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Sommet Trump-Kim : les enjeux d’un combat diplomatique

Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoi, le 27 février 2019.
Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoi, le 27 février 2019. Saul Loeb, AFP

Donald Trump et Kim Jong-un se retrouvent pour la deuxième fois en six mois pour négocier la dénucléarisation de la Corée du Nord. Entre les deux hommes aux intérêts différents mais aux ambitions similaires, les rapports de force évoluent.

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Avant même l’ouverture du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un à Hanoï, au Vietnam, le président américain a annoncé la couleur : les négociations avec la Corée du Nord sur son démantèlement nucléaire prendront le temps qu’elles prendront. “Je ne suis pas pressé, a-t-il lancé avant son départ. Tant qu’il n’y a pas de tests (nucléaires), cela me convient.”
 
Mercredi 27 février, lors de la seconde rencontre entre les deux dirigeants, huit mois après celle de Singapour, Donald Trump a de nouveau affiché une satisfaction tranquille et partagée, dit-il, par son homologue nord-coréen. “Certains voudraient que les choses aillent plus vite, mais je suis satisfait et vous êtes satisfait”, a-t-il encore dit à Kim Jong-un.
 
“L’administration américaine a toujours pour but de dénucléariser la Corée du Nord, cela n’a pas changé”, commente Kelsey Davenport, directrice de la politique de non-pour l'association Arms Control. “Mais disons qu’elle est devenue beaucoup plus réaliste : elle doit faire des concessions pour prouver à Pyongyang qu’elle est sérieuse. Tout cela prend du temps. La dénucléarisation de la Corée du Nord ne va pas se faire en six mois, ni même en deux ans.”
 
Il est donc loin, le temps de l’affolement. En 2017, Kim Jong-un menaçait les États-Unis avec ses missiles à longue portée, et le président américain alertait avec grand bruit sur le danger que représentait le “rocket man” de la Corée du Nord en jurant de déployer “feu et fureur” contre son ennemi. Washington avait alors exigé de la Corée du Nord le démantèlement de son arsenal nucléaire comme condition préalable à toute négociation. En juin, le sommet historique entre les deux hommes se clôturait sur un accord de dénucléarisation dont les termes si vagues ont depuis permis à cette promesse de rester lettre morte. L’arsenal nucléaire de Kim Jong-un a continué de grossir, comme l’ont pointé des rapports de l’ONU.
 
Malgré cela, la rhétorique présidentielle a opéré un virage à 180 degrés. Kim Jong-un est désormais “un ami” dont Donald Trump se vante d’être proche et avec qui il entretient une relation épistolaire. Il en serait même “tombé amoureux”, a-t-il exagéré à l’été dernier.
 
“Les Américains prêts à des concessions”
 
Au-delà des mots, ces derniers mois, les États-Unis ont réduit leurs exercices militaires à la frontière entre les deux Corées. Au niveau diplomatique, leur jeu s’est par ailleurs musclé avec la mise en place d’une équipe de négociateurs de haut vol, au premier rang desquels figure le représentant spécial des États-Unis pour la Corée du Nord, Stephen Biegun.
 
“Les Américains sont désormais prêts à envisager à faire des concessions, estime Kelsey Davenport. Signer un traité de paix dans la guerre de Corée (pour laquelle un cessez-le-feu a été décrété le 27 juillet 1953, NDLR) ou convenir d’une levée partielle de sanctions, par exemple, permettrait aux États-Unis de montrer qu’ils s’engagent dans la paix et la sécurité dans la région. Car, pour l’heure, c’est l’arsenal nucléaire qui garantit aux Nord-Coréens cette paix et cette sécurité...”
 
>> À lire : Sommet Trump-Kim : la dénucléarisation n'est pas à l’ordre du jour, la paix peut-être
 
Pour Kim Jong-un, le sésame serait, à terme, la transformation des relations entre son pays et Washington. Pour ce pays fermé au monde, connu pour son extrême rigidité et ses camps de travaux forcés, ce serait l’assurance d’une plus grande stature sur la scène internationale, ainsi que la promesse d’une embellie économique.
 
“Washington ne doit pas laisser la Corée du Nord dicter le rythme des négociations. Il semblerait qu’ils ont adopté le processus étape par étape, qui est l’option préférée de Pyongyang, et ce n’est pas une mauvaise chose. Mais il faut que Washington réussisse à imposer un sentiment d’urgence”, commente encore Kelsey Davenport.
 
Redorer leur image
 
Dans la presse américaine, cette nouvelle rencontre est décrite comme un deuxième round de boxe, le premier en juin ayant donné la victoire à Kim Jong-un. Un combat aux intérêts multiples et divers dans lequel les deux hommes seraient unis par une même ambition.
 
“Trump et Kim espèrent tous deux utiliser cette rencontre pour redorer leur image personnelle”,  écrivait le journaliste Russell Goldman dans le New York Times, début février. ”M. Kim veut que son peuple voit qu’il est pris au sérieux et traité comme l’égal du leader du pays le plus puissant au monde. Donald Trump, lui, veut marquer des points au niveau national en concluant un accord historique sur lequel ses prédécesseurs ont tous échoué.”
 
 
Pour marquer ces points, Donald Trump, s’il assure ne “pas être pressé”, va toutefois vite en besogne. Il semble déterminé à tirer rapidement profit de sa position de “roi du deal” pour contrebalancer l’accumulation de dossiers épineux à Washington, en tête desquels l’affaire du procureur Mueller sur une collusion entre son équipe de campagne et la Russie.
 
Sur Twitter, il ne perd pas une minute, sitôt sorti de réunions officielles, pour renvoyer dans leurs cordes les démocrates, dont certains, à l’image du sénateur du Connecticut Chris Murphy, raillent sa naïveté et son ton “sirupeux”. “Les démocrates feraient mieux d’arrêter de dire ce que je devrais faire au sujet de la Corée du Nord et se demander plutôt pourquoi ils ne l’ont pas fait, eux, pendant huit ans de présidence Obama” a-t-il dit, comme si l'affaire était pliée.
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