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Jagmeet Singh, le nouveau visage de la gauche canadienne qui veut défier Justin Trudeau

Jagmeet Singh lors d'un meeting à Hamilton, en Ontario le 17 juillet 2017.
Jagmeet Singh lors d'un meeting à Hamilton, en Ontario le 17 juillet 2017. Mark Blinch, Reuters

Premier représentant d'une minorité visible à diriger un parti fédéral canadien d'envergure, Jagmeet Singh, à la tête du parti de gauche NPD, doit remporter l’élection partielle du 25 février s’il veut affronter Justin Trudeau en octobre 2019.

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Condamné à la victoire. Le charismatique Jagmeet Singh, 40 ans, joue son avenir politique, lundi 25 février, dans l'élection partielle fédérale dans la circonscription de Burnaby-Sud, en Colombie-Britannique, province la plus occidentale du Canada.

Une victoire à ce scrutin conditionne, en effet, l’entrée au Parlement canadien du leader du Nouveau Parti démocratique (NPD), premier représentant d'une minoritévisible à diriger un parti fédéral d'envergure. Élu en octobre 2017 à la tête de ce parti, le plus à gauche des grands partis fédéraux du Canada, Jagmeet Singh, fils d'immigrés indiens, doit absolument gagner s’il veut rester à son poste. Son propre camp estime, en effet, qu’un échec lui ôterait toute légitimité pour emmener le NPD jusqu’aux élections fédérales d’octobre 2019.

Une victoire à ce scrutin est aussi la clé pour devenir un adversaire crédible au libéral Justin Trudeau. Dans la vie politique canadienne, en effet, les chefs de parti doivent avoir un siège à la Chambre des communes pour pouvoir prétendre au poste de Premier ministre.

Élu dès le premier tour à la tête du NPD avec 53,8 % du vote des militants il y a plus d’un an, Jagmeet Singh avait déclenché une vague de nouvelles adhésions chez les néo-démocrates canadiens. Un leadership qu’il a ensuite eu du mal à capitaliser, au point de manquer à présent de visibilité au niveau fédéral.

Né en 1979 au Canada, Jagmeet Singh est le fils aîné d’un couple d’immigrés indiens, originaires du Penjab où il a brièvement vécu enfant. Parlant couramment le hindi et le punjab, ainsi que les langues officielles du Canada, l’anglais et le français, il a grandi à Terre-Neuve sur la côte peu peuplée du Canada, avant que sa famille ne s’installe à Windsor, en Ontario, à la la frontière américaine.Avocat pénaliste de formation, Jagmeet Singh a toujours dit que c’est son métier d’avocat, et notamment son travail bénévole auprès de clients défavorisés, qui l'avait poussé à faire de la politique.

C’est en 2011 qu’il se lance. Après un premier échec à l’élection fédérale dans la circonscription de Bramalea-Gore-Malton, sous les couleurs du NPD, il remporte quelques mois plus tard la législature ontarienne aux élections provinciales. Il devient ainsi le premier Sikh à porter un turban à siéger dans un parlement provincial.

Le programme politique de Singh est clairement social-démocrate, avec comme priorité la lutte contre la pauvreté et les inégalités. Il préconise notamment de relever le salaire minimum national à 15 dollars canadiens [10 euros] de l'heure, de supprimer les déductions fiscales pour les contribuables les plus fortement imposés et de légaliser la possession de toutes les drogues (parce que, selon lui, "ce n'est pas un problème de justice pénale [mais] un problème de justice sociale et un de santé [publique]").

"Un leadership rafraîchissant et très télégénique"

Le chef du NPD s’est aussi distingué par son opposition à la proposition du Québec d’interdire aux travailleurs du secteur public le port de symboles religieux, ce qui l’empêcherait de porter son turban, s’il travaillait pour l’État de la province francophone. Dans une entrevue accordée à la radio publique CBC, Jagmeet Singh, a déclaré qu'il "fallait repenser ce que signifie être laïc" et a déclaré qu'il estimait pouvoir porter un turban au travail, tout en respectant la laïcité canadienne. "Mon objectif n’a jamais été de convaincre les autres d’accepter mon identité, il est de convaincre les gens que je partage les mêmes valeurs progressistes qu’eux", a-t-il aussi déclaré lors d’une émission québécoise.

D’après les observateurs de la vie politique canadienne, Singh a le potentiel pour devenir un adversaire du Premier ministre canadien : "son leadership est rafraîchissant. Les gens le voient comme un homme très télégénique et facile à apprécier, qui pourrait peut-être rivaliser avec le niveau de notoriété de Justin Trudeau", estime ainsi Lori Turnbull, directrice de l'école d'administration publique de l'Université Dalhousie.

Mais le charisme de Jagmeet Singh lui suffira-t-il pour remporter l’élection partielle de lundi ? Sa victoire est loin d’être acquise : à Burnaby, le chef du NPD fait figure de nouveau venu. Surtout, les deux principaux partis, les libéraux de centre-gauche et les conservateurs, ont chacun présenté un candidat contre Singh. Or, en 2015, le candidat du NPD, Kennedy Stewart, n’avait remporté son siège qu’avec 500 voix d’avance.

L’éditorialiste du quotidien canadien, National Post, Chris Selley, estime cependant : "Pour les sceptiques, il dégage une certaine superficialité 'à la Trudeau' et un talent similaire pour les petites phrases qui ne veulent pas dire grand-chose si vous prenez le temps de les relire. Cela n’a pas nuit à Justin Trudeau, cela étant dit".

Il y a une semaine, Jagmeet Singh a appelé à une enquête publique sur le scandale SNC-Lavalin, dans lequel Trudeau aurait exercé des pressions sur le ministre de la Justice – qui a par la suite démissionné – pour aider la firme d'ingénierie montréalaise à éviter les poursuites pénales pour corruption. Reste à voir si le chef du NPD en tirera profit dans les urnes.

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