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Earth Hour : une heure dans le noir pour dénoncer la pollution lumineuse

Extinction des lumières de la tour Eiffel, à Paris, lors de la deuxième édition d'Earth Hour, le 28 mars 2009.
Extinction des lumières de la tour Eiffel, à Paris, lors de la deuxième édition d'Earth Hour, le 28 mars 2009. Benoit Tessier, Reuters

Earth Hour, initiative lancée par le WWF en 2007, est de retour samedi soir. Le but ? Éteindre la lumière pour interpeller les pouvoirs publics sur la pollution lumineuse, fléau contre lequel nombre de pays, dont la France, peinent à lutter.

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La journée a désormais des allures de rituel. Depuis 13 ans, à l'initiative du WWF, la planète éteint la lumière pendant une heure, à l'occasion d'Earth Hour, pour rappeler l'urgence climatique et les menaces pesant sur la biodiversité.

Samedi 30 mars, entre 20 h 30 et 21 h 30, chacun de nous est invité à mettre les interrupteurs sur "off" pour interpeller les pouvoirs publics sur l'impact de la consommation énergétique et la pollution lumineuse.

Chaque année, plusieurs millions de personnes à travers le monde se prêtent au jeu pour exprimer une volonté certaine d'agir pour la biodiversité et le climat. L'opéra de Sydney, le Kremlin à Moscou, les gratte-ciel de Hong-Kong, la tour Eiffel à Paris… Tout s'éteint. Pourtant, en matière de lutte contre la pollution lumineuse, la plupart des États ont encore du chemin pour que "Earth Hour" devienne un jour "Earth Year"… À commencer par la France, condamnée le 28 mars 2018 par le Conseil d'État pour son inaction contre la pollution lumineuse.

Un retard de huit ans

"C'est malheureux d'avoir eu à faire ce recours contre l'État parce qu'il n'avait pas pris les arrêtés nécessaires. Mais cet arrêté manquait dans le corpus juridique pour que la législation soit appliquée", explique Maxime Paquin, chargé de mission biodiversité à France nature environnement (FNE), l'une des associations avec l'Association nationale de protection du ciel et de l'environnement nocturnes (ANPCEN) et la Frapna ayant intenté le recours contre la France.

La "législation" à appliquer n'est autre que la loi du 12 juillet 2010 portant sur l'engagement national pour l'environnement (mise en œuvre du Grenelle II). Bien qu'elle prévoyait des mesures contre la pollution lumineuse (laquelle nuit à la santé humaine, aux différents écosystèmes et entraîne un gaspillage énergétique), celles-ci n'avaient jusque-là pas pu être mises en œuvre faute de décret d'application.

Le Conseil d'État a donc donné neuf mois à la France pour prendre des arrêtés afin de réduire drastiquement son éclairage public, sous peine d'une astreinte de 500 euros par jour de retard. C'est sur le fil qu'elle a accouché, le 27 décembre 2018, d'un arrêté relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses.

"Le texte le plus ambitieux au monde"

"Globalement, c'est un très bon texte pour l'environnement nocturne parce qu'il répond à l'ensemble des critères qui permettent de maîtriser la pollution lumineuse", explique Pierre Brunet, membre du réseau juridique de FNE.

L'arrêté du 27 décembre 2018, dont Pierre Brunet a suivi l'élaboration, a ceci d'inédit qu'il plafonne notamment les quantités de lumière émises, comme la lumière bleue, toxique pour l'organisme en fonction de sa longueur d'ondes.

Aujourd'hui, un tiers de l'humanité ne voit jamais les étoiles, dont 60 % d'Européens, selon l'atlas mondial de la pollution lumineuse. L'intensité lumineuse a augmenté de 2,2 % par an en moyenne dans le monde entre 2012 et 2016. Nous perdons l'obscurité de la nuit à la vitesse de la lumière.

Aussi, en Europe, pour retrouver des nuits noires, il faut se rendre dans les pays scandinaves, en Écosse, en Autriche, ou encore en Italie, en Slovénie ou en République tchèque, pays restreignant par la loi la pollution lumineuse. La France, comme l'Espagne et la Belgique, faisait figure de mauvais élève au sein de l'Union européenne.

Un temps en passe d'être révolu selon Pierre Brunet, qui estime qu'en matière de lutte contre la pollution lumineuse, l'arrêté du 27 décembre 2018 est "le texte le plus ambitieux au monde". "La Slovénie a une loi depuis une dizaine d'années qui est un peu au même niveau, mais la France devient leader mondial sur la question."

Seul bémol, selon lui : l'arrêté ne contient pas de dispositions précises concernant les espaces naturels "protégés". Un constat partagé par Maxime Paquin : "La pollution lumineuse nuit à un certain nombre d'espèces animales, et à la végétation dont les cycles de vie sont modifiés puisque les feuilles apparaissent plus tôt dans l'année du fait de l'éclairage intense."

12 000 communes éteignent la lumière la nuit

Au sein des villes, des colonies de certaines espèces (notamment de chauves-souris) ont été totalement décimées parce qu'elles avaient établi leur site de reproduction dans les combles éclairés de bâtiments publics. Animaux nocturnes, les chauves-souris ne sortaient plus, l'éclairage ne permettant pas à la nuit de tomber totalement.

Pour tenter d'enrayer le problème, des associations passent des conventions avec les communes ou les propriétaires de bâtiments pour que ceux-ci ne soient pas éclairés à la tombée de la nuit. Pour les encourager, l'ANPCEN a mis en place le Label national villes et villages étoilés, concours auquel les communes engagées dans la réduction de leur pollution lumineuse peuvent candidater et se voir attribuer de une à cinq étoiles.

Aujourd'hui en France, 12 000 communes pratiquent l'extinction en milieu de nuit parce qu'elles ont constaté que l'éclairage ne s'imposait pas entre 1 h et 5 h du matin. "On doit se poser la question de 'pourquoi on éclaire' et 'quand a-t-on besoin d'éclairer', et faire des choix techniques calés sur les usages", rappelle l'ANPCEN. Reste que parmi ces communes, bon nombre n'ont pas attendu l'arrêté de décembre dernier pour prendre les mesures nécessaires afin de lutter contre la pollution lumineuse. C'est d'ailleurs le cas de Paris, dont les installations sont conformes depuis un certain temps, et qui a servi d'exemple lors de l'élaboration de l'arrêté.

Pour ce qui est des contrôles, Pierre Brunet se dit "lucide". "Je suis sans illusion, il n'y aura pas de contrôle, car c'est trop cher, le respect de la loi se fera par la plainte des citoyens et d'associations environnementales", explique-t-il, avant de conclure : "Avant, on n'avait que nos yeux pour pleurer, aujourd'hui on a le droit avec nous."

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