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Face à l'hypothèse du Brexit, les douaniers français continuent leur "grève du zèle"

Des camions bloqués sur l'autoroute A16 tentent de joindre le tunnel sous la Manche, près de Calais, en France, le 14 mars 2019, pour gagner le Royaume-Uni malgré le mouvement des douaniers.
Des camions bloqués sur l'autoroute A16 tentent de joindre le tunnel sous la Manche, près de Calais, en France, le 14 mars 2019, pour gagner le Royaume-Uni malgré le mouvement des douaniers. Denis Charlet, AFP

Après avoir refusé les 14 millions d’euros proposés par le gouvernement, les douaniers français ont annoncé poursuivre leur "grève du zèle", qui a entraîné des kilomètres de bouchons et des retards au départ des trains Eurostar à Paris.

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Onze jours de "grève de zèle" et le mouvement ne semble pas près de s’arrêter. Tout comme les retards dans les trains partant vers le Royaume-Uni, les embouteillages sur les autoroutes frontalières et les longues files d’attente dans les aéroports.

Car les douaniers français entendent poursuivre le mouvement lancé le 4 mars pour obtenir des augmentations de salaire et l’amélioration de leurs conditions de travail. Car la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, prévue pour le 29 mars, est dans tous les esprits.

Les syndicats de douaniers ont rejeté jeudi 14 mars dans la soirée, une nouvelle proposition faite par Bercy. "Considérant que cette proposition ne respectait pas l'engagement initial d'une valorisation par rapport à celle formulée mardi, l'intersyndicale a quitté la réunion. Nous invitons l'ensemble des douanières et douaniers à se prononcer sur celle-ci", a déclaré l'intersyndicale dans un communiqué

Jeudi 14 mars, le ministre des comptes publics Gérald Darmanin a assuré vouloir poursuivre la discussion avec les douaniers, après que les syndicats ont rejeté un coup de pouce de 14 millions d’euros, proposé lors d’une rencontre mardi 12 mars.

"Cela semble beaucoup, 14 millions d’euros, mais en réalité, chaque agent ne toucherait que 50 euros environ, s’indigne Anne Fravel, responsable de la section parisienne de la CGT Douanes. On aurait pu s’en contenter, étant donné qu’on n’a eu aucune augmentation depuis plusieurs années, mais étant donné les efforts demandés, on ne peut pas l’accepter", explique-t-elle à France 24, en référence aux enjeux du Brexit.

Des fouilles minutieuses et lentes

Interdits de grève car considérés comme indispensables à la sûreté du pays, les agents de douane ont décidé de mener des actions ciblées pour faire entendre leurs demandes. "On mène nos missions, mais on applique nos consignes de manière très stricte", glisse Anne Fravel en souriant. Les fouilles minutieuses de passagers et de poids lourds en partance pour l’Angleterre entraînent ainsi d’importants temps d’attente.

À la Gare du Nord, à Paris, tous les trains Eurostar à destination de Londres partent depuis une semaine avec environ une heure de retard, les passagers devant affronter d’interminables files d’attente et plusieurs fouilles. Certains trains sont régulièrement supprimés.

De son côté, Eurostar s’est vue obligée de demander aux passagers de "voyager uniquement si nécessaire".

Autoroutes fermées ou à l’arrêt

Le mouvement se fait surtout sentir sur les autoroutes, notamment sur l’A16 en direction du site d’Eurotunnel. Jeudi 14 mars, une file de camions y était à l’arrêt sur six kilomètres et le mouvement provoquait des ralentissements sur 14 km au total, selon la préfecture du Pas-de-Calais. Quelque 1 720 poids lourds stationnaient dans les quatre zones de stockage installées par les autorités sur l'A16 et l'A26.

Certains ont été contraints de faire demi-tour vers la Belgique, alors que l’autoroute E40 belge, qui relie les deux pays, était complètement fermée à la circulation en direction de l’Hexagone depuis 7h du matin jeudi, selon la radio belge RTBF.

De "sérieux" dégâts au Royaume-Uni

Les aéroports parisiens de Roissy et Orly ont été particulièrement ciblés par les douaniers, "mais avec des opérations coup de poing, de courte durée, entraînant de longues attentes", précise Vincent Thomazo, secrétaire général du syndicat UNSA-Douanes.

Outre-Manche, le mouvement génère également des "problèmes très sérieux", explique Duncan Buchanan à France 24. Selon le directeur de la stratégie de l’Association britannique du transport routier, "chaque camion arrêté pendant une heure représente une perte d’environ 70 livres (environ 82 euros, NDLR). Les chauffeurs doivent aussi faire plus de pauses car ils n’ont pas le droit de rester au volant pendant très longtemps. Imaginez les conséquences pour des biens de consommation comme de la salade fraîche, qui ont une vie très courte", ajoute-t-il.

Vers un mouvement international ?

"Le mouvement risque de s’inscrire dans la durée, estime Anne Fravel. Cela fait bien longtemps qu’on n’a pas connu une telle mobilisation. Même si le Brexit n’a finalement pas lieu, le mouvement ne s’arrêtera pas, lance Vincent Thomazo. Le Brexit est un catalyseur de colères et de frustrations qui datent de plusieurs années."

En Belgique, le service des douanes a aussi pris ses précautions à en prévision d’un Brexit sans accord et a suspendu tous les congés de ses agents entre le 26 mars et le 5 avril, selon le quotidien flamand Het Laatste Nieuws. "Nous n’avons pas de contact avec eux, s'indique Vincent Thomazo, mais pourquoi pas faire une conjonction des colères françaises et belges."

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