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"The Brink" : un documentaire dévoile les ambitions et les limites de Steve Bannon

L'ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon.
L'ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon. Magnolia Pictures

Sorti le 29 mars aux États-Unis, le documentaire "The Brink" sur l’ancienne éminence grise de Donald Trump jette une lumière crue sur les velléités expansionnistes de l’alt-right américaine.

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Pour les besoins de "The Brink", en salles depuis le 29 mars aux États-Unis*, Alison Klayman a passé une année entière en compagnie de Steve Bannon, l’ancienne éminence grise de Donald Trump. D’octobre 2017 aux élections de mi-mandat de novembre 2018, la documentariste a pu filmer le théoricien de l’alt-right américaine (une mouvance de l’extrême-droite américaine suprématiste et raciste) dans son quotidien d’homme public. On y voit le sexagénaire enchaîner les boissons Red Bull, affiner sa stratégie dans sa demeure privée de Washington DC, prendre la pose devant les téléphones portables de ses partisans et multiplier les voyages en Europe, continent pour lequel il nourrit quelques ambitions.

En suivant Steve Bannon à la trace, "The Brink" jette une lumière crue sur cette personnalité politique que les médias dépeignent d’ordinaire sans beaucoup de relief. "Comme tout un chacun, Bannon est complexe, affirme Alison Klayman à France 24. Il peut se montrer charmant tout en défendant des points de vue particulièrement offensants. Il peut se montrer cultivé tout étant mal informé. Il peut paraître opportuniste mais semble aussi sincèrement adhérer à toutes ces théories du complot qui font florès au sein de l’extrême droite."

"Génie diabolique"

Si Alison Klayman a pu si facilement approcher son sujet, c’est grâce à sa productrice Marie Therese Guirgis, une ancienne collaboratrice de Steve Bannon qui, après s’être fâchée avec lui, s’est rendu compte de tout le bénéfice qu’elle pourrait tirer de ce lien passé : explorer les facettes du "génie diabolique" de l’Amérique moderne et, plus largement, de l’idéologie politique qu’il incarne.

>> À lire : Steve Bannon, futur grand ordonnateur des partis d’extrême droite européens ?

En bon idéologue, Steve Bannon croit dur comme fer que l’Amérique est à un moment-clé de son histoire, à un "quatrième tournant", pour reprendre le titre de son livre de chevet qui prophétise l’avènement d’un ordre politique nouveau ("The Fourth Turning : An American Prophecy" de Neil Howe et William Strauss). Et il en est la figure de proue, veut-il croire, celui qui restera comme le personnage central de cette période charnière, à l’instar d’un Abraham Lincoln qu’il cite à l’envi. De fait, comme le montre "The Brink", Bannon est tout aussi obsédé par ses idées que par la marque qu’il laissera dans l’Histoire.

Mais l’homme ne saurait se contenter d’une postérité circonscrite aux États-Unis. Depuis l’accession de Donald Trump à la Maison Blanche, Steve Bannon rêve de voir ses idéaux nationalistes triompher en Europe. D’où ses nombreux séjours sur le Vieux Continent, à Bruxelles notamment, où il s’attache à répandre la "bonne nouvelle" populiste via son organisation The Movement, créée en 2017. Un lobbying qui se heurte toutefois à sa méconnaissance du terrain, à son obsession idéologique (comme lorsqu’il s’enquiert du taux de natalité des immigrés en Europe) et son peu d’intérêt, finalement, pour les réalités politiques et partisanes des différents pays de l’Union européenne. Mais qu’importe, Steve Bannon est certain que c’est une large coalition d’extrême droite qui va remporter la mise lors des élections européennes du mois de mai prochain.

L'ami qui veut du bien au Rassemblement national

Entre 2017 et 2018, Steve Bannon a ainsi rencontré tout ce que l’extrême-droite européenne compte de leaders, tels Nigel Farage au Royaume-Uni ou Matteo Salvini en Italie. Mais comme le montre "The Brink", ses plus grands alliés sur le continent, ou tout du moins ceux avec qui il a le plus de contacts, sont les cadres du Rassemblement national (RN) de Marine Le Pen, au premier rang desquels Louis Aliot, le vice-président du parti, et Jérôme Rivière, l’un des plus influents membres du conseil national. L’idéologue les a même emmenés avec lui jusqu’à Washington afin qu’ils assistent, ensemble, aux élections américaines de mi-mandat.

>> À lire : À Rome, Steve Bannon marque une nouvelle étape de sa croisade anti-Union européenne

Pour Alison Klayman, l’influence que Steve Bannon exerce sur le principal parti de l’extrême droite française tient moins à ses qualités de stratège qu'à son expérience dans le monde de la finance. Son passé de banquier d’investissement – d’abord chez Goldman Sachs puis pour son propre compte - lui ont offert une expertise en la matière. Aussi lorsque que le RN s’est mis en quête de subsides après s’être fait saisir 2 millions d’euros par la justice (peine réduite à 1 million d’euros par la suite), Steve Bannon a aidé le parti à trouver un moyen de renforcer ses finances et a suggéré des structures où obtenir un prêt. "De nombreux pays ont été mentionnés, et aucun d'entre eux n'était européen", croit savoir Alison Klayman, qui n’a pas été autorisée à assister à ces discussions.

Mais la plus grande contribution de Bannon à l'extrême droite européenne reste son statut de grand manitou de l’alt-right américaine. Grâce à lui, cette extrême droite européenne se sent liée non seulement à Donald Trump et au Brexit, mais également à un mouvement nationaliste de portée mondiale. Pour l’heure, les sondages ne donnent pas l’extrême droite en mesure de contrôler le Parlement européen, mais ils ne prédisaient pas non plus une victoire de Trump ou du Brexit.

Après un an d’immersion au cœur de la sphère nationaliste américaine et européenne, Alison Klayman sait bien que les partis d'extrême droite se montrent de plus en plus optimistes. "C'est notre tour", aiment-ils à dire.

* Aucune sortie n'est pour l'instant prévue en France.

Article traduit par Guillaume Guguen>> Pour lire l'article dans sa version originale (en anglais), cliquez ici.

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