ALGÉRIE

Les Algériens mobilisés pour réclamer le départ du président Bouteflika et du "système"

Manifestation massive dans les rues d'Alger, le 22 mars 2019.
Manifestation massive dans les rues d'Alger, le 22 mars 2019. Ryad Kramdi, AFP

Les Algériens réclamant un changement de régime retournent dans la rue pour le premier vendredi de manifestations alors que le président Abdelaziz Bouteflika est lâché tour à tour par ceux qui ont poussé à sa candidature pour un 5e mandat.

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Nouvelle journée test. Les manifestations reprennent en Algérie, vendredi 29 mars, contre Abdelaziz Bouteflika, cible depuis fin février d'une contestation sans précédent en deux décennies de pouvoir, née de sa candidature à un 5e mandat.

En prônant, en début de semaine, la mise en œuvre de mécanismes constitutionnels pour écarter Bouteflika, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée depuis 15 ans et jusque-là soutien indéfectible du président, a rapidement rallié à sa cause l'essentiel de ceux qui étaient les plus zélés prosélytes du chef de l'État.

Algérie : "Les manifestants réclament le changement de l'ensemble du système politique"

Ceux qui, pendant des mois, ont poussé la candidature du président Bouteflika à un cinquième mandat, détonateur de la contestation, s'en écartent désormais.

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Jeudi, Ali Haddad a annoncé sa démission du Forum des chefs d'entreprises (FCE), principale organisation patronale algérienne, qu'il présidait. Son organisation était devenue un instrument de soutien politique au chef de l'État et d'appui à sa candidature à un cinquième mandat.

Avant lui, c'est le Rassemblement national démocratique (RND), pilier de la majorité, qui a lâché Abdelaziz Bouteflika, par l'intermédiaire de son patron, Ahmed Ouyahia. Encore Premier ministre il y a moins d'un mois, celui-ci a demandé au chef de l'État de démissionner.

Abdelmadjid Sidi Saïd, secrétaire général de l'UGTA, principale centrale syndicale du pays, qui chantait il y a peu encore les louanges du président, se range désormais lui aussi derrière la proposition du général Gaïd Salah.

Le "système dans toute sa laideur"

Ceux qui "l'ont soutenu dans toutes ses décisions et ont applaudi toutes ses déclarations (...) sont aussi les premiers à le poignarder dans le dos : Bouteflika n'est pas encore complètement tombé qu'ils se précipitent pour accélérer sa chute", note le site internet indépendant Tout sur l'Algérie (TSA), dénonçant le "système dans toute sa laideur".

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Seul le Front de libération nationale (FLN), l'ancien parti unique majoritaire à l'Assemblée, n'a pas encore déserté, mais les dissidences s'y font de plus en plus entendre.

"Dans le système politique algérien, c'est le pouvoir qui créé ses soutiens, ce ne sont pas les soutiens qui donnent le pouvoir", expliquait, jeudi, Moustapha Hammouche dans une chronique du quotidien francophone Liberté.

Et le centre de gravité du pouvoir semble s'être déplacé. Depuis deux jours, c'est la photo du général Gaïd Salah qui s'affiche en une du quotidien gouvernemental El Moudjahid. Relais des messages du pouvoir, le journal saluait dès mercredi la proposition du chef d'état-major.

Un "règne agonisant"

Le départ d’Abdelaziz Bouteflika "est à présent entre les mains du Conseil constitutionnel, seule institution formellement habilitée à enclencher" la procédure proposée par le général Gaïd Salah, permettant de déclarer le chef de l'État inapte pour cause de "maladie grave et durable", à moins que celui-ci démissionne, écrit El Moudjahid.

Le premier secrétaire du Front des forces socialistes (FFS, opposition), Hakim Belahcel, a appelé l'armée à être "garante" de la démocratie et à "uniquement exercer ses missions de défense de l'intégrité territoriale et de la sécurité des citoyens", a rapporté l'agence APS.

La mise à l’écart, l’"ultime subterfuge"

Quarante-huit heures après la proposition du chef d'état-major et malgré les défections en série, Abdelaziz Bouteflika est toujours en fonction. "Le règne de Bouteflika est agonisant, même si son clan tente de résister", note l'éditorial du quotidien Liberté.

Plusieurs soutiens de la contestation, comme l'avocat Moustapha Bouchachi ou la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), s'opposent déjà à la mise en œuvre, proposée par l'armée, de l'article 102, permettant la mise à l'écart du chef de l'État.

Le processus prévoit des délais trop courts pour garantir une présidentielle libre et transparente explique notamment la LADDH, qui dénonce un "ultime subterfuge" du pouvoir "pour perpétuer le système décrié et rejeté par le peuple".

Le quotidien francophone El Watan dénonce "un énorme piège" et met en garde contre "l'ultime illusion (...) de croire que ce sont des figures du passé (...) qui vont incarner des promesses d'avenir".

Avec AFP

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