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En Algérie, le FLN, soutien indéfectible du président Bouteflika, change de ton

Mouad Bouchareb, coordinateur de l'instance dirigeante du FLN, le 9 février 2019 à Alger.
Mouad Bouchareb, coordinateur de l'instance dirigeante du FLN, le 9 février 2019 à Alger. Ryad Kramdi, AFP

Le Front de libération nationale (FLN), au pouvoir en Algérie depuis l'indépendance, a annoncé, mercredi, qu'il soutenait le mouvement populaire actuel, rapporte l'agence de presse officielle APS.

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Le vent est-il en train de tourner en Algérie ? Si l'on en croit les déclarations du Front de libération nationale (FLN), au pouvoir depuis l'indépendance en 1962 et soutien indéfectible du président Abdelaziz Bouteflka, qui a officiellement annoncé, mercredi 20 mars, soutenir la contestation populaire. Pourtant quelques mois auparavant, le FLN avait exhorté le président Bouteflika à briguer un 5e mandat et l'avait même désigné comme son candidat au scrutin qui devait se dérouler le 18 avril.

"Les militants du FLN soutiennent pleinement le mouvement populaire" de contestation, par lequel "le peuple a demandé, à travers des marches gigantesques, le changement" a déclaré Mouad Bouchareb, coordinateur de l'instance dirigeante du FLN, à l'issue d'une réunion à huis clos de la direction du parti.

"Aujourd'hui, le peuple défend l'Algérie dans des manifestations pacifiques. Le peuple a réclamé le changement et le président (Abdelaziz Bouteflika) y a répondu avec sincérité en prônant un changement de système et une Algérie nouvelle", a ajouté Mouad Bouchareb.

L'ancien parti unique, à la tête du pays depuis 1962, aussi contesté dans la rue  que le chef de l'État Abdelaziz Bouteflika, a également tenu à se dissocier de la politique de l'exécutif en soulignant que le gouvernement "n'était pas entre les mains du parti".

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"Le peuple a parlé sans aucune équivoque et les militants du FLN (...) travailleront pour arriver aux buts escomptés suivant un plan clair", a-t-il poursuivi, "il faut se mettre autour d'une table de dialogue pour arriver à une Algérie nouvelle".

Changement de champ lexical

Un discours pourtant bien loin de celui entendu lors des premiers rassemblements populaires le 22 février dernier. Le FLN dénonçait alors une volonté de semer la discorde dans le pays. "Nous disons à ceux qui appellent au changement, faites de beaux rêves", avait alors lancé Mouad Bouchareb lors d’un meeting à Oran le 24 févier, selon RFI.

Pour les observateurs, c'est le signe que le système se disloque. "Bouteflika est en train de perdre la main et chacun essaye de sauver les meubles", a expliqué à l'AFP Rachid Grim, enseignant en sciences politiques à l'Institut supérieur de gestion et de planification (ISGP) d'Alger. Il "n'a plus de base, le peuple l'a lâché. Tout le monde le lâche". Interrogé par l'AFP, Mohamed Hennad, ancien professeur de sciences politiques à l'université d'Alger, voit dans les récentes déclarations du FLN, "un signe supplémentaire de l'effondrement du système et que le changement est proche".

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Une volte-face qui n'a pas tardé à provoquer des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. Car pour les manifestants, le parti au pouvoir fait " partie du système" qu’ils contestent depuis le 22 février.Dans les cortèges les slogans anti FLN sont légion. "Système dégage, l'Algérie n'est pas un héritage", "Nous exigeons un changement radical du système, non un changement de marionnettes", a-t-on pu lire sur les banderoles à Alger.

Entre le peuple et le FLN, le "je t’aime… moi non plus" prime depuis plusieurs décennies. Le 5 octobre 1988, la jeunesse algéroise descend dans la rue pour protester contre la hausse des prix, le chômage et la spéculation sur le logement. Très vite, les manifestations virent aux émeutes et se propagent à Annaba, Oran, Constantine, Tizi Ouzou ou encore Bejaïa. Ces manifestations tournent rapidement au bain de sang. L'état de siège est déclaré et l'armée chargée de rétablir l'ordre. La violente répression fait 176 morts selon le bilan officiel, 500 selon les sources hospitalières (dont 250 à 300 à Alger).

"La crise vient d’une accumulation de facteurs explosifs. Corruption, mauvais fonctionnement d’une économie trop centralisée, trop rigide, tout entière entre les mains d’une nomenklatura dépassée, réformes imprudentes mal acceptées, mal appliquées car incomplètes, qui ont exacerbé craintes et rancœurs sans relancer la machine, tout s’est mêlé depuis des années pour nourrir, avec la crise pétrolière, le ras-le-bol algérien.", estimait en 2009 un chercheur sur le site Algeria watch.

Ces "évènements d’octobre 1988" ont signé la chute du système de parti unique. Pour ramener le calme, le président Chadli Bendjedid propose alors une réforme par référendum de la constitution de 1976. Une page se tourne. L’Algérie, dirigée par l’omnipotent FLN depuis 26 ans, s’ouvre au multipartisme. Une brèche démocratique dans laquelle le FIS, Front islamique du Salut aujourd’hui dissout, s’engouffrera dès 1991 en remportant le premier tour des élections législatives. Acculé, le chef de l’État annonce l'arrêt du processus électoral, sa démission, ainsi que la dissolution de l'Assemblée nationale, le 11 janvier 1992. Un Haut comité d’État (HCE) composé de cinq personnalités est instauré afin de combler provisoirement le vide institutionnel. Si certains dénoncent un coup d’État militaire, d’autres y voient une manière pour le FLN de conserver le pouvoir.

L’annonce de la prolongation du 4e mandat après le 18 avril est ainsi vue comme un "tour de passe-passe" du FLN pour rester aux commandes de l’Algérie. Mais aujourd’hui, plus que jamais, les manifestants algériens refusent que l’Histoire se répète.

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