Une candidate démocrate américaine veut affaiblir les géants de la tech

New York (AFP) –

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Trop puissants, pas assez transparents et trop peu soucieux de la vie privée: les géants américains de l'internet sont dans le viseur d'Elizabeth Warren, l'une des candidates démocrates à la présidentielle de 2020 les plus connues, qui a proposé vendredi de "démanteler" leurs monopoles.

"Les grosses entreprises technologiques ont trop de pouvoir aujourd'hui", a estimé vendredi Mme Warren, une féroce critique du président Donald Trump, qui s'est lancée en décembre dans la course à la primaire démocrate en vue de le remplacer à la Maison Blanche.

"Trop de pouvoir sur notre économie, notre société et notre démocratie", ajoute-t-elle dans un billet de blog, rappelant que leur modèle de rentabilité repose principalement sur l'exploitation des données privées de leurs utilisateurs.

Afin de lutter contre cette hégémonie, cette pourfendeuse de Wall Street, classée très à gauche, propose de "démanteler ces monopoles, et promouvoir des marchés compétitifs".

D'abord en votant une loi obligeant ces entreprises à être désignées en tant que "plateformes de service public" lorsque leur chiffre d'affaires mondial dépasse 25 milliards de dollars. La loi leur interdirait alors d'être en même temps propriétaire de la plateforme et d'entreprises qui y opèrent. Ces plateformes se verraient aussi interdire de partager ou de transférer des données à des tierces parties.

- "Bazooka" -

La sénatrice du Massachusetts cite notamment la plateforme d'Amazon, "Marketplace", où d'autres entreprises peuvent commercialiser leurs produits mais où le géant de la distribution est aussi présent en tant que vendeur, ce qui selon elle créée un "conflit d"intérêts".

Les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel mondial oscille entre 90 millions et 25 milliards de dollars se verraient imposer les mêmes règles déontologiques, mais sans l'obligation de ne gérer que leur plateforme.

La candidate propose également de nommer des régulateurs qui seraient chargés d'annuler les fusions, qu'elle estime "illégales et anticoncurrentielles". Parmi elles, les rachats des groupes Whole Foods et Zappos par Amazon, des réseaux WhatsApp et Instagram par Facebook, et du service de géolocalisation Waze par Google.

Selon elle, les géants américains de la "tech" ont utilisé leur toute-puissance pour étouffer la concurrence, à travers notamment des acquisitions massives.

"Elle exprime des craintes légitimes, mais démanteler ces entreprises revient à utiliser un bazooka là où un pistolet serait suffisant", a réagi Robert Atkinson, président de l'Information Technology & Innovation Fondation, un think tank généralement aligné sur les intérêts de l'industrie technologique.

"Si vous commencez à détricoter ces entreprises, les usagers devront payer pour des choses gratuites aujourd'hui", a-t-il ajouté, estimant que ces propositions ne seraient pas à terme favorable aux consommateurs.

La sénatrice de 69 ans a construit sa réputation en pourfendant les errements de Wall Street où elle est à la fois crainte et détestée. Siégeant à la commission financière du Sénat, elle questionne sans relâche banquiers et membres du gouvernement. Elle s'est récemment dite favorable à une taxe de 2% sur toute fortune au-delà de 50 millions de dollars.

Le débat autour de la régulation de ces géants technologiques est actuellement brûlant aux Etats-Unis.

Certaines de ces multinationales ont été clouées au pilori ces derniers mois après l'éclatement de plusieurs scandales impliquant l'exploitation de données privées, des critiques touchant particulièrement Facebook après le scandale d'utilisation de données indues de la société Cambridge Analytica en 2018.

Le réseau social a tenté de faire amende honorable cette semaine, son fondateur Mark Zuckerberg ayant promis que Facebook allait devenir une plateforme "de communication" plus soucieuse de la vie privée des utilisateurs et "centrée" sur la confidentialité de ses 2,3 milliards d'utilisateurs actifs. Nombre d'experts sont pour le moment sceptiques face à ces annonces.

Plus largement, ces entreprises sont devenues de véritables mastodontes de l'économie américaine. Ces groupes, souvent cités à travers l'acronyme "Gafa", regroupant Google, Apple, Facebook et Amazon, dictent par ailleurs souvent l'humeur des investisseurs à Wall Street.