Un constat qui prend tout son sens lorsque l'on analyse les communiqués d'excuses des différentes marques, tous calqués sur le même modèle.

Comme les polémiques du genre débutent souvent sur les réseaux sociaux, il est très compliqué d'établir un "politiquement correct universel" dans le monde de la mode. Pourtant, "c'est un domaine comme tous les autres domaines culturels qui a un devoir de responsabilité politique, sociale et éthique par sa visibilité", selon Ariane Fennetaux, universitaire, spécialiste de l'histoire de la mode et du vêtement.

"Il ne s'agit pas d'établir des 'codes moraux' mais d'être aussi globalisé dans la manière de penser et de créer que dans la manière de vendre. On veut distribuer et vendre des produits à tous sans toujours remettre en cause la main mise de cette création par une élite principalement blanche." Car lorsque l'on est aussi influent sur la société, il faut s'attendre à des réactions divisées notamment lorsque le design d'un produit se rapproche – sensiblement ou de manière flagrante – d'une thématique aussi délicate que le "blackface". 

Vers une évolution des mentalités ?

Pour Jennifer Padjemi, si le monde de la mode fait preuve de "beaucoup de racisme connu", elle précise que des "événements majeurs ces derniers années sont en train de changer la donne, à savoir la nomination d’Edward Enninful au British Vogue, de Lindsay People Wagner chez Teen Vogue ou encore celle de Virgil Abloh chez Vuitton". Des initiatives inclusives notables, qui pourraient faire évoluer les choses.

>> À lire : Le scandale du "blackface", symptôme d'un racisme structurel ?

"Il faut passer par l'éducation et la répression", ajoute Louis-Georges Tin, qui nous précise d'ailleurs que le Cran a lancé le site StopBlackface, afin de sensibiliser les populations à ce sujet. "Des sanctions doivent être appliquées car le racisme est un délit", continue-t-il, "mais quand on voit que le maire de Dunkerque défend son carnaval et sa 'nuit des noirs', c'est compliqué de faire passer le message".

Le fait est que le "blackface" est un "phénomène" encore d'actualité aux États-Unis, et pas uniquement dans le domaine de la mode, puisque des photos de Ralph Northam, le gouverneur démocrate de Virginie, grimé en homme noir lors de ses études dans les années 1980, ont refait surface le 12 février. Depuis, des manifestations réclamant sa démission ont lieu quotidiennement devant le Capitole de Richmond. Quelques jours plus tôt, le procureur général de Virginie, Mark Herring, reconnaissait lui aussi s'être "déguisé" en homme noir durant sa jeunesse.

 

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