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Empêtré dans l'affaire SNC-Lavalin, Justin Trudeau affronte la plus grave crise de son mandat

Justin Trudeau quittant le Parlement, le 19 février 2019, à Ottawa.
Justin Trudeau quittant le Parlement, le 19 février 2019, à Ottawa. Lars Hagberg, AFP

Depuis trois semaines, Justin Trudeau fait l’objet d’accusations d’ingérence dans une affaire de corruption visant la firme canadienne du BTP SNC-Lavalin. Le Premier ministre affronte la plus grave crise de son mandat.

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À huit mois des législatives, l’affaire tombe mal pour Justin Trudeau. Selon les révélations du Globe and Mail, le cabinet du chef du gouvernement aurait fait pression sur l'ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould pour qu'elle intervienne dans le dossier SNC-Lavalin, et parvienne à un accord à l'amiable évitant à ce grand groupe du BTP un procès public potentiellement dévastateur. Le géant québécois du BTP, établi à Montréal - où Justin Trudeau a été député -, est accusé, depuis 2015, de corruption pour avoir versé 48 millions de dollars canadiens de pots de vin (32 millions d'euros) à des responsables libyens du temps du dictateur Mouammar Kadhafi, entre 2001 et 2011. Depuis l'entrée en vigueur le 9 juillet 2007 de l'article 9 de la loi sur les conflits d'intérêt, la justice canadienne interdit effecivement à "tout titulaire de charge publique de se prévaloir de ses fonctions officielles pour tenter d’influencer la décision d’une autre personne dans le but de favoriser son intérêt personnel". 

Un témoignage explosif

L’affaire a pris un nouveau tour, mercredi 26 février, quand l’ex-ministre de la justice, qui a démissionné après la publication de l'article, est sortie pour la première fois de son silence afin de dénoncer des menaces dont elle dit avoir fait l’objet. "Entre septembre et décembre 2018, j'ai subi des pressions constantes de la part de plusieurs personnes au sein du gouvernement pour intervenir politiquement (...) et de manière inappropriée afin de parvenir à un accord à l'amiable avec SNC-Lavalin", a témoigné Jody Wilson-Raybould, qui a répondu pendant plus de trois heures et demie aux questions des députés de la commission de la Justice.

Jody Wilson-Raybould affirme en effet que 11 hauts responsables, y compris le Premier ministre lui-même, sont intervenus auprès d'elle à dix reprises pour qu'elle s'assure de l'abandon d'accusations au pénal contre SNC-Lavalin, en échange du paiement d'une amende.

L’ancienne ministre a également estimé qu'elle avait été rétrogradée au poste de ministre des Anciens combattants, lors d'un remaniement en janvier, en raison de son refus d'intervenir dans ce dossier.

La défense de Justin Trudeau

Devant la gravité des accusations, le premier ministre Justin Trudeau est à son tour monté au créneau mercredi soir. S’il a admis avoir évoqué la possible perte de 9 000 emplois chez SNC-Lavalin, dans le cas où la firme d'ingénierie n'obtenait pas d'accord de pardon pour éviter un procès criminel, il a revanche nié toute tentative d’ingérence. Le chef libéral a répété à de nombreuses reprises que son équipe et lui-même avaient "toujours agi de façon appropriée".

Selon le Globe and Mail, qui se basent sur le registre des lobbyistes, le groupe d'ingénierie a rencontré depuis 2017 plus d'une cinquantaine de fois des fonctionnaires du gouvernement fédéral et parlementaires pour évoquer des questions de "justice" et "d'application de la loi". Les représentants de SNC-Lavalin ont en particulier rencontré à douze reprises trois proches conseillers de Justin Trudeau.

Une crise gouvernementale sans précédent

Depuis que l’affaire a éclaté dans les médias le 7 février, Gerald Butts, le secrétaire principal du Premier ministre, a lui aussi annoncé sa démission le 19 février, afin, dit-il, de ne pas porter préjudice à son responsable. Des révélations et démissions qui risquent d'aggraver ce qui ressemble déjà à la pire crise du mandat du Premier ministre.

Pressé de démissionner par ses adversaires politiques dont Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada, le Premier ministre a déclaré qu’il n’en avait nullement l’intention préférant s’en remettre au vote des électeurs. "Les Canadiens auront un choix très clair à faire dans quelques mois, entre un Parti libéral qui défendra toujours les emplois et qui créera une économie solide, et un parti qui est encore celui de Stephen Harper, qui défend les intérêts des riches."

Le scandale diminue les chances de voir le parti de l’actuel Premier ministre, déjà en baisse dans les sondages, remporter le scrutin. Dans un sondage réalisé à la mi-février, Andrew Scheer prendrait pour la première fois la tête, avec 36 % des intentions de vote, contre 34 % pour les libéraux au pouvoir.

L’affaire plombe également les efforts déployés par le patron de BTP SNC-Lavalin - en poste depuis octobre 2015 - pour tenter de tourner la page sur six années tumultueuses ayant miné la compétitivité de la firme par rapport à ses concurrentes à l'échelle internationale. Un accord établi en marge de la justice aurait évité un long et coûteux procès à ce géant canadien du BTP. Les responsables de la firme estiment, par ailleurs, injuste de payer pour les agissements frauduleux d'anciens employers. 

En cas de condamnation pénale, SNC-Lavalin, qui emploie 50 000 personnes dans le 160 pays dont 9 000 au Canada, se verrait interdire tout contrat public pendant dix ans, ce qui risquerait de compromettre son avenir.

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