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Glyphosate : les vignerons français déjà en transition

Bertrand Guindeuil dénonce le manque de volonté politique pour sortir du glyphosate, lundi 25 février au salon de l'Agriculture.
Bertrand Guindeuil dénonce le manque de volonté politique pour sortir du glyphosate, lundi 25 février au salon de l'Agriculture. France 24

Le vignoble français peut devenir "le premier au monde sans glyphosate", a assuré Emmanuel Macron samedi lors de sa visite au Salon de l’Agriculture. Mais est-ce vraiment possible ? Des vignerons interrogés par France 24 répondent.

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Il est à peine 10 heures du matin, lundi 25 février, dans le Hall 3 de la plus grande ferme de France installée pendant dix jours dans le sud de Paris, et Xavier Martin se rince déjà le gosier avec un verre de rouge. Campé derrière le stand de la cave Irouléguy (Pays basque), l’exploitant de 58 ans vient de s’enfiler un œuf sur le plat et une tranche de bacon grillée. "Le vin, je suis né dedans", lance ce viticulteur de cinquième génération, dont le rosé Mignaberry 2017 vient de recevoir la médaille d’or du jury agricole du concours.

Ne lui parlez pas du glyphosate, Xavier Martin risquerait d’avaler de travers. "Il faut laisser nos terres propres telles qu’on les a reçues de nos ancêtres pour les transmettre à nos enfants", commente le barbu au crâne dégarni. Avant d’ajouter : "Les sols vont nous survivre, tâchons de les préserver".

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"Plus de travail"

Avec cette philosophie, Xavier Martin est sensible à l’appel d’Emmanuel Macron de faire de la France "le premier vignoble au monde sans glyphosate". Un grand défi pour la filière viticole qui consomme beaucoup de produits phytosanitaires, selon l’association environnementale Générations Futures. Mais Xavier Martin est persuadé que c'est possible : "Tout est une question de volonté", assure le vigneron, qui a tourné la page du désherbant de synthèse il y a vingt ans. "Forcément, cela implique plus de travail, il faut sortir davantage pour nettoyer ses pieds de vigne et commencer de bonne heure ". Entre avril et septembre, l’exploitant, aujourd’hui à la retraite, qui a passé le relais à son fils, passait 130 heures par an à désherber ses 6 hectares de vignes avec sa débroussailleuse à dos. "Cela me prenait trois heures chaque matin à faire 50 kilomètres pendant quatre mois. Je n'en suis pas mort", lâche-t-il.

Déterminé, le vigneron "anti-glypho" estime que les alternatives sont là pour passer le cap, comme "les matériaux de plus en plus compétitifs" pour travailler le sol sans attaquer le pied de vigne : "Aujourd’hui, on peut utiliser des débroussailleuses à dos, des outils à dents, des tracteurs à moteur hydraulique… Il faut compter 15 000 à 20 000 euros", commente-t-il avant d’ajouter : "C’est un achat qui peut être fait à plusieurs. C’est l’occasion de retrouver une certaine relation humaine et technique".

Installé à quelques allées de Xavier Martin, Laurent Réglat, exploitant bordelais du château de Teste, a investi 19 000 euros pour sa charrue, mais rejette l’idée d’un achat collectif. "C’est une machine qu’on utilise tous à la même période, ça ne sert donc à rien de la payer à plusieurs", tranche le vigneron de 50 ans qui a décidé de se passer du glyphosate depuis le début de l’année. Outre le fait qu’il a constaté une baisse d’efficacité du produit en raison "d’une certaine accoutumance des plantes devenues résistantes", il décrit sa conversion comme "un choix de raison" plus qu’idéologique. "On est obligés d’y passer mais ça ne m’amuse pas du tout de perdre mon temps à nettoyer la vigne", se tourmente le propriétaire de 20 hectares.

Changer d’image

Les deux vignerons sentent que la filière viticole est en train d’évoluer concernant l’usage de la molécule de synthèse, jugée potentiellement cancérigène par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Pour Xavier Martin, sa nocivité ne fait pas de doutes, entre les problèmes de stérilité rencontrés dans son entourage et son oncle vigneron décédé d’une leucémie il y a deux ans. "Les médecins ont dit que sa maladie était liée à l’usage de produits phytosanitaires", assure-t-il.

En raison de son interdiction prévue d’ici 2021, la profession prend déjà ses dispositions. Interrogé par FranceInfo, le secrétaire général des vignerons indépendants de France, Jean-Marie Fabre, a confirmé que la transition est déjà actée dans les vignes françaises avec "41 % des entreprises déjà certifiées (soit en bio, soit en haute valeur environnementale niveau 3) et 40 % d'entreprises en passe d'être certifiées". De son côté, Xavier Martin y voit aussi l’opportunité de changer l’image des vignerons en France : "On nous a souvent dit qu’on était les pollueurs de la planète".

Les irréductibles se font rares dans les allées du salon. "Ceux qui refusent de lâcher le glyphosate ont entre 50 et 55 ans et ne se voient pas accentuer leur charge de travail", estime Patrice Fortune, du Domaine de Saint-Roch en Bourgogne.

"On supprime le glyphosate mais on augmente le bilan carbonne"

Derrière cette dynamique se cachent néanmoins quelques contraintes techniques, notamment vis-àvis de la nature des sols. "Qu’ils soient pentus ou très caillouteux, certains coteaux ne sont pas mécanisables", note le vigneron de 48 ans. "C'est le cas de mes meilleures vignes qui sont sur les flancs les plus pentus". L’exploitant estime impossible de se passer du glyphosate sur cet hectare-là, alors qu'il l'a supprimé sur le reste de son exploitation de 12 hectares.

À ces contraintes viennent s’ajouter les doutes de certains professionnels sur l’efficacité d’un monde sans pesticides, à l’image du Bordelais Laurent Réglat : "Certains compensent le désherbant en utilisant des outils mécaniques, qui consomment l’équivalent de 90 000 litres de fioul par jour", souligne le vigneron. "On supprime le glyphosate pour protéger l’environnement, mais en échange on augmente le bilan carbone, cela me dérange vraiment", s’insurge-t-il.

"On a besoin de subventions"

Pour certains vignerons, le facteur climatique pèse également, notamment en Aquitaine, qui reçoit pas moins de 1 400 millimètres de précipitations chaque année. Conséquence : des champignons parasites comme le mildiou se propagent rapidement et sont susceptibles d’affecter la production. "Le glyphosate permet d’éviter ce genre de dégâts car il éradique les mauvaises herbes rapidement", indique Bertrand Guindeuil, exploitant bordelais. Pas étonnant donc que la Gironde reste le deuxième département qui consomme le plus de glyphosate par hectare de surface agricole, derrière l’Aude.

Face à ces difficultés, les vignerons dénoncent un manque de volonté politique. "On a besoin de plus de subventions pour sortir du glyphosate", commente Bertrand Guindeuil, dont les deux tiers de l’exploitation se passent de désherbant. L’écologie dans sa globalité a besoin de plus d’aides". Mais la politique agricole commune (PAC) n’est pas du tout adaptée, déplore Xavier Martin : "Aujourd’hui, tu touches des subventions en fonction de la surface de ton exploitation. Or c’est en utilisant le glyphosate que tu peux étendre ton exploitation de 30 % ! C’est le monde à l’envers, il faut aider ceux qui veulent sortir du glyphosate !", s’insurge le vigneron.

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