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De plus en plus de Britanniques souffrent de "strexit"

Plusieurs études récentes ont mis en lumière le stress généré par le Brexit.
Plusieurs études récentes ont mis en lumière le stress généré par le Brexit. Oli Scarff, AFP

Le stress lié au Brexit, cette nouvelle pathologie dont souffrent les Britanniques et appelée "strexit", est principalement due à l'insécurité de l'emploi et au manque de visibilité sur l'avenir liés à la sortie du marché unique.

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Amis anglais, si depuis quelques semaines, voire plusieurs mois, l’angoisse vous gagne, les migraines sont de plus en plus fréquentes ou encore, si vous souffrez d’insomnies, vous êtes peut-être atteint d’un nouveau syndrome : le strexit. Comprenez : le stress lié au Brexit.

Plusieurs études récentes ont mis en lumière ce mal de société qui touche le Royaume-Uni. Depuis juin 2016 sur le Brexit, date du référendum, le nombre de prescriptions d'antidépresseurs est en nette hausse (+13,4 %), attestent des travaux de chercheurs de Harvard et du King's college de Londres publiés dans le British medical journal.

Un autre rapport publié fin 2018 révèle également que 57 % de l’absentéisme au travail est dû au stress, à l’anxiété et à la dépression, "alors que pendant des années, les problèmes de dos figuraient en tête de liste", précise le professeur de psychologie et de santé organisationnelle à l’université de Manchester, Cary Cooper, contacté par France 24.

Insécurité de l'emploi

S’il est difficile de mesurer l’effet du Brexit sur la santé de nos voisins, que ce soit en terme de lien de cause à effet ou de proportion, l’insécurité de l’emploi suscitée par la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne aurait un impact particulièrement néfaste sur eux. "Les salariés ont peur de perdre leur travail, notamment dans le secteur automobile où les fermetures d’usines se multiplient”, assure le professeur qui co-écrit un livre sur l’impact psychologique du Brexit sur la population outre-Manche. Pour le constructeur Ford, un Brexit sans accord coûterait plus de 700 millions d’euros en 2019. La City résiste mais n’exclut pas des délocalisations à Paris, Francfort ou Amsterdam.

Conséquence : le temps de présence sur le lieu de travail a fortement augmenté ces derniers temps, révèlent les études. "Les gens, même malades de la grippe, viennent travailler de peur d’être sanctionnés ou licenciés en cas de crise économique post-Brexit ”, commente Cary Cooper.

Manque de contrôle

Au-delà de l’insécurité professionnelle, les Britanniques vivent mal la gestion du processus politique autour du Brexit sur laquelle ils n’ont pas la main. "Ce manque de contrôle est très pesant sur le moral des gens", note le chercheur.

Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes… toutes les classes de la société sont concernées car elles craignent l'impact au quotidien de la sortie du marché unique, que ce soit leur travail, leur pension de retraite ou encore leur système national de santé (NHS).

"C'est comme un divorce, cela peut laisser des traces"

"Les gens sont en mesure de gérer ce genre d’instabilité six mois, voire un an. Mais cela dure depuis trois ans. Et cela n’est pas prêt de s’arrêter…", poursuit-il. Pas étonnant donc, pour Cary Cooper, que six millions de Britanniques aient récemment signé une pétition anti-Brexit et que près de deux millions soient descendus dans la rue pour appeler à un nouveau référendum. "C’est une façon pour eux de reprendre le contrôle sur leur avenir", décrypte-t-il. Sauf que l'option d'un nouveau vote a été rejetée par la Chambre des communes et par la Première ministre Theresa May.

Pour sortir de cette bulle de stress, Cary Cooper préconise de reprendre le contrôle sur sa vie professionnelle en s’enquérant auprès de son employeur sur ses intentions. "Obtenir des informations sur un éventuel déménagement de son entreprise est un très bon moyen de reprendre le dessus", estime-t-il. Idem dans sa vie personnelle : "Il faut trouver des activités où l’on redevient acteur et maître du jeu".

L’issue de l’accord sera aussi déterminante pour tourner la page du strexit. "S’il n’y a pas d’accord, la population active aura beaucoup de mal à relever la tête, analyse-t-il. C’est comme un divorce, cela peut laisser des traces."

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