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Sommet de Visegrad en Israël : une opération symbolique "pour racheter des propos antisémites"

Poignée de main entre le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et le président slovaque, Peter Pellegrini, tous deux membres du V4, le 21 juin 2018 à Budapest.
Poignée de main entre le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, et le président slovaque, Peter Pellegrini, tous deux membres du V4, le 21 juin 2018 à Budapest. Ferenc Isza, AFP

Le sommet de quatre pays d'Europe centrale prévu mardi à Jérusalem a été annulé en raison d'une controverse avec l'État hébreu. À la place, se tiendront des "discussions bilatérales". Que faut-il en attendre ? Quel poids pèse le V4 au sein de l'UE ?

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Le sommet entre les pays d’Europe centrale et Israël n’aura pas lieu. Le groupe du V4, dit groupe de Visegrad, composé de la Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque, prévu mardi 19 février, à Jérusalem, a été annulé après des accusations d'antisémitisme lancées par le nouveau chef de la diplomatie israélienne à l’égard de la Pologne. En lieu et place du sommet, se tiendront de simples "discussions bilatérales". Que faut-il en attendre ? Quels en sont les enjeux ? Quelles conséquences pour l'Europe ? Martin Michelot, chercheur associé à l’Institut Jacques Delors, apporte des éléments de réponse.

France 24 : Quel est l’enjeu de ces rencontres bilatérales ?

Martin Michelot : À l’origine, l’enjeu principal du sommet était surtout de montrer que les relations entre les quatre pays de Visegrad et Israël sont excellentes. La rencontre intervient en effet à un moment où les propos antisémites en Pologne sont récurrents, notamment avec le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS) dont les responsables nient régulièrement la participation des Polonais aux atrocités de la Seconde Guerre mondiale. En Hongrie, la situation est encore plus évidente avec les relents antisémites de son Premier ministre, Viktor Orban. Ce sommet est avant tout symbolique. Il a été créé dans le but de racheter les propos antisémites qui ont pu être propagés ces derniers mois.

Il existe néanmoins une portée politique à ces rencontres. Se rapprocher de l’État hébreux représente également un très bon moyen de renforcer le lien transatlantique avec les États-Unis. Montrer son soutien à Israël revient en effet à consolider les relations avec son allié le plus fidèle, les États-Unis, et ainsi de se rapprocher de Donald Trump.

Il existe enfin des enjeux plus secondaires. Concrètement, ces rencontres peuvent déboucher sur des échanges économiques en matière de défense ou du terrorisme notamment.

Le cas de la République tchèque est différent car ce pays a toujours noué des liens historiques forts avec Israël. Prague a toujours voté contre les intérêts palestiniens à l’ONU par exemple. Son président, qui a certes une position honorifique mais néanmoins influente, n’a cessé de plaider pour le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, comme Donald Trump l’a fait.

Benjamin Netanyahou peut-il, par l’intermédiaire du groupe de Visegrad, favoriser les dissensions au sein de l’UE ?

Le Premier ministre Israélien voudrait en effet voir l’Europe divisée notamment sur le dossier iranien, mais la question israélienne n’est pas assez prégnante pour les Européens au point de susciter de réelles divisions. Ce dossier, quoique sensible pour la France, n’est pas au cœur des fondamentaux européens comme cela pourrait être le cas sur le dossier iranien, russe ou chinois par exemple.

Le Visegrad peut éventuellement influencer certaines orientations sur le sujet, mais il ne peut pas créer de division de manière irrémédiable. Il n’y a pas de réelle stratégie du V4 en Israël, ni au Moyen-Orient de manière générale.

Au-delà de la question israélienne, l’Union européenne doit-t-elle craindre l’alliance de ces quatre pays ?

L’annulation du sommet, au profit de simples rencontres bilatérales, illustre bien l’influence toute relative du Visegrad : la Pologne n’aurait pas annulé sa participation si le sommet avait eu une importance politique capitale.

Le V4 existe depuis 25 ans. Il a été créé pour rejoindre l’Union européenne et l’Otan, mais depuis que chacun de ses membres est parvenu à intégrer ces deux institutions, ces pays du bloc de l’Est n’ont jamais affiché de position unifiée. La réforme des travailleurs détachés a, par exemple, montré de réelles divisions.

Finalement, ce groupe ne partage de vision commune que sur deux grandes thématiques : la question migratoire et sur les fonds de cohésion de l’UE. La Hongrie, la Pologne, la Slovaquie et la République tchèque veulent à tout prix que ces budgets restent à des niveaux importants car les quatre capitales en dépendent beaucoup pour leur vitalité économique.

Reste que sur les questions qui sont stratégiques comme la sécurité, la défense, la politique étrangère, les quatre pays du groupe de Visegrad pèsent leur poids individuellement mais ne boxent pas au-delà de leur catégorie. Face aux poids lourds de l’Union européenne que sont la France et l’Allemagne, l’influence du Visegrad est relativement circonscrite. Elle reste une alliance ad hoc.

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