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Au Fespaco, après #MeToo, le #MemePasPeur du cinéma africain

Les actrices Nadège Beausson-Diagne et Azata Soro et la réalisatrice Pascale Obolo lors d'un entretien à l'AFP en marge du Fespaco le 28 février.
Les actrices Nadège Beausson-Diagne et Azata Soro et la réalisatrice Pascale Obolo lors d'un entretien à l'AFP en marge du Fespaco le 28 février. Issouf Sanogo, AFP

Deux actrices présentes au Fespaco de Ouagadougou ont accusé, jeudi, des cinéastes africains de harcèlement et d'agressions sexuelles. Depuis, une pétition circule contre une série en compétition, "Le Trône", d'un réalisateur condamné pour agression.

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"Il y a eu #Metoo en Amérique, #Balancetonporc en France ; en Afrique personne n'en a encore parlé, mais ce n'est parce que ça n'existe pas". En déclarant au cours d’une table ronde en marge du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), qu’un réalisateur africain avait tenté de la violer il y a 18 ans, l’actrice française d’origine ivoirienne Nadège Beausson-Diagne a brisé un tabou jeudi 28 février.

Connue pour ses rôles dans la série "Plus belle la vie" et dans le film "Bienvenue chez les Ch'tis", la comédienne a lancé, dans la foulée de ces révélations, un mouvement de libération de la parole des femmes en Afrique baptisé #Memepaspeur car, dit-elle, "la peur doit changer de camp".

Une autre comédienne, par ailleurs réalisatrice, la Burkinabè Azata Soro a aussitôt rejoint le mouvement. Agressée en 2017 par le réalisateur burkinabé Tahirou Tasséré Ouedraogo, elle a raconté en larmes : "il m'a agressé avec un tesson de bouteille. Il m'a déchiré le visage". Elle a toujours des cicatrices sur le visage suite à cette agression pour laquelle le réalisateur, qui a reconnu les faits, a été condamné par la justice à une peine de prison avec sursis. Azata Soro affirme, par ailleurs, qu'avant de l’agresser, le cinéaste l'avait harcelée sexuellement pendant six ans lors de plusieurs productions.

Un réalisateur en compétition après une condamnation pour agression

Or le tournage au cours duquel a eu lieu l’agression était celui de la série "Le Trône"… en compétition à la 26e édition du Fespaco. Une pétition a été mise en ligne jeudi soir demander que la série soit "exclue de la compétition". "Pour des raisons éthiques, il est inadmissible que ce film ait été sélectionné par le Fespaco dans le cadre du cinquantenaire du festival", écrivent les auteures de la pétition lancée par les collectifs de femmes "Cinéastes non-alignées" et "Noire n'est pas mon métier".

Dans un communiqué publié samedi 2 mars, la chaîne TV5 Monde, qui avait préacheté la série et devait la diffuser à partir de fin mars, a annoncé qu'elle ne la diffusera pas : "La chaîne francophone, très engagée dans la défense des droits des femmes et la lutte contre les violences qui leurs sont faites, ne diffusera pas "Le Trône", exclut toute collaboration à venir avec Tahirou Ouedraogo, et se réserve le droit de le poursuivre en justice pour réaparation des préjudices causés."

Nadège Beausson-Diagne a, pour sa part, invité "les institutions" à ne plus donner des subventions "à ces prédateurs sexuels, qui ne font des films que pour coucher avec des jeunes femmes".

La direction du festival n’a pas officiellement réagi mais la cérémonie de remise des prix pour les séries télé, initialement prévue jeudi après-midi, a été reportée à samedi, sans explications.

La place des femmes dans le cinéma africain a fait polémique dès le début du festival : en 50 ans, en effet, aucune femme n'a reçu l'Étalon d'Or de Yennenga, le grand prix du Fespaco.

Avec AFP

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