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Reportage

Marielle Franco, un symbole de résistance au Brésil un an après son assassinat

Sur les escaliers de l'assemblée de l'État de Rio de Janeiro, des tournesols et des pancartes ont été déposés, jeudi 14 mars. Sur les affiches, on lit "Qui a ordonné de tuer Marielle ?"
Sur les escaliers de l'assemblée de l'État de Rio de Janeiro, des tournesols et des pancartes ont été déposés, jeudi 14 mars. Sur les affiches, on lit "Qui a ordonné de tuer Marielle ?" Fanny Lothaire

Un an après la mort de la militante des droits humains, Marielle Franco, plusieurs commémorations ont eu lieu jeudi à Rio de Janeiro. Dans un Brésil désormais gouverné par l’extrême-droite, ses héritiers sont déterminés à poursuivre ses combats.

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Dès le début de la journée, jeudi 14 mars, des dizaines de personnes se sont rassemblées sur un trottoir des quartiers Nord de Rio de Janeiro, au Brésil. Des militants, dont une majorité de femmes noires, récitent tour à tour des textes littéraires, engagés, en hommage à Marielle Franco.

C’est sur ce trottoir, le 14 mars 2018, que le véhicule des meurtriers a barré la route de celui où se trouvait la conseillère municipale, homosexuelle et militante féministe qui luttait contre le racisme et l’homophobie : touchée par quatre balles en plein visage, elle est morte sur le coup. Elle avait 38 ans. Son chauffeur, lui aussi touché, est décédé quelques heures plus tard à l’hôpital.

>> À lire aussi sur France 24 : "À Rio, les Cariocas pleurent Marielle Franco, voix des favelas et militante des minorités"

Les journalistes, y compris étrangers, sont nombreux à s’être déplacés, preuve de l’écho international de cet assassinat politique toujours non élucidé. Mardi, deux anciens policiers suspectés d’être les exécutants ont été arrêtés. Mais les autorités ont dit ignorer si l'assassinat avait été commandité et par qui.

Avant de quitter les lieux, les femmes forment un grand cercle en se tenant les bras, avant de s’enlacer et se réconforter. Elles sont nombreuses à ne pas retenir leurs larmes.

Fanny Lothaire

Sans Marielle, la lutte continue

Silvia Mendonça, âgée d’une soixantaine d’années, fait partie du Mouvement noir unifié (MNU), qui lutte contre la discrimination raciale au Brésil depuis la fin des années 1970. Elle connaissait personnellement Marielle Franco, avec qui elle a partagé de nombreux combats. Sa mort brutale ne l’a pas découragé, bien au contraire. "La lutte, et la résistance, se sont amplifiées. Il y a plus de conscience. Trois femmes noires siègent aujourd’hui à l’assemblée de l’État de Rio de Janeiro. Les jeunes femmes noires ont compris que leur place était de lutter, d’exister la tête haute et de ne plus baisser la tête", assure-t-elle.

Un peu plus tard dans la matinée, Renata Souza, l’une de ces élues, héritière politique et amie de Marielle Franco, se tient solennellement avec d’autres figures politiques de gauche sur les marches de l’assemblée de l'État de Rio de Janeiro. Autour d’eux, 365 tournesols ont été disposés sur l’immense escalier. C’était la fleur que la conseillère municipale avait choisie comme symbole pour sa campagne électorale.

"365 jours ont passé. Et on ne sait toujours pas qui a commandité le meurtre de Marielle", constate Renata avec amertume. "L'État brésilien doit fournir une réponse, sans aucun doute", poursuit-elle, en pesant chacun de ses mots.

Un symbole de résistance

La lutte pour les droits des femmes, de la communauté noire et des minorités sexuelles que symbolise Marielle Franco, redouble aujourd’hui de sens, depuis l’élection de Jair Bolsonaro, connu pour ses dérapages racistes, sexistes et homophobes. Ces déclarations ont eu pour effet de banaliser les insultes et ont libéré un peu plus les paroles de haine. Les minorités craignent aujourd'hui d’être la cible des partisans les plus extrémistes du gouvernement.

>> À lire sur France 24 : Brésil : torture, homosexuels, Noirs… Jair Bolsonaro dans le texte

Quant à Marielle Franco, son amie Renata refuse catégoriquement de croire qu’elle a été assassinée parce qu’elle était noire, ou homosexuelle. "Ce qui a causé la mort de Marielle, c'est son rapport à la politique, donc nous n'acceptons pas l'argument selon lequel c'est un crime de haine, parce que l'assassin ressentait du dégoût pour elle. Marielle est morte à cause de ses positions politiques qui dérangeaient beaucoup de mafias politiques ici à Rio"

L’ombre d’une milice et ses liens avec le clan Bolsonaro

Marielle Franco dénonçait sans relâche le pouvoir parallèle constitué à Rio de Janeiro par les milices, ces groupes armés qui prennent le contrôle de favelas, souvent après que les trafiquants de drogue en sont chassés par la police. Ils y remplacent l’État absent, en fournissant l’eau et l’électricité, tout en exerçant un contrôle mafieux sur ces territoires, terrorisant les habitants. Actuellement, sur les 1 018 favelas recensées à Rio de Janeiro, 88 sont sous le contrôle de ces bandes armées.

Cette piste a été privilégiée par l’enquête qui piétine malgré tout. Le fait que les milices soient composées d’anciens policiers ou d’agents encore en activité n’y est sans doute pas étranger. L’un de ces groupes, le "Bureau du Crime", est particulièrement suspecté : son chef a été arrêté en janvier dernier. On apprenait alors que son épouse et sa fille étaient employées dans le cabinet du député Flavio Bolsonaro, fils de l’actuel président. Autre fait troublant : l’un des deux hommes arrêtés mardi, habitait dans la même résidence que Jair Bolsonaro [avant qu’il soit élu], sur le front de mer de Barra de Tijuca.

Devant des centaines de personnes réunies dans le centre-ville de Rio de Janeiro jeudi soir pour clore cette journée de commémoration, la sœur de Marielle, Anielle Franco, a déclaré qu' "encore beaucoup d’éléments allaient être découverts". "Il y a un commanditaire", a-t-elle ajouté. "L’enquête ne peut pas s’arrêter. Et elle ne va pas s’arrêter. Et j’espère qu’ils vont dérouler le fil, jusqu’à atteindre celui qui est tout en haut".

Fanny Lothaire
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