La BCE renforce son soutien à une économie européenne vacillante

Francfort (AFP) –

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La Banque centrale européenne a renforcé jeudi son soutien à l'économie européenne, signe de sa prudence accrue face à une croissance qui ne cesse de ralentir en zone euro et à une inflation atone.

Dans son traditionnel communiqué de politique monétaire, l'institution a repoussé le moment de relever ses taux d'intérêt, promettant de les maintenir à leur plus bas historique au moins "jusqu'à la fin" de cette année, alors qu'elle se fixait jusqu'à présent "l'été 2019" pour horizon.

Les marchés avaient certes fixé leurs anticipations au delà, n'attendant un premier tour de vis monétaire qu'en 2020, mais la BCE livre un signal fort de sa volonté de stimuler la conjoncture aussi longtemps qu'il le faudra.

D'autant que l'institut de Francfort a également annoncé le lancement d'une nouvelle vague de prêts géants et bon marché aux banques, entre septembre prochain et mars 2021, avec à chaque fois une échéance de deux ans.

La BCE entend ainsi "préserver des conditions de crédit favorables" et une "bonne transmission de la politique monétaire" à l'économie, c'est-à-dire la redistribution de ces liquidités sous forme de crédits aux entreprises et aux ménages.

- Pessimisme accru -

En 2016 et 2017, les banques, en premier lieu les plus fragiles d?entre elles, en Italie, s'étaient précipitées sur ces prêts à taux zéro, voire rémunérés à 0,40% si les sommes reçues étaient suffisamment recyclées dans l'économie réelle.

"Ces mesures ne sont pas, en tant que telles, une énorme surprise, mais le moment choisi l'est", résume Carsten Brzeski, économiste de la banque ING, pour qui la BCE cherche à éviter "tout durcissement brutal" de son discours.

Le groupe de 19 pays utilisant la monnaie unique n'est certes pas menacé dans son ensemble d'une récession, a déjà martelé le président de la BCE Mario Draghi. Mais très dépendante du commerce, cette région économique subit depuis des mois le ralentissement des échanges internationaux et le coup de faiblesse du secteur manufacturier, surtout en Allemagne.

C'est pourquoi le banquier italien devrait, lors de la conférence de presse de 13H30 GMT, ramener sa prévision de croissance pour 2019 en zone euro à entre 1,2 et 1,5%, contre 1,7% actuellement, selon plusieurs économistes.

La plupart des organisations internationales font de même. Dernière en date, l'OCDE a même ramené sa prévision à seulement 1%. Elle a réduit son pronostic pour l'Allemagne, première économie de la zone euro de 0,9 point, à 0,7%, et s'attend même désormais à une récession en Italie (-1,1 point à -0,2%).

- 'Boîte à outils' -

L'objectif suprême pour l'institut monétaire est d'avoir une hausse des prix sur le moyen terme légèrement inférieure à 2%, un niveau qu'elle a manqué d'atteindre depuis 4 ans et qui devrait continuer à lui échapper.

La BCE, même si elle n'a cessé d'afficher sa confiance dans la trajectoire des prix, devrait ainsi raboter sa prévision d'inflation pour 2019 de 1,6% à 1,4%, estiment certains économistes.

Les risques sur le front économique s'accumulent avec le Brexit et les différends commerciaux opposant Washington et de nombreux pays, même si un rapprochement semble s'amorcer entre les Etats-Unis et la Chine.

Le contentieux avec l'Europe pourrait aboutir à l'imposition de droits de douane supplémentaires réciproques. Ce serait un coup très dur pour l?industrie européenne, notamment l'automobile en Allemagne.

La BCE a cependant forgé au cours de ses vingt ans d'existence une "boîte à outils" si la situation devait encore s'aggraver, y compris le programme historique de rachats nets de dette publique et privée, lourd de 2.600 milliards d'euros, qu'elle vient de stopper fin décembre.

Et afin de maintenir des conditions favorables de financement, elle devrait continuer à réinvestir son stock d'obligations à échéance "bien au-delà" de la date à laquelle elle aura commencé à relever les taux d?intérêt.