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Raid sur l’ambassade de Corée du Nord à Madrid : naissance d'une force d'opposition au régime ?

Un journaliste sud-coréen devant l'ambassade de Corée du Nord à Madrid, en Espagne le 28 février 2019
Un journaliste sud-coréen devant l'ambassade de Corée du Nord à Madrid, en Espagne le 28 février 2019 Sergio Perez, Reuters

Un mois après le mystérieux raid contre l’ambassade de Corée du Nord à Madrid, un groupe militant opposé au régime nord-coréen a revendiqué mercredi l’opération. Du matériel sensible récupéré au consulat aurait été transmis au FBI.

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Un mois après le raid contre l’ambassade de Corée du Nord à Madrid, la justice espagnole révèle qu’un militant du commando a pris contact avec le FBI pour lui transmettre des documents. De son côté, un mystérieux groupe nommé 'Défense civile Cheollima' (DCC) sort du bois,mercredi 27 mars, pour revendiquer l’opération au nom de la lutte contre le régime "criminel et totalitaire" de Pyongyang.

Opération commando à l’ambassade nord-coréenne de Madrid

L'attaque a eu lieu le 22 février. Un groupe d’une "dizaine de personnes" s'est introduit dansl’ambassade de Corée du Nord à Madrid et a pris en otages les occupants "en utilisant la force, avec des armes à feu factices, des machettes, des barres de fer et des couteaux", a précisé la Cour Nationale de Justice Espagnole chargée de l'affaire. Le groupe aurait ligoté les employés et leur aurait couvert la tête avec des sacs. Deux des assaillants auraient ensuite emmené le chargé d'affaires de l'ambassade dans une pièce au sous-sol pour l’inciter à faire défection. Ils se seraient présentés "comme des membres d'une association ou d'un mouvement de défense des droits de l'Homme pour la libération de la Corée du nord", toujours selon le tribunal espagnol.

Les membres du commando se sont ensuite enfuis à bord de deux véhicules de l'ambassade nord-coréenne, abandonnés plus tard, en emportant des ordinateurs, des documents et des téléphones.

Ce raid a eu lieu quelques jours avant le sommet entre le président américain Donald Trump et son homologue nord-coréen Kim Jong Un à Hanoï au Vietnam.

Le groupe 'Défense civile Cheollima' revendique l’attaque

Le 26 mars, l’affaire rebondit : la justice espagnole révèle que l’un des assaillants, Adrian Hong Chang, a pris contact avec le FBI pour lui remettre "des informations relatives à l'incident dans l'ambassade ainsi que du matériel audiovisuel obtenu". Cette prise de contact aurait eu lieu cinq jours après le raid de l’ambassade.

Le lendemain, un groupe nommé 'Défense civile Cheollima' revendique l’opération en donnant sa version des faits : "les ambassades nord-coréennes constituent une géante entreprise criminelle qui coordonne des meurtres, kidnappings et des prises d’otages parfois même dans les familles de leurs propres diplomates (…) Il n’y a pas eu d’attaque, nous avons répondu à une situation d’urgence". Le groupe dément avoir bâillonné ou frappé qui que ce soit et affirme qu’aucune arme n’a été utilisé. 

Militants autonomes ou pilotés par l’étranger ?

Peu connu sur la scène internationale, le groupe DCC avait fait parler de lui lorsque Kim Jong-nam, le demi-frère de Kim Jong-un avait été assassiné à Kuala Lumpur en février 2017. Le groupe avait posté une vidéo de son fils affirmant qu'était en sécurité. DCC avait ensuite annoncé la formation, le 1er mars 2017, d’un gouvernement provisoire en exile appelé 'Free Joseon' (d’après une ancienne dynastie coréenne) pour libérer le peuple de ses "dirigeants criminels".

Avec la révelation du contact avec le FBI, une question se pose : le groupe Défense civile Cheollima est-il une entité autonome ou piloté par une puissance étrangère ?

Pour Jean-Yves Colin de l’Asia Centre contacté par France 24, le groupe pourrait être lié aux services secrets sud-coréens, qui auraient fait le lien avec le FBI, mais cette hypothèse est loin d’être évidente : "Cela signifierait que le National Intelligence Service sud-coréen aurait une autonomie suffisante pour mener des actions qui vont à l’encontre de la politique d’apaisement du gouvernement vis-à-vis de Pyongyang".

Antoine Bondaz, qui dirige le Programme Corée sur la sécurité et la diplomatie de la fondation pour la recherche stratégique (FRS-KF), pointe du doigt l’amateurisme de l’opération : "L’enquête espagnole a avancé très rapidement, ils ont réussi à traquer leur déplacements et ont déjà identifié plusieurs membres. De manière générale, le mode opératoire et le manque de discrétion ne correspondent pas au travail de professionnels du renseignement", explique-t-il à France 24.

Madrid semble pourtant croire à l’implication de la CIA qui aurait "probablement agi en coopération" avec les services secrets Sud-Coréens, selon les sources du quotidien El Pais. Le groupe DCC affirme quant à lui qu’aucun gouvernement n’a été impliqué ou informé de l’opération en amont.

Adrian Hong Chang, l’homme qui veut renverser Kim Jong-un

Si plusieurs membres de l’opération semblent avoir étés identifiés, un seul nom a été révélé par l’enquête espagnole : celui de Adrian Hong Chang, unhomme de nationalité mexicaine mais résidant aux États Unis qui pourrait être le chef du groupe Défense civile Cheollima. C’est cet homme qui aurait donné du matériel audiovisuel de l’ambassade au FBI.

Connu pour son parcours comme militant des droits de l’homme, Adrian Hong Chang a co-fondé l’organisation humanitaire internationale Liberty in North Korea, qui vient notamment en aide aux réfugiés nord-coréens en Chine. A la mort de Kim Jong-il, en décembre 2011, il avait écrit une tribune appelant le peuple à "renverser le gouvernement criminel de Pyongyang".Il dirige aujourd’hui une entreprise de conseil stratégique nommée Pegasus Strategies, une référence au cheval mythologique Pégase aussi appelé Cheollima en Corée du nord.

Une affaire embarrassante pour la diplomatie américaine

Si le mystère demeure sur le but de l’opération à l’ambassade à Madrid, l’incident risque fort d’impacter négativement les tentatives de négociations avec la Corée du Nord. "Le communiqué du groupe est très maladroit", analyse Antoine Bondaz. "Le fait qu’il confirme le lien avec le FBI va alimenter les rumeurs de l’implication américaine et considérablement compliquer le travail des diplomates avec Pyongyang". Cet avis est partagé par Jean-Yves Colin, qui rappelle l’importance symbolique de l’incursion au consulat : "La Corée du nord se considère comme une citadelle assiégée. Ses ambassades constituent un enjeu essentiel de survie nationale bien plus important que pour les autres pays. Pénétrer dans l’ambassade nord-coréenne, pour Pyongyang, est une véritable attaque terroriste".

Dans son communiqué, le groupe précise que l’opération n’a aucun lien avec le sommet de Hanoi entre Donald Trump et Kim Jung-un et que son but n’est en aucun cas d’influencer les négociations internationales avec Pyongyang. Défense civile Cheollima s’excuse également auprès des autorités espagnoles qui se sont "retrouvées dans une situation délicate".

Selon l’enquête, les militants seraient rentrés aux États Unis après l’opération. La justice espagnole doit maintenant décider si elle demande l’extradition des militants. Jugés en Espagne, ces derniers risqueraient jusqu’à 28 ans de prison.

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