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En Libye, le maréchal Khalifa Haftar avance ses pions au pas de charge

Le maréchal Khalifa Haftar, lors d'un défilé militaire à Benghazi, dans l'est du pays, le 7 mai 2018.
Le maréchal Khalifa Haftar, lors d'un défilé militaire à Benghazi, dans l'est du pays, le 7 mai 2018. Abdullah Doma, AFP (archives)

Alors que l’ONU a annoncé, le 28 février, un nouvel accord entre les pouvoirs rivaux en Libye sur des élections, la donne politique reste figée tandis que sur le terrain militaire, le maréchal Khalifa Haftar continue de monter en puissance.

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L’annonce dégage un air de déjà-vu pour la Libye. Jeudi 28 février, l’ONU s’est félicitée d’un nouvel accord sur la nécessité d'organiser des élections entre le chef du Gouvernement d'union nationale (GNA), Fayez al-Sarraj, et son rival, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est libyen. Cet accord pourrait apparaître comme une avancée concrète dans un pays qui, depuis la chute en 2011 du régime de Mouammar Kadhafi, peine à trouver la paix.

Mais en réalité la situation est toujours aussi incertaine, comme tend à le montrer le fait qu’aucun calendrier n’a été annoncé pour la tenue de ces présidentielle et législatives, au terme de la rencontre organisée aux Émirats arabes unis.

"Les deux parties se sont accordées sur la nécessité de mettre fin à la période de transition à travers des élections générales mais aussi sur les moyens de préserver la stabilité de la Libye et d'unifier ses institutions", a simplement indiqué la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul).

Un accord qualifié "de mise en scène" par le député libyen Ziyad Dugheim, cité par l'agence de presse italienne Agenzia Nova.

La Libye toujours paralysée par les divisions politiques

L'année dernière, lors du sommet organisé par le président Emmanuel Macron, le 29 mai à Paris, les principaux acteurs de la crise politique libyenne s’étaient déjà engagés à tenir des élections générales, en s’entendant même sur leur organisation avant le 10 décembre 2018. Une promesse et un agenda qui se sont avérés intenables en raison de l’anarchie et des violences sur le terrain, qui avaient eu raison du matériel électoral. Et ce, sans compter les retards dans l'adoption de lois électorales indispensables, provoqués par des blocages politiques, au grand dam de l'émissaire des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé. Ce dernier, appuyé par la communauté internationale, se démène depuis plusieurs mois pour organiser une Conférence nationale en Libye, jusqu’ici en vain.

Entre le sommet de Paris et la rencontre d’Abou Dhabi, neuf mois se sont écoulés, entrecoupés par une conférence sur la Libye organisée en novembre par le gouvernement italien en Sicile, boycotté par le maréchal Khalifa Haftar et qui s’est soldée par un nouvel échec. D’un point de vue politique la situation est restée figée : la Libye est toujours déchirée entre deux pouvoirs rivaux, d’une part le GNA (basé à Tripoli) issu d'un processus onusien et reconnu par la communauté internationale, et de l’autre un gouvernement et un parlement parallèles installés dans l'Est, soutenu par l'Armée nationale libyenne (ANL) autoproclamée par le maréchal Khalifa Haftar. Mais sur le terrain militaire, la donne a changé.

Le maréchal Haftar cherche à capitaliser sur ses gains militaires

Khalifa Haftar a considérablement avancé ses pions grâce à ses campagnes militaires, qui lui ont permis de renforcer sa position au moment de négocier avec un Fayez al-Sarraj très affaibli et qui ne gouverne que sur un quart de la Libye. Preuve de cette montée en puissance, après des rencontres organisées dans des pays neutres, comme l’Italie et la France, le chef du GNA a se rendre pour leur récente entrevue aux Émirats arabes unis, allié et soutien du maréchal et très impliqué dans le dossier libyen.

L’annonce de l’ONU intervient alors que l’ANL est plus puissante que jamais depuis qu’elle s’est lancée, à la mi-janvier, dans une opération visant à éliminer les "groupes terroristes et criminels" dans le sud-ouest du pays, une vaste région désertique frontalière avec l’Algérie, le Niger, le Tchad et le Soudan. Khalifa Haftar a obtenu le ralliement de tribus locales et s’est emparé sans combats de la ville de Sebha, chef-lieu de cette région, ainsi que du champ pétrolier d’al-Charara, un des plus grands de Libye. Le 21 février, c’est l’important champ pétrolier d'al-Fil, dans le sud, qui tombait aux mains de l’ANL, dans un pays où les recettes de l’or noir représentent plus de 95 % de ses revenus.

Au cours mois du mois de juin 2018, l'ANL avait déjà annoncé la prise de "contrôle total" d’une région surnommée le "Croissant pétrolier" dans le nord-est par lesquels le pétrole libyen est acheminé vers l'étranger. Les troupes du maréchal, qui tiennent Benghazi, deuxième ville du pays, et la Cyrénaïque, se sont également emparés, au cours du même mois, de Derna, fief des islamistes radicaux et seule ville de la région orientale qui échappait à leur contrôle.

Une stratégie visant à affaiblir encore plus le GNA

L’objectif du maréchal, ancien officier de l’armée libyenne ayant fait défection à la fin des années 1980, est double : capitaliser politiquement sur ses gains territoriaux et sa stratégie militaire, pour fragiliser encore plus un GNA acculé dans la région de Tripoli, et d’un autre côté apparaître aux yeux des Occidentaux et des voisins directs de son pays comme la seule garantie de stabilité, en étant un acteur de premier plan contre le terrorisme jihadiste dans la région. La diplomatie française a d'ailleurs récemment salué les opérations récentes de l’ANL, dans le sud libyen, "qui ont permis d’éliminer des cibles terroristes importantes".

En rendant "hommage"aux Émirats arabes unis "pour les efforts déployés afin de faciliter cette discussion (d’Abou Dhabi)", les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Italie, qui se sont essayés à résoudre la crise, semblent donner raison à la stratégie du maréchal et de son allié émirati, alors que les conditions sur le terrain ne sont pas réunies pour organiser à court terme des élections.

 

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