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Comment Juan Guaido tente de faire basculer l’armée vénézuélienne

Marcelo Garcia, AFP

Depuis qu’il s’est autoproclamé président du Venezuela par intérim, Juan Guaido utilise tous les moyens pour mettre la pression sur l’armée et la pousser à désavouer Nicolas Maduro.

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Après un mois de bras de fer entre Nicolas Maduro et Juan Guaido, la pression s’accentue de plus en plus sur l’armée vénézuélienne. “Vous avez sept jours pour vous mettre du côté de la Constitution, faites ce qu'il faut", a lancé aux militaires, dimanche 17 février, l’opposant autoproclamé président.

Alors que plusieurs défections de hauts gradés ont eu lieu dans l'armée depuis début février, Juan Guaido espère que d'autres vont suivre et laisser passer l'aide humanitaire bloquée depuis plus de dix jours à la frontière avec la Colombie. Il a promis à la population touchée par la crise crise économique que les denrées entreront dans le pays “quoiqu’il arrive” le samedi 23 février.

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Pour l’heure, l’armée s’affiche comme le grand allié de Nicolas Maduro, dont le second mandat est contesté par l'opposition et une grande partie de la communauté internationale. Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, le dirigeant chaviste a nettement élargi les pouvoirs économiques et politiques des militaires.

Des postes clés à l’économie et aux douanes

Les hauts responsables de l'armée sont affectés à des postes clés, comme la Défense et l'Intérieur. “Ils gèrent la plupart des entreprises nationalisées et occupent des postes économiques, comme à la compagnie pétrolière nationale PDVSA, source de 96% des revenus du pays”, énumère l’enseignant-chercheur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Serge Ollivier, avant d’ajouter : “Ils contrôlent aussi les frontières et les douanes, ce qui leur permet de garder une main sur le trafic, y compris le narcotrafic”.

Pas étonnant donc, que l’armée ait réaffirmé sa loyauté envers Nicolas Maduro fin janvier, en qualifiant de “coup d’État” l’autoproclamation de Guaido.

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Reste que parmi ces 360 000 militaires, “tous ne profitent pas du système clientéliste mis en place par Nicolas Maduro”, estime Serge Ollivier. “Mais à la base, des soldats de rang souffrent de la crise économique, au même titre que la majorité de la population”, poursuit le spécialiste du Venezuela.

Dans un pays touché par les pénuries alimentaires et les médicaments, plus de 4 300 soldats ont quitté la Garde nationale en 2018, selon un document de l'institution citée par Control Ciudadano. Dans ce contexte, Juan Guaido utilise tous les moyens possibles pour faire basculer l’armée dans son camp. Et faire ainsi sauter le dernier verrou qui maintient Nicolas Maduro au pouvoir.

Amnistie

Le président de l’Assemblée nationale, âgé de 35 ans, qui évoque régulièrement ses deux grand-pères militaires, a multiplié les messages à l’égard de l’armée. Il a d’abord offert une amnistie à ceux qui rompraient avec le dirigeant chaviste, il a ensuite organisé plusieurs grandes manifestations fin janvier en demandant, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, aux forces armées de “ne pas nous tirer dessus”. “Il ne manque que vous. Le reste du pays, y compris votre famille, se trouve déjà de ce côté-ci de l'histoire", a déclaré Juan Guaido.

Les hauts gradés sont aussi concernés par les sanctions économiques imposées par l’administration américaine au Venezuela, et notamment celles qui visent le secteur pétrolier. Depuis fin janvier, Washington a interdit Citgo, la filiale nord-américaine de PDVSA, de verser de l’argent à sa maison mère, en bloquant ses comptes bancaires aux États-Unis. Un manque à gagner estimé à 7 milliards de dollars pour Nicolas Maduro sur l’année 2019, selon Serge Ollivier, “qui met à mal son système clientéliste avec les hauts gradés”.

Stratégie coordonnée

Dans sa stratégie de faire plier l'armée, Juan Guaido peut compter sur une action coordonnée avec ses multiples soutiens, à savoir toutes les composantes de l’opposition vénézuélienne, la Maison Blanche mais aussi le groupe de Lima - qui réunit des pays d'Amérique latine et des Caraïbes et le Canada. Tous sont favorables au départ du pouvoir de Nicolas Maduro et l’accusent d'être responsable de la grave crise économique dans laquelle est plongée l'ancienne puissance pétrolière. Lundi 18 février, le sénateur républicain américain Marco Rubio a appelé à son tour les militaires vénézuéliens à laisser entrer l'aide humanitaire.

"Dans cette guerre de communication, Juan Guaido n’hésite pas à jouer la carte de l’intox", estime par ailleurs Serge Ollivier, qui fait référence à cette déclaration : “Et si les États-Unis intervenaient militairement au Venezuela ?”, faite au détour d’un entretien à l’AFP le 8 février. Autre exemple : "Quand John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump, fait fuiter la tenue de réunions secrètes ce week-end avec quelques hauts gradés”.

"Nous, 90 % des forces armées, sommes mécontents”

Est-ce qu’une rébellion de l’armée est possible le samedi 23 février ? “C’est très difficile à prévoir, car c’est un milieu très hermétique où les informations ne fuitent pas”, souligne Serge Ollivier. “Un soulèvement se met en place et s’organise”, commente-t-il. Mais pour cela, il faut des réseaux. “Or, les moyens de communication dans l’armée sont largement contrôlés par les services de renseignements de Nicolas Maduro”, précise-t-il.

Fin janvier, un soulèvement a eu lieu dans la garnison de la garde nationale dans le quartier de Cotiza, dans le nord de Caracas, et s’est soldé par un échec. “Les militaires ont été incarcérés et la population a manifesté”, ajoute Serge Ollivier. Si cet acte isolé n’a pas menacé Nicolas Maduro, le ministre de la Défense a admis que le "diable" rôdait dans les casernes. Le colonel Ruben Alberto Paz Jimenez, qui a fait défection en février, a notamment déclaré à propos du clan Maduro : "Nous, qui sommes 90 % des forces armées, sommes mécontents. Nous sommes utilisés pour les maintenir au pouvoir".

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