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REPORTAGE

En Côte d’Ivoire, Guillaume Soro ne pense plus qu’à la présidentielle de 2020

Guillaume Soro lance son "Comité Politique" devant la presse à Abidjan, le 15 février 2019.
Guillaume Soro lance son "Comité Politique" devant la presse à Abidjan, le 15 février 2019. ISSOUF SANOGO / AFP

Depuis qu’il a quitté le perchoir de l’Assemblée nationale et rompu avec le président Alassane Ouattara, l’ex rebelle structure un mouvement politique capable de le propulser à la tête du pays lors de l'élection présidentielle de 2020. Reportage.

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Laconique, un brin mystérieux, Guillaume Soro arbore ce 15 février le sourire satisfait de celui qui a réussi son coup. Dans la salle de réception située juste au-dessus de la piscine de sa très luxueuse résidence, l’ancien chef de la rébellion, entouré de ses fidèles, fait face à une soixantaine de journalistes. Après avoir quitté le "tabouret" de l’Assemblée une semaine plus tôt, il annonce  la création du "Comité politique", un "outil" pour "mener des réflexions d’intérêt national".

Autrement dit la création d’un embryon de parti politique qui s’installe officiellement dans l’opposition. "Il y va étape par étape, tout d’abord un mouvement pour voir s’il rassemble, puis ce sera le parti et la candidature, personne n’est dupe", assure l’un des journalistes présent, fin observateur de la politique ivoirienne.

>> À voir sur France 24 : Côte d'Ivoire : Guillaume Soro n'est plus président de l'Assemblée nationale

Si Soro reste très vague, l’un de ses proches collaborateurs est plus loquace : "On fait ça de manière très structurée. Ensuite, on fera un tour de la Côte d’Ivoire et on créera un parti dans les trois mois, on ne va pas traîner. On savait depuis 2017 qu’on en arriverait à cette situation, donc on a travaillé tranquillement dans l’ombre."

Rien ne semble fait au hasard en effet. Le lendemain de cette annonce, le RACI (Rassemblement pour la Côte d’Ivoire), le mouvement social-démocrate qui soutient Soro depuis 2013, se transforme en parti politique avec pour seul objectif de soutenir la candidature du politicien de 46 ans à la présidentielle de 2020. "Moi je sais que Guillaume Soro sera candidat et il sera élu", a ainsi prophétisé Soro Kanigui, président du jeune parti.

La conférence de presse entérine aussi sa rupture avec le Président Alassane Ouattara. Elle succède à celle de l’ancien chef d’Etat Henri Konan Bédié (PDCI-RDA) qui a lui aussi mis fin à son alliance politique avec le président en place. En décembre dernier, il l'avait annoncé dans sa résidence ivoirienne de Daoukro à France 24. "Nous nous sommes séparés après beaucoup de divergences, expliquait-il. Les alliances se font et se défont. Il y a eu des manquements au bon déroulement de notre alliance".

"Faire bloc contre Ouattara"

En créant un mouvement politique, Soro imite la plateforme lancée par Bédié  pour recueillir les voix divergentes au pouvoir. Le RACI a fait part de son souhait d’y adhérer. "On veut le plus de soutiens pour faire bloc contre Alassane Ouattara. L’idée, c’est qu’il n’y ait qu’un candidat d’opposition pour empêcher un troisième mandat du Président. Si ça doit être Bédié, ce sera Bédié", assure-t-on du côté de Soro.

Mais beaucoup voient en Bédié, 84 ans, un candidat trop âgé. Lors de l’entretien accordé à France 24, il expliquait ne pas avoir pu se rendre à Yamoussoukro le 7 décembre dernier pour l’hommage au père fondateur Félix Houphouët-Boigny, décédé 25 ans plus tôt, à cause d’un "état de fatigue".

Un autre nom est dans toutes les têtes, et pas des moindres, celui de Laurent Gbagbo. L’ancien président ivoirien réside en Belgique et devrait y rester jusqu’à son jugement en appel prévu à la Cour Pénale Internationale à l’été 2020, quelques mois donc avant la présidentielle fin octobre. Son retour brouillerait encore plus les cartes. Mais même dans ce cas, Guillaume Soro se dit "prêt à le rencontrer" et discuter.

>> À lire sur France 24: Laurent Gbagbo, l’infatigable combattant

Si Alassane Ouattara semble aujourd’hui esseulé, c’est parce qu’il avait promis en 2015 qu’il ne se représenterait pas. Mais en novembre 2016, le chef de l’État a fait voter une nouvelle Constitution, qui prévoit qu’un président en exercice n’est éligible qu’une seule fois. Il a ensuite émis l’idée de remettre les compteurs à zéro et donc de se positionner pour un éventuel troisième mandat. "Je peux me représenter si je le souhaite. C’est une toute nouvelle Constitution. Et tous les avis juridiques que j’ai consulté me confirment que si je veux être candidat en 2020, je peux l’être. Et ce serait conforme à la Constitution", a-t-il assuré le 11 février dans une interview accordée à RFI à Addis-Abeba.

Aucune nouvelle tête

Le bilan économique du président en place semble plaider en sa faveur : la croissance dépasse les 7,5 % chaque année depuis 2012, les constructions se multiplient à Abidjan et les investisseurs soutiennent la politique actuelle. La Banque africaine de développement (BAD) a ainsi triplé ses investissements en Côte d’Ivoire, passant de 314 milliards de Francs CFA à 900 milliards de francs entre 2015 et 2018. "J’ai toujours eu de l’admiration pour Alassane Ouattara, depuis le temps où il était Premier ministre d’Houphouët-Boigny. Sous sa présidence, la Côte d’Ivoire a fait d’excellents progrès", affirmait récemment Akinwumi Adesina, le président de la BAD. "Sauf s’il reçoit des pressions des États-Unis et de la France, il va candidater", estime un proche de Soro.

Konan Bedié, Ouattara, Gbagbo, et le quadragénaire Guillaume Soro (qui était le chef de la rébellion de 2002 à 2010); les quatre hommes font partie du paysage politique depuis 20 ans. En Côte d’Ivoire, les partis et les alliances évoluent au gré des élections mais aucune nouvelle tête ne se dégage vraiment,à l’exception du très médiatisé Hamed Bakayoko, 53 ans, ministre de la Défense et récemment élu maire de la commune abidjanaise d’Abobo.

À en croire un proche du pouvoir, Ouattara commencerait à assurer ses arrières en cas d’impossibilité de se représenter : "Il a essayé de mettre en avant plusieurs de ses proches, ça n’a pas vraiment marché. Mais Hamed, il lui donne des moyens, de l’autorité, il l’envoie comme émissaire auprès des chefs d’État et il monte dans les sondages. Lui, il se dit ‘j’ai ma carte à jouer’."

Sur l’échiquier politique, chacun commence à bouger ses pions en vue d’une campagne qui s’annonce forcément haletante, tant la peur d’une nouvelle crise hante les Ivoiriens.

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