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Guerre au Yémen : Paris exhorté de nouveau à cesser la vente d’armes à l’Arabie saoudite

Des combattants d'une tribu fidèle aux Houthis manifestent avec leurs armes à Sanaa, le 16 mars 2019, contre les frappes aériennes de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite dans la province yéménite de Hajjah.
Des combattants d'une tribu fidèle aux Houthis manifestent avec leurs armes à Sanaa, le 16 mars 2019, contre les frappes aériennes de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite dans la province yéménite de Hajjah. Mohammed Huwais, AFP

Dans une conférence de presse commune, jeudi à Paris, plusieurs ONG ont réclamé l’arrêt des ventes d’armes par la France à l’Arabie Saoudite, à la tête de la coalition contre le Yémen, dévasté par quatre ans de guerre.

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Plusieurs ONG parmi lesquelles Amnesty International, Oxfam ou Action contre la faim ont lancé un appel commun jeudi 21 mars, à Paris, pour exhorter la France à suspendre ses ventes d'armes à l'Arabie saoudite et à faire pression pour un processus politique au Yémen, ravagé par quatre ans de conflit et plongé dans une des pires crises humanitaires au monde.

Contacté par France 24, Aymeric Elluin, spécialiste à Amnesty International France de la question des ventes d'armes, estime que l’Arabie saoudite commet des violations des droits de l’homme de façon "systématique et généralisée" dans ce pays. Malgré les multiples cris d’alarme, la France a maintenu ses ventes, faisant d’elle le troisième fournisseur d'armes de l'Arabie saoudite.

La France doit rendre des comptes sur ses exportations d’armes

"La France doit rendre compte de ses exportations d'armes, au Parlement et à la société civile française", déclare Aymeric Elluin, en exhortant Paris à "suivre l'exemple allemand". Berlin a décidé d'un gel de ses livraisons d'armes à l’Arabie saoudite après l'affaire Khashoggi, en octobre 2018.

Paris réplique régulièrement que ses ventes d'armes à Ryad sont contrôlées et ne servent pas à la guerre au Yémen.

Auditionné le 13 février 2019 à l’Assemblée nationale sur les ventes d’armes, Jean Yves le Drian, ministre des Affaires étrangères, affirmant que l’action militaire de l’Arabie saoudite au Yémen se faisait essentiellement par voie aérienne, a déclaré que la France ne fournissait "rien à l’armée de l’air saoudienne".

Mais un document public produit il y a un an par le Parlement britannique vient contredire ses propos. Le 14 mars 2018, la Chambre des communes britannique a exigé du ministère du Commerce international une liste détaillée des exportations pour des transferts vers l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Opacité de l’exécutif sur la vente d’arme en France

Dans ce document, on apprend qu’en 2016 et 2017, le gouvernement britannique a exporté vers la France des composants destinés à la fabrication de pods Damocles (système de téléguidage laser de bombes embarqué sur les avions de combats) pour l’Arabie Saoudite.

Par ailleurs, d’autres pods Damocles sont vendus aux Émirats arabes unis pour équiper leurs Mirages 2000-9, de fabrication française.

Pour Amnesty International, ce document est une preuve. Selon les recherches de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), la France aurait livré près de 60 pods Damocles à l’Arabie saoudite entre 2009 et 2017.

"Cette technologie est destinée à équiper les avions de combat saoudiens et des Émirats, en cause dans les frappes de la coalition", explique Aymeric Elluin. C’est quand même incroyable d’apprendre ces informations par le Parlement britannique et pas par la France elle-même", fustige l'expert d'Amnesty en dénonçant l’opacité de l’exécutif et "l’inertie du Parlement".

"La paix est possible, mais elle n'arrive jamais"

"Je ne sais pas combien de Yéménites doivent encore mourir, être blessés ou affamés, jusqu'à ce que le monde soit enfin convaincu que la guerre doit cesser", a déclaré Radhya Almutawakel, présidente de l'ONG yéménite Mwatana lors de la conférence de presse des ONG à Paris.

La Yéménite, première femme du pays à intervenir au Conseil de sécurité de l’ONU en 2017, a rappelé durant la conférence de presse que tous les belligérants du conflit commettaient des "violations des droits de l’homme". Elle a ensuite exhorté les pays Occidentaux à cesser d'alimenter le conflit en vendant des armes à l'Arabie saoudite.

Les députés Insoumis réclament une commission d’enquête parlementaire

Le 12 mars, le groupe des députés Insoumis a plaidé pour une commission d'enquête parlementaire sur "l'implication de la France" dans le conflit au Yémen.

Le député Alexis Corbière a expliqué avoir déposé une proposition de résolution en ce sens, afin qu'un "débat public puisse s'ouvrir sur ce conflit qui passe trop souvent en dehors des radars", et pour "mesurer" l'implication de la France.

Alexis Corbière s'exprimait notamment aux côtés du juriste canadien Daniel Turp, qui a travaillé sur la légalité des ventes d'armes, et du président de l'Association Action Sécurité Éthique Républicaines (ASER), Benoît Muracciole, qui a réclamé la suspension des transferts d'armes envers les pays membres de la coalition emmenée par l'Arabie saoudite.

La France peut jouer un rôle pour un processus de paix

Le 26 mars 2019 marquera la quatrième année depuis le début de l'intervention au Yémen d'une coalition menée par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour soutenir le gouvernement face aux rebelles houthis soutenus par l'Iran.

Selon les chiffres officiels, quelque 10 000 personnes, pour la plupart des civils, ont été tuées, et plus de 60 000 blessées depuis cette date, mais des ONG estiment que le nombre de morts est largement supérieur, certaines citant un bilan cinq fois supérieur.

Les ONG présentes à la conférence de presse ont également insisté sur le drame humanitaire au Yémen, la pire crise au monde selon l'ONU. "L'aide humanitaire est vitale, mais les ONG sont de plus en plus entravées par des obstacles sécuritaires et administratifs", a dénoncé Fanny Petitbon, de Care France.

Elles ont en outre appelé la France à profiter de sa position de présidente du Conseil de sécurité de l'ONU, jusqu’à fin mars, et sa position prochaine de présidente du G7, pour faire pression en faveur d'un processus de paix.

Depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu, le 18 décembre, il y a eu des affrontements sporadiques entre rebelles et combattants pro-gouvernement. Début mars, cinq enfants ont été tués dans une attaque selon l'Unicef.

Avec AFP

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