Accéder au contenu principal

Face à une opposition algérienne désorganisée, "la rue seule capable d’imposer une transition"

Des manifestantes en train de scander des slogans dans la capitale algérienne contre la candidature pour un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, le 8 mars 2019.
Des manifestantes en train de scander des slogans dans la capitale algérienne contre la candidature pour un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, le 8 mars 2019. Ryad Kramdi, AFP

Des centaines de milliers de manifestants algériens sont descendus dans les rues pour contester un nouveau mandat de Bouteflika. Le régime résiste, mais les défections sont de plus en plus nombreuses.

Publicité

La population algérienne a une fois de plus réussi sa démonstration de force. Vendredi 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes, les Algériens sont descendus en masse dans les rues du pays afin de dire non à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, dont 20 au pouvoir.  

À Alger, la foule était si compacte qu’il était difficile de circuler au sein du cortège ponctué de grands drapeaux algériens rouge, vert et blanc. Une mobilisation inédite qui a rassemblé de simples citoyens, des familles entières, des étudiants mais aussi des corps de métiers comme celui des avocats et des journalistes....

À quelques jours de l’annonce des candidatures retenues définitivement par le Conseil constitutionnel (21 candidats sont en lice) pour l’élection présidentielle du 18 avril, Abdelaziz Bouteflika tient bon face à la pression populaire. Amoindri par un AVC en 2013, le président sortant  est “sous menace vitale permanente” selon la Tribune de Genève. Admis aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) depuis le 24 février, le chef d’État algérien a adressé jeudi un avertissement aux manifestants. Dans ce texte diffusé par l’agence de presse officielle APS,  il appelle "à la vigilance et à la prudence quant à une éventuelle infiltration de cette expression pacifique par une quelconque partie insidieuse, de l'intérieur ou de l'extérieur, qui pourrait (...) susciter la +Fitna+ (discorde, ndlr) et provoquer le chaos".

Si la garde rapprochée du président semble tenir, le clan de ses partisans commence, lui, à se fissurer. Jusque-là soutien indefectible du chef de l’État algérien, la puissante Organisation nationale des moudjahidin (ONM) qui regroupe les anciens combattants de la guerre de l’Indépendance, a rejoint mardi 5 mars les rangs des manifestants.

Dans un communiqué virulent, rapporté par TSA (Tout sur l'Algérie, un site  d'information), l’ONM “a dénoncé la collision entre des parties influentes au sein du pouvoir et des hommes d’affaires véreux qui ont bénéficié de manière illicite de l’argent public’”. “Cette contestation est axée autour d’une revendication fondamentale à savoir tourner la page d’une accumulation de réalités douloureuses engendrées par des institutions qui n’étaient pas à la hauteur des aspirations légitimes de notre peuple” peut-on aussi lire dans le communiqué.

L’organisation a été suivie par différents autres mouvements dont l’association des anciens du ministère de l’Armement et des liaisons générales (ancien service de renseignement) et plusieurs branches locales ou syndicats affiliés à l'UGTA (Union générale des travailleurs algériens).

“La rue va imposer le rythme”

Pour Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen basé à Genève, le régime n’a pas su anticiper la contestation. “C’est la rue qui va probablement imposer un petit peu le rythme et même la nature du changement à savoir une transition”, analyse le chercheur sur France 24.

De son côté l’opposition algérienne tente de surfer sur ce vent contestataire mais pacifique pour se refaire une santé. Jeudi 7 mars, le principal opposant lors des deux dernières élections présidentielles, Ali Benfils, qui a par ailleurs retiré sa candidature, dénonçant une compétititon électorale “biaisée et faussée”, a réuni dans les locaux de son parti Talaie El Hourriyet des leaders de l’opposition pour se positionner en alternative.

“L’opposition, qui a certainement contribué à cette prise de conscience de la nature autoritaire du pouvoir politique en place et de la primauté qu’il accorde à sa survie sur les intérêts vitaux de la Nation, est elle-même interpellée pour traduire en initiatives et action politique les aspirations exprimées par le peuple algérien”, a estimé selon le site d’informations TSA, Ali Benflis lors de la rencontre.

Un défi énorme pour l’opposition

Mais quelle marge de manœuvre pour l’opposition dont les leaders sont tombés d’accord pour demander un report de la présidentielle ?  “L’oppositon est devant un défi énorme. On ne gagne pas les élections avec seulement une mobilisation. Les élections se gagnent par des machines électoralers. La rue n’a pas de machine électorale. Il faut trouver absolument un lien, il faut trouver une traduction politique et électorale de cette mobilisation”, explique Hasni Abidi.

>> À lire aussi : Pour Jean-Yves Le Drian, il faut "laisser le processus électoral se dérouler" en Algérie

Les yeux sont désormais tournés vers le Conseil constitutionnel. Pour le spécialiste du monde arabe, celui-ci n’a pas une grande marge de manœuvre. Mais il reste évidemment deux options : un retrait de la part du président lui-même ou l’invalidation de sa candidature par le Conseil constitutionnel en raison de l’état de santé du président. Cela offirait une sortie honorable à Abdelaziz Bouteflika. Mais si sa candidature est validée évidemment la mobilisation sera inscrite dans la durée, avec le risque de la radicalisation”.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.