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Pour le 15e acte des Gilets jaunes, les irréductibles défilent dans toute la France

Des Gilets jaunes pique-niquent dans les jardins du château de Chambord, samedi 23 février 2019.
Des Gilets jaunes pique-niquent dans les jardins du château de Chambord, samedi 23 février 2019. Jean-François Monier, AFP

Comme chaque samedi depuis quinze semaines, les Gilets jaunes défilent partout en France. Au delà de la volonté de remobiliser les manifestants, le mouvement doit également faire face à des actes de violences qui lui portent préjudice.

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Pour le quinzième samedi de mobilisation, les Gilets jaunes espèrent endiguer le déclin du mouvement. Malgré un soubresaut après les fêtes de fin d’année, la contestation sociale, inédite, lancée mi-novembre, ne cesse de s’essouffler depuis quatre semaines selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, contestés par les manifestants.

Samedi 23 février, à 14h00, ils étaient 46 600 dans les rues, dont 5 800 à Paris, selon le ministère de l'Intérieur. Une semaine auparavant, ils étaient 41 000 dans tout le pays, contre 282 000 lors de la première journée d'action.

Les Gilets jaunes revendiquent quant à eux 113 392 manifestants dans toute la France, selon les chiffres du "Nombre jaune", un comptage s'appuyant sur l'analyse d'images fournies par les manifestants et les chiffres des médias locaux. La semaine passée, ils annonçaient 101 000 personnes.

Deux défilés, baptisés sur Facebook "Tsunami jaune" et "Tous aux Champs-Élysées, on ne lâche rien", sont partis dans l'après-midi de l'Arc de Triomphe et devaient se disperser à partir de 17h00 place du Trocadéro.

Priscillia Ludosky, figure du mouvement et quelque 750 Gilets jaunes, selon les gendarmes, se sont également rassemblés pour un pique-nique sur la pelouse du château de Chambord (Loir-et-Cher), où Emmanuel Macron avait fêté ses 40 ans fin décembre 2017.

À Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), les commerces se sont barricadés dès vendredi soir. Plus de 2 500 personnes ont défilé dans la ville, selon la préfecture, le double annonce les organisateurs. Des heurts avec des CRS ont eu lieu aux abords du palais de justice. Une personne a été blessée par un tir de LBD. Quinze personnes ont été interpellées dont huit placées en garde à vue.

D'autres rassemblements en province étaient prévus, notamment à Bordeaux, qui est, avec Toulouse, l'une des places fortes de la mobilisation, théâtre régulier de heurts violents avec les forces de l'ordre.

À Toulouse, la plateforme Amazon bloquée

Des pneus étaient entassés devant le bâtiment d’Amazon, à Toulouse. Une centaine de personnes, dont une partie vêtue de gilets jaunes, bloquait samedi matin l’accès au bâtiment Amazon, qui a été fermé, empêchant toute livraison.

Des Gilets jaunes mais aussi des membres d’Attac ou d'Action non violente Cop21 (ANV COP21) distribuaient aux automobilistes des tracts affirmant "Amazon détruit les emplois et la planète".

"Emmanuel Macron veut faire payer la transition écologique par les plus pauvres. Pourquoi ne pas faire payer les gros pollueurs qui doivent déjà de l'argent à la société ?", pouvait-on lire aussi sur les tracts.

La taxation des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon), apparaît en deuxième position dans les revendications des Gilets jaunes, selon le baromètre Elabe du 20 février sur le grand débat national.

"Ce ne sont pas les contribuables qu'il faut taxer mais les multinationales comme Amazon qui fait partie des 90 multinationales responsables à 60 % des émissions de gaz à effet de serre", a déclaré le chargé de presse d'ANV COP21.

Des figures du mouvement au Salon de l’agriculture

Alors qu’Emmanuel Macron s’est rendu, samedi, au Salon de l’agriculture, comme le veut la tradition. Éric Drouet, figure des Gilets jaunes, a cherché à l’"approcher". "Le dialogue a été rompu il y a un certain temps" et "on voulait voir si on pouvait s'approcher du président", a-t-il affirmé, sans pouvoir le faire. Il a ensuite rejoint le cortège parisien, qui s’est dirigé vers le siège du Medef.

>> À lire : Le grand débat national confirme une fracture territoriale en France

Une autre figure du mouvement, Benjamin Cauchy, a également annoncé sur Twitter qu'il allait se rendre au Salon de l'agriculture, porte de Versailles. "Gilets jaunes libres et agriculteurs veulent plus de pouvoir d'achat et une Europe des nations qui protège", a-t-il écrit, sans préciser à quel moment il s'y rendrait.

Une mobilisation entachée

Le mouvement des Gilets jaunes, très hétérogène, a été entaché par des agressions racistes et antisémites. Samedi 16 février, des Gilets jaunes ont proféré des insultes contre le philosophe français, Alain Finkielkraut. Le principal suspect sera jugé le 22 mai pour "injures publiques en raison de la religion". Mais l’intéressé, Mulhousien de 36 ans, nie le caractère antisémite de son invective.

>> À lire : Gilets jaunes : des journalistes agressés lors de l'acte IX, RSF lance un "cri d'alarme"

Pour Salim Kacimi, Gilet jaune et éducateur de Croix (Hauts-de-France), ces agressions "ne sont pas représentatives du mouvement. J’espère ne pas me tromper mais, pour moi, ce sont des cas isolés". Le père de famille a fait le déplacement à Paris pour le troisième et le quatrième acte, mais la violence policière l’a résigné. "Je n’en pouvais plus de me faire gazer. La violence, c’est celle que nous subissons du pouvoir, ce sont les inégalités sociales." Retenu par son travail, Salim ne refera pas le déplacement à Paris, "trop cher".

Une ténacité "exceptionnelle"

Pour le sociologue Tristan Guerra, doctorant en science politique à Sciences-Po Grenoble, spécialiste de la sociologie politique, participer aux manifestations a un coût pour ces primo-manifestants. Ce qui explique en partie, selon lui, l’essoufflement du mouvement.

"La médiatisation du mouvement sous l’angle de la violence a également pu faire peur à une partie des Gilets jaunes, dont un grand pourcentage de femmes qui le composent. Ça a pu les écœurer", analyse le chercheur qui a mené une étude sociologique sur les Gilets jaunes parue dans Le Monde.

Les différentes mesures du gouvernement (grand débat, enveloppe de 11 milliards) ont servi de "pansement sur la plaie", selon le sociologue. Mais le mouvement n’est pas mort et peut reprendre du souffle à tout moment, en fonction des événements et de la situation économique. Sur les réseaux sociaux, où tout a commencé, les Gilets jaunes continuent de suivre le mouvement contestataire. "Ils sont en lien entre eux et ça peut bousculer rapidement".

Mais le fait qu’un mouvement social tienne quinze semaines consécutives est déjà "une victoire". "C’est exceptionnel en France", commente-t-il.

Avec AFP

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