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Naufrage du "Grande America" : en Europe, la réglementation reste à améliorer

Le navire italien Grande America en flammes dans le Golf de Gascogne en France, le 12 mars 2019.
Le navire italien Grande America en flammes dans le Golf de Gascogne en France, le 12 mars 2019. Loic Bernardin, Marine nationale, AFP

La catastrophe du "Grande America" rappelle que les naufrages de cargos sont encore fréquents dans le monde. L’Europe est plutôt épargnée grâce à une réglementation maritime stricte qui reste à améliorer.

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Tous les trois jours, un navire de marchandise de grande taille coule sur les mers du globe. Le cargo "Grande America" battant pavillon italien en fait partie.

Du point de vue de Christian Buchet*, directeur du Centre d’Étude de la Mer (CETMER) de l’Institut Catholique de Paris, le naufrage du "Grande America" survenu mardi 12 mars au large des côtes atlantiques françaisesn’est pas surprenant. "Ce n’était pas un navire poubelle mais il faisait sans doute partie des ‘navires à risque’. Il n’est pas jeune, il a 22 ans et il avait été inspecté à plusieurs reprises. Des contrôles qui avaient détecté des problèmes dont on ignore les détails", explique le chercheur interrogé par France 24.

D’après le spécialiste, le nombre de naufrages de navire est resté constant depuis 10 ans, sauf que leur répartition géographique a changé. "Ils se produisent plus fréquemment dans l’hémisphère sud, où les navires passent d’armateurs en armateurs. Des armateurs occidentaux revendent à d’autres qui n’ont pas les moyens d’acheter des navires neufs", ajoute-t-il.

>> À lire sur France 24 : Un cargo échoué entraîne la "pire catastrophe écologique maritime"

En Europe, les leçons des catastrophes comme l’Erika, dont le naufrage avait libéré près de 20 000 tonnes de fioul le long des côtes bretonnes en 1999, et la création de l’Agence européenne pour la sécurité maritime en 2002 ont contribué à renforcer les inspections ciblées.

Contrairement aux pays du Sud, les États européens surveillent particulièrement les sociétés de classification qui ont en charge de vérifier l’état des navires, ce qui permet de repérer celles qui valident des navires douteux avant leurs reventes.

Manque de moyens douaniers pour contrôler les cargaisons

Mais si l’Europe est parfois érigée en exemple, elle a de quoi s’améliorer. "Il faut aller plus loin" en matière de réglementation du transport maritime de marchandises au niveau européen, a réclamé jeudi le député Matthieu Orphelin (ex-LREM) après le naufrage du navire italien "Grande America". Le parlementaire s’est offusqué que les autorités françaises aient dû attendre "plusieurs jours" avant de connaître précisément la nature de la cargaison du "Grande America". Il a souhaité "plus de transparence, d'obligations, pour que les armateurs disent le plus rapidement possible ce qui est transporté".

"Théoriquement nous devrions savoir ce que comportent tous les conteneurs et choisir leur emplacement dans les navires en fonction de la dangerosité des matières transportées", estime pour sa part Christian Buchet. "Sauf qu’il est impossible de passer tous les conteneurs au rayon X. Pour renforcer les contrôles, il faudrait d’abord plus de moyens douaniers". Sans compter que le transport maritime ne cesse de croitre.

Du gaz naturel au lieu du fioul dans les cargos

Matthieu Orphelin plaide pour "qu'on accélère le changement de mode de propulsion de ces porte-conteneurs", du fioul lourd actuel vers "des énergies moins polluantes, moins dangereuses en cas d'échouage", comme le gaz naturel. Un dossier sur lequel travaille l’Union européenne qui est en train "d'imposer au transport maritime international, en tout cas à tous les navires qui viendront dans les ports européens, de changer de motorisation pour ne plus utiliser ce fioul lourd" mais du gaz naturel liquéfié, a indiqué le ministre de la Transition écologique, François de Rugy.

La coopération Nord/Sud mériterait aussi d'être améliorée pour donner aux États les plus pauvres, les moyens de lutter contre les navires poubelle. "Près de 120 épaves polluent chaque année les océans. C’est l’océan mondial que nous menaçons. Il ne faudrait pas oublier qu’il s’agit d’une même planète. Et puis le poisson pêché dans l’hémisphère sud est consommé dans l’hémisphère nord", relève-t-il.

En attendant, plusieurs départements français craignent de voir débarquer sur les côtes aquitaines et charentaises le pétrole issu du "Grande America". Deux nappes de pollution ont été repérées au larges des côtes et se situent à plus de 300 km de La Rochelle.

* Christian Buchet est l'auteur de "La grande histoire vue de la mer", paru en 2017 aux éditions du Cherche Midi.

Avec AFP

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