Après le grand débat, Macron "plante le décor" des Européennes

Paris (AFP) –

Publicité

Le grand débat national n'est pas encore terminé qu'Emmanuel Macron se lance dans celui des élections européennes, ce qui lui permet de garder l'initiative face à des oppositions peinant à donner de l'élan à la campagne.

"Emmanuel Macron aurait fait une excellente tête de liste mais, comme vous le savez, il n'est pas disponible": par une boutade, Richard Ferrand, le président LREM de l'Assemblée nationale, a résumé mardi sur Europe 1 l'état d'esprit de la majorité.

La République en Marche et ses alliés n'ont certes pas encore désigné la personnalité qui conduira la liste, mais la publication de la tribune "aux citoyens européens" marque le début de leur offensive pour le scrutin du 26 mai. Ministres et députés se sont ainsi démultipliés mardi dans les médias pour en promouvoir le message.

La campagne est "lancée avec ce texte", "il fallait que le président de la République ait un message clair, un message fort", la France étant "un des leaders de l'UE", juge Hervé Berville, le porte-parole des députés LREM.

Mais pour Sébastien Chenu, député du Rassemblement national, "Emmanuel Macron montre, avec cette tribune qu'il est lui-même candidat LREM aux européennes. Tout autre candidat sera donc un supplétif".

Avec ce texte publié dans la presse, Emmanuel Macron duplique la méthode qu'il avait choisie pour le grand débat national censé répondre à la crise des "gilets jaunes", lancé le 15 janvier par une longue "lettre aux Français".

Son objectif est de donner une "impulsion" et de "planter le décor", explique l?Élysée. Et ainsi de cadrer le débat autour de ses propositions, comme il l'avait fait en posant 34 questions aux Français avant le grand débat.

Emmanuel Macron a ainsi retrouvé sa place au centre du jeu politique après plusieurs mois durant lesquels il avait paru subir les évènements, de l'affaire Benalla à la crise des "gilets jaunes" en passant par la démission de ministres de premier plan.

- Raffarin s'engage -

Pour bien mettre sur les rails l'acte II de son quinquennat, il s'est fixé deux objectifs pour ce printemps: réussir la sortie du grand débat et gagner les Européennes.

Pour le premier, il va continuer à sillonner la France jusqu'à la mi-mars avant d'annoncer des mesures "fortes" en avril. Son 10e rendez-vous est fixé jeudi en Provence-Alpes-Côte d'Azur où il débattra, notamment d'environnement, avec 400 élus et jeunes rassemblés à Gréoux-les-Bains, une station thermale des Alpes de Haute-Provence.

Ce grand débat a permis à Emmanuel Macron de remonter dans les sondages, mais cette embellie reste fragile car deux Français sur trois (65%) estiment qu'il "ne semble toujours pas comprendre la gravité de la crise politique et sociale", selon un sondage Viavoice diffusé lundi.

Les sondages sont aussi plutôt encourageants pour les Européennes, LREM arrivant en tête ou au coude-au-coude avec le RN dans les intentions de vote.

La liste du parti majoritaire, qui devrait être connue fin mars, ambitionne de rassembler le camp europhile, en s'élargissant au Modem ou au mouvement Agir, qui regroupe des anciens LR ayant rejoint la majorité.

La démarche d'Emmanuel Macron a reçu un ralliement de poids, celui de Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac entre 2002 et 2005. Il a déclaré lundi au Figaro soutenir "sans aucune hésitation" le "projet européen" du chef de l'Etat, qui "est le plus abouti".

François-Xavier Bellamy, la tête de liste LR, a acté mardi cette décision, y voyant une "clarification nécessaire" et invitant M. Raffarin à "aller au bout de sa démarche" en rejoignant LREM.

L'eurodéputé LR Geoffroy Didier a par ailleurs dénoncé la "très grande banalité" de la tribune d'Emmanuel Macron, dans laquelle "les postures sont fortes mais la pratique est faible".

"Le projet européen d'Emmanuel Macron est pavé de bonnes intentions, en contradiction avec son action", a également jugé Olivier Faure, le patron du PS.

La tête de liste de la France insoumise, Manon Aubry, y a vu pour sa part la preuve que le chef de l?État restait "le garant dévoué d?une Union européenne libérale".