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Les jeunes Algériens n’ont plus peur de défier le pouvoir

Des jeunes Algériens manifestent contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat à Alger, le 1er mars 2019.
Des jeunes Algériens manifestent contre la candidature d'Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat à Alger, le 1er mars 2019. Ryad Kramdi, AFP

Malgré la peur d'éventuelles représailles, les jeunes Algériens sont décidés à contester, dans la rue et sur les réseaux sociaux, la candidature d'Abdelaziz Bouteflika. France 24 en a interrogé certains pour comprendre leur détermination.

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"Trop, c’est trop". Pour Diya, jeune community manager algérien d’Annaba (au nord est), le maintien de la candidature d'Abdelaziz Bouteflika est une ultime provocation de la présidence algérienne.

De nombreux Algériens bouillaient lundi 4 mars d'une colère contenue. La lettre des "engagements" du président algérien présentée la veille, – proposant notamment l'organisation d'une élection présidentielle anticipée s'il est élu –, ne semble pas avoir calmé la contestation. Immédiatement après l'annonce du dépôt de son dossier de candidature, dimanche soir, la colère s'est exprimée, jusque tard dans la nuit.

"Le mur de la peur est tombé"

Mustapha Bendjama, militant et membre de la Ligue algérienne des droits de l’homme, résume les décisions du gouvernement algérien à "la politique du fait accompli : il y a des contestations, on les laisse s’essouffler et on continue sur la même ligne". Mais aujourd’hui, il refuse de rester passif et appelle ses concitoyens à maintenir la pression de la rue. "Il y a beaucoup plus d’espoir, le mur de la peur est tombé."

Dès le 1er novembre, l’homme de 28 ans s’affichait déjà sur les réseaux sociaux avec des pancartes d’un "5" barré d’une croix, en référence au cinquième mandat possible d’Abdelaziz Bouteflika. "Nous savions qu’il allait se représenter", se rappelle-t-il.

Avec six autres amis, Mustapha Bendjama a organisé une manifestation à Annaba à cette date symbolique, jour du début de la guerre d’Algérie, pour dire non à ce mandat de trop. "Nous étions trois à nous être faits arrêter, un ami a même été licencié, mais nous sommes revenus toujours plus nombreux."

Les photos et les vidéos de ses premières manifestations ont largement été diffusées sur les réseaux sociaux, contribuant à attirer plus de monde. "Les gens ont vu notre détermination, ils n’avaient plus peur de nous rejoindre et d’exprimer leur colère".

Comme dans les Printemps arabes ou le mouvement des Gilets jaunes en France, les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans les manifestations qui se succèdent depuis le 22 février. "Nous rejetions chacun dans notre coin la présidence de Bouteflika", confie Yacin, un cadre commercial de 30 ans dans une société hydraulique. Mais avec les réseaux sociaux, la contestation s’est généralisée et nous n’avons plus peur", ajoute l’Algérois.

Les trentenaires, qui composent plus de la moitié des 42 millions d'Algériens, ont connu la fin des années noires, marquées par le terrorisme, suivies par vingt ans de pouvoir d’Abdelaziz Bouteflika.

La population des moins de 30 ans est de 22,48 millions, soit 54% de la population globale.

Aller jusqu’au bout

Diya, lui, continue d’avoir peur de se faire arrêter ou d’éventuelles représailles, s’il est identifié dans une manifestation ou si son nom est cité dans un média. "On dira de moi que je suis une main étrangère [un agitateur au service de l'étranger, NDLR], c’est à la mode de dire ça, ironise-t-il. Mais la peur ne doit pas nous paralyser".

Malgré les craintes de représailles ou de débordements, beaucoup d’Algériens, veulent croire au changement et aller jusqu’au bout.

"Désobéissance civile"

Lundi, les Algériens ont pris le chemin du travail, mais beaucoup disent penser déjà aux nouvelles marches prévues vendredi, premier jour de week-end et jour de prière dans les mosquées, les deux précédents vendredi ayant été marquées par des manifestations massives. D’autres manifestations disparates sont improvisées dans les universités, comme à Annaba.

Dans toutes les bouches, la "désobéissance civile" semble être la prochaine étape du mouvement. Sur les réseaux sociaux, beaucoup promettent de bloquer le pays et de ne pas aller travailler. C’est le cas de Yacin, cadre commercial de 30 ans. Il ne se présentera pas à son bureau la semaine prochaine. "Je suis prêt à me faire virer", clame-t-il. Son ami commerçant, Nabil, laissera le rideau de sa boutique de vêtements baissée. Contactés par France 24, tous deux préfèrent rester dans l'anonymat.

Maintenir un mouvement pacifique

Quant à l’après, tous ne semblent pas savoir de quoi sera fait demain. "Nous ne savons pas vers quoi nous allons, mais nous y allons et de manière pacifique", explique Mustapha Bendjama. Les manifestants agissent en gardant à l’esprit la "décennie noire", que personne ne veut revivre. "Nous devons maintenir un mouvement pacifique autant que faire se peut", ajoute le jeune homme.

"L’usage de la force est un scénario possible pour le gouvernement, mais pas pour le peuple. Et nous faisons de notre mieux pour ne pas tomber dans le piège", explique Diya, pour qui la violence ne fait pas partie de la solution. "Ça détruirait tout ce que nous avons construit jusque-là", ajoute Sarra Slatni, étudiante annabise en médecine.

Consignes partagées sur les réseaux sociaux pour un bon déroulement des manifestations.

Sur les réseaux sociaux, les Algériens qui se mobilisent sensibilisent les internautes pour ne pas faire usage de violence. Des consignes sont partagées pour demander aux manifestants de n'apporter que des drapeaux algériens, de faciliter le travail de la police ou encore de ne faire preuve d'aucune violence.

"Le gouvernement sait gérer la violence, estime Mustapha Bendjama. Ce qu’il sait moins faire, c’est réagir face à un mouvement pacifique."

L’armée peut faire pression

Pour Sarra, l'étudiante en médecine, l’armée doit agir, car elle fait partie intégrante de la solution. "Elle peut exercer une pression sur le gouvernement pour qu’il passe la main", estime la jeune femme.

Mustapha aimerait que le mouvement soit plus structuré pour réfléchir à la suite. "Il n’y a pas de coordination entre les différents groupes. Nous devons organiser des débats et créer un consensus pour décider de la suite du mouvement avec les acteurs de la société civile", espère le militant.

Une autre alternative pacifique espérée par Mustapha Bendjama, c’est de voir le mouvement s’installer dans la durée afin de voir les soutiens du président s’effilocher à mesure que le mouvement perdurera.

>> À lire aussi sur France 24 : "Élection algérienne 2019 - Le cercle rapproché du président Bouteflika"

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