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Sur la Corée du Nord, Trump s'accroche à sa stratégie du "tout ou rien"

Donald Trump et Kim Jong-un, le 28 février 2018, à Hanoï.
Donald Trump et Kim Jong-un, le 28 février 2018, à Hanoï. KCNA via KNS, AFP

L'échec du sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un a démontré que le président américain poursuivait une stratégie du "tout ou rien", selon un ancien conseiller du Pentagone.

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À Hanoï, Donald Trump a déjoué les pronostics en refusant de se contenter d'un accord partiel sur le nucléaire nord-coréen. Mais malgré l'échec et le scepticisme ambiant, il s'accroche à sa stratégie du "tout ou rien" en misant sur son "alchimie" avec Kim Jong-un.

Le président des États-Unis a assuré, vendredi 8 mars, que sa relation avec l’homme fort de Pyongyang restait "très bonne", tandis que ses équipes minimisent le fiasco du deuxième sommet entre les deux hommes, qui n'ont pas réussi à s'entendre fin février sur un donnant-donnant même modeste.

Et pour cause. "Personne dans l'administration ne préconise une approche pas à pas", a tranché cette semaine un haut responsable américain. Autrement dit, Washington veut d'emblée un "grand accord" qui permette d'un coup la "dénucléarisation définitive et entièrement vérifiée de la Corée du Nord" en échange de la levée des sanctions qui étranglent l'économie du pays reclus.

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"On dirait vraiment que l'administration est sur une approche ‘tout ou rien’", "ce qui ressemble à un retour en arrière" qui "ne va pas vraiment plaire au régime Kim", a constaté Frank Aum, ex-conseiller au Pentagone, lors d'une rencontre au cercle de réflexion United States Institute of Peace (Usip).

Cette posture a surpris plus d'un observateur car, dans les semaines avant le sommet de Hanoï, plusieurs petits signes avaient laissé penser que le gouvernement américain commençait à se faire à l'idée d'une négociation plus classique, par étapes.

Pour le président américain, les approches progressives ont échoué

"Rien ne presse", lâchait le locataire de la Maison Blanche. "C'est un processus qui prendra du temps", prévenait son secrétaire d'État Mike Pompeo. De son côté, le négociateur Stephen Biegun proposait des avancées "simultanément et en parallèle" et évoquait une possible marge de manœuvre en matière de sanctions, donnant l'impression de se rapprocher de la revendication nord-coréenne de contreparties à chaque étape de son désarmement.

Mais lors du sommet, Kim Jong-un a proposé de démanteler son complexe nucléaire de Yongbyon en échange de la levée des principales sanctions, et Donald Trump a refusé. Pas assez. Le président américain a exigé "l'élimination complète de leur programme d'armes de destruction massive", a rapporté le haut responsable américain, estimant que les "approches progressives" avaient "échoué" par le passé.

>> À voir : Pas d'accord au sommet Kim-Trump : l'échec de la diplomatie façon Trump ?

À Washington, cette fermeté a été interprétée comme la victoire du conseiller présidentiel à la sécurité nationale John Bolton, faucon de longue date sur le dossier nord-coréen, sur le duo Pompeo-Biegun.

Et alors que la classe politique américaine va de plus en plus se tourner vers la prochaine présidentielle, les États-Unis ont même exhumé un objectif qui semblait avoir été enterré et que tous les experts jugent irréaliste : la dénucléarisation totale de la Corée du Nord d'ici la fin de l'actuel mandat du milliardaire républicain, en janvier 2021.

"On a perdu la dynamique"

Or pour Jenny Town, du think tank 38 North, faute d'accord partiel au Vietnam, "on a perdu la dynamique" créée par le rapprochement inédit entre les deux dirigeants et "le cercle vicieux est déjà en train de s'enclencher". Des images satellitaires analysées notamment par son organisation révèlent en effet que Pyongyang semble avoir reconstruit un site d'essais de fusées qu'il avait promis de démanteler, et l'agence officielle nord-coréenne a "blâmé" ouvertement les Américains pour l'échec du sommet.

Surtout, le "tout ou rien" a "toujours échoué car on est en présence de deux acteurs qui ne se font pas confiance", a-t-elle estimé lors d'une conférence.

La dynastie des Kim a toujours vu la bombe atomique comme une garantie face aux intentions hostiles, voire belliqueuses, prêtées aux États-Unis.

"Cette administration tente de montrer qu'il n'y a pas d'intention hostile", a reconnu Joseph Yun, ex-émissaire américain pour la Corée du Nord, lors de la rencontre à l'Usip. "Mais c'est une chose difficile à prouver, ce qui crée une impasse, et c'est pour cela que les Nord-Coréens veulent une approche pas à pas pour améliorer la confiance."

Que faire maintenant ? Washington espère reprendre les tractations au niveau des négociateurs le plus vite possible, et a réagi de manière très mesurée à la reconstruction du site d'essais de fusées – l'essentiel à ce stade est que les Nord-Coréens continuent de s'abstenir de tout test, y compris d'engins spatiaux, ont prévenu les responsables américains.

Donald Trump est même prêt à une nouvelle rencontre, toujours persuadé que sa relation personnelle avec Kim Jong-un fera, in fine, la différence. Selon Jenny Town, c'est peut-être effectivement une "opportunité" à saisir pour les Nord-Coréens, qui "savent très bien qu'il s'agit d'un président non conventionnel". "D'autant qu'ils "n'ont pas forcément de bons souvenirs des présidents conventionnels."

Avec AFP

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