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Le Brexit pousse le Royaume-Uni dans les bras de la Chine

Un taxi britannique aux couleurs du géant chinois Huawei, très présent au Royaume-Uni.
Un taxi britannique aux couleurs du géant chinois Huawei, très présent au Royaume-Uni. Niklas Hall'en, AFP

Huawei met Londres dans l’embarras. Le Royaume-Uni est tiraillé entre son alliance avec Washington, en guerre contre le groupe chinois, et la nécessité de ménager Pékin, soutien essentiel en pleine incertitude économique liée au Brexit.

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Attention danger. Londres a intérêt à ne pas laisser le Chinois Huawei prendre part à l'aménagement de ses infrastructures réseaux, a affirmé le Royal United Service Institute (Rusi), l’un des plus influents cercles de réflexion britanniques consacré aux questions de sécurité et de défense, dans un rapport paru mercredi 20 février. Le géant chinois pourrait en profiter pour installer des dispositifs espions au profit de Pékin, estime cet organisme.

Une mise en garde à rebours des aspirations du gouvernement. Elle intervient au moment où le Royaume-Uni envisage de laisser le controversé numéro 1 mondial de l’électronique participer au déploiement du réseau cellulaire 5G (successeur de la 4G) sur le territoire national. Un scénario qui ne suscite pas d'inquiétudes au sein des services de renseignement britanniques : ces derniers estiment être en mesure de “gérer le risque posé par Huawei”.

"Five Eyes"

La relative bienveillance britannique à l’égard du groupe chinois tranche avec la fermeté des États-Unis qui ont pris Huawei en grippe. Washington assimile l’entreprise à une machine à espionner pour le compte de Pékin et enjoint tous les pays à éviter de faire des affaires avec ce conglomérat.

>> À lire aussi : Huawei rattrapé par les affaires iraniennes d’une opaque société hongkongaise

Le cas Huawei illustre, en réalité, la fébrilité du Royaume-Uni à l’approche du Brexit, prévue pour le 29 mars, assure Jean-François Dufour, directeur du cabinet de conseil DCA Chine Analyse, contacté par France 24. “La perspective d’une baisse des échanges commerciaux avec les autres pays européens après le Brexit pousse le Royaume-Uni à ménager les investissements chinois”, affirme ce spécialiste.

Londres fait tellement de cas de son partenaire chinois que le dossier Huawei est même l’un des rares où le Royaume-Uni n’est pas en phase avec ses alliés du club des “Five eyes” (Cinq yeux) - groupe de coopération des services de renseignement des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande - dans une affaire touchant à la sécurité nationale, souligne le Rusi. Cette réticence à tenir Huawei à distance pourrait même “amener nos partenaires des ‘Five eyes’ à être moins enclins à coopérer avec nous”, prévient Charles Parton, l’auteur du rapport du Rusi et un ex-diplomate britannique qui a passé 22 ans en Chine.

Premier bénéficiaire des investissements chinois en Europe

Difficile de tourner le dos à un partenaire comme Huawei qui est, notamment, associé à l’opérateur britannique BT depuis 2005 pour moderniser le réseau télécom national. Le groupe chinois s’est aussi engagé, en février 2018, à investir plus de trois milliards d’euros sur cinq ans au Royaume-Uni.

Mais le controversé géant chinois est loin d’être le seul lien économique entre Londres et Pékin. Depuis le début des années 2000, le Royaume-Uni mise sur les investissements chinois pour doper sa croissance, “alors que d’autres pays européens, comme la France ou l’Allemagne, ont adopté une approche plus prudente, préférant protéger leur industrie contre les transferts de technologie exigés par la Chine”, rappelle Jean-François Dufour.

Des groupes chinois sont, ainsi, devenus actionnaires de Thames Water, la société de gestion de l’eau potable à Londres, ou encore des aéroports de Manchester et d’Heathrow, à Londres. Ils ont racheté des entreprises comme Pizza Express ou Weetabix, et Pékin finance en partie la construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point, dans le sud-ouest du pays.

En un peu moins de 20 ans, le Royaume-Uni est devenu le premier bénéficiaire des investissements chinois en Europe (23 milliards d’euros en 2016) et son second partenaire commercial sur le Vieux Continent après l’Allemagne.

Longtemps, Londres a pensé que son pari chinois était gagnant-gagnant. “Pour la Chine, c’est une formidable vitrine de son savoir-faire qui prouve qu’un grand pays industriel fait confiance à ses entreprises”, note Jean-François Dufour. Pour le Royaume-Uni, ces investissements chinois constituent des revenus qui complètent les bénéfices tirés du commerce avec ses partenaires européens.

Le Brexit est venu rompre cet équilibre. “Il démontre à quel point l’économie britannique est devenue dépendante de la Chine”, affirme Jean-François Dufour. Conséquence : “Pékin est désormais en position de force” et peut dicter ses conditions. Londres se retrouve dans la situation la plus inconfortable possible, dont "l’affaire Huawei et la 5G" est un condensé : pour éviter de perdre la manne financière chinoise à un moment où ils en ont particulièrement besoin, le Royaume-Uni pourrait se voir contraint de laisser le loup Huawei entrer dans la bergerie.

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