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Viols de religieuses par des prêtres catholiques, un documentaire inédit lève le tabou

Le documentaire produit par Éric Colomer sera diffusé, le 5 mars à 20h50, sur Arte.
Le documentaire produit par Éric Colomer sera diffusé, le 5 mars à 20h50, sur Arte. Service de presse arte.tv

Pendant trois ans, une petite équipe de journalistes emmenée par Éric Colomer a enquêté sur les abus sexuels de prêtres sur des religieuses à travers le monde. "Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Église", un documentaire glaçant.

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Trois années à enquêter, convaincre, rencontrer. Éric Colomer, journaliste et producteur éditorial a produit un film inédit réalisé par Marie-Pierre Raimbault, Eric Quintin et Élizabteh Drevillon sur les abus sexuels des religieuses par des prêtres catholiques. Des témoignages poignants.

France 24 : Comment vous est venue l’idée de ce reportage ?

Éric Colomer : Nous avons commencé l’enquête il y a trois ans, à l’époque où tous les regards étaient focalisés sur les affaires de pédophilie dans l’Église qui sortaient en série. Tout est parti d’une intuition : Marie-Pierre Raimbault, auteure, et Eric Quintin, journaliste, se sont dits que si des prêtres tout puissants s’autorisaient à abuser d’enfants, pourquoi n’exerceraient-ils pas leur emprise sur des religieuses placées sous leur autorité ? Nous avons commencé à enquêter pendant trois ou quatre mois. De contacts informels en discussions officieuses, nous avons découvert que des religieuses étaient bien victimes de viols qui ne relevaient pas de cas isolés mais bien d’une problématique systémique. Nous sommes tombés sur des rapports internes de l’Église rédigés par des sœurs lanceuses d’alerte envoyés au Vatican, enterrés depuis près de 30 ans, qui décrivaient des viols systémiques de religieuses répertoriés dans 23 pays. Dans ces documents, on trouve de nombreux témoignages qui évoquent des cas d’exclusions de religieuses de leur communauté pendant leur grossesse, ou parfois même après leur avortement. On y apprend aussi que certaines ont accouché et ont été forcées de mettre leur enfant à l’adoption.

Le reportage a–t-il été facile à réaliser ?

Éric Colomer : Il a été extrêmement compliqué. Il nous a d’abord fallu identifier des personnes discrètes au sein de l’Église qui soutenaient ces femmes sans le faire savoir haut et fort. Il a fallu nouer de nombreux contacts pour de fil en aiguille approcher les religieuses abusées, isolées dans leur communauté, sans téléphone portable, ni mail. Après des dizaines de rencontres avec chacune d’elles, certaines ont finalement choisi de se livrer. Certaines ont accepté de témoigner parce qu’elles étaient sorties du couvent. On a notamment mis deux et demi avant de pouvoir filmer l’une d’entre elle, abusée une fois par semaine pendant 25 ans par deux frères prêtres. D’autres, toujours en communauté, se sont livrées sous couvert d’anonymat. D’autres encore n’ont pas voulu parler, ça n’était pas encore le moment pour elles. Rien n’est plus dur pour ces femmes que de rendre publique une blessure intime.

Pour ces religieuses, qui ont fait vœu d’obéissance envers Dieu et envers l’institution, témoigner revenait à trahir. Certains prêtres d’ailleurs justifiaient leurs actes auprès des sœurs en disant qu’il s’agissait là de la volonté divine.

L’institution est à ce point pesante qu’aucune de ces femmes n’a à ce jour porté plainte devant la justice civile. Seule l’une d’entre elles l’a fait mais les délais des faits étaient prescrits. Certaines se sont adressées à la justice ecclésiastique et ont reçu pour toute réponse une lettre leur conseillant de pardonner à leur bourreau. Ces affaires mettent plus largement en lumière le problème de la place des femmes dans l’Église et la toute-puissance masculine qui y règne.

Pensez-vous que votre documentaire fasse bouger les choses ?

Éric Colomer : Il l’a déjà fait d’une certaine manière. Si le pape François a évoqué le 5 février dernier devant la presse pour la toute première fois le phénomène systémique de ces viols, c’est parce que nous avions entamé des négociations secrètes avec le Vatican par l’entremise de Monseigneur Gaillot. Nous avons proposé une rencontre entre le pape et des des sœurs abusées. Mais après de nombreuses tractations, le Vatican a finalement refusé que cette rencontre soit filmée.

Sachant toutefois que le documentaire allait sortir, l’Église, plutôt que d’être mise face à des accusations, a préféré prendre les devants en reconnaissant ces viols et se mettant en position d’accusateur. Toutes nos sources au Vatican nous ont toujours indiqué que le pape avait conscience du problème. Le film lui a sans doute offert l’opportunité de se jeter à l’eau face aux prélats conservateurs de la curie romaine.

Nous avons été ravis que le pape sorte de son silence, peu importe les raisons pour lesquelles il l’a fait. Nous défendons avant tout la cause de ces femmes abusées partout dans le monde. Si le documentaire a contribué à faire bouger les choses, c’est le plus important.

 

Le documentaire "Religieuses abusées, l'autre scandale de l'église" sera diffusé le 5 mars prochain, à 20h50 sur Arte.

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