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Saudi Aramco : l'entreprise la plus rentable au monde, mais toujours pas la plus transparente

Les profits de Saudi Aramco sont presque deux fois plus élevés que ceux d'Apple, jusqu'à présent le groupe le plus rentable au monde.
Les profits de Saudi Aramco sont presque deux fois plus élevés que ceux d'Apple, jusqu'à présent le groupe le plus rentable au monde. Fayez Nureldine, AFP

Le géant pétrolier saoudien Saudi Aramco a, pour la première fois, rendu public le montant de ses profits et son chiffre d'affaires. Il devient ainsi officiellement l'entreprise la plus rentable au monde. Mais des questions demeurent.

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Apple n'est plus le roi des profits. Saudi Aramco, le géant saoudien du pétrole, lui a ravi la couronne d'entreprise la plus rentable au monde, dimanche 31 mars. Le groupe a réalisé un bénéfice net de 111 milliards de dollars en 2018, soit près de deux fois celui de la marque à la pomme (59,5 milliards de dollars), a annoncé l'agence de notation Moody's.

C'est la première fois en plus de 30 ans que des informations sur la santé financière de ce mastodonte de l'énergie sont rendues publiques. Détenue à 100 % depuis 1980 par le gouvernement saoudien, l'entreprise n'était soumise à aucun contrôle externe et s'était bien gardée de dévoiler l'étendue de sa richesse.

Opération transparence

Un appel aux marchés financiers a changé la donne. Objectif : lever environ 10 milliards de dollars afin de l'aider à acquérir le géant saoudien de la chimie Sabic pour 69 milliards de dollars. Afin de séduire les investisseurs, Saudi Aramco a été contraint de fournir des détails sur ses finances aux agences de notation, chargées d'évaluer sa santé financière.

Leur verdict est sans appel : avec un chiffre d'affaires en 2018 de près de 360 milliards de dollars, des bénéfices à faire pâlir d'envie ses principaux concurrents (les profits cumulés de Shell, Exxon, BP et Total s'élèvent à 80 milliards dollars), et des réserves de 86 milliards de dollars, Saudi Aramco confirme haut la main sa place de roi du pétrole.

Alors pourquoi faire appel aux marchés financiers ? C'est parce que Saudi Aramco joue aussi le rôle de grand argentier des réformes du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS). "Les profits de Saudi Aramco sont une source clef des revenus du gouvernement. Si une partie de ces bénéfices est utilisée pour faire des acquisitions, le déficit public va augmenter, du moins à court terme", explique Steffen Hertog, spécialiste de l'Arabie saoudite à la London School of Economics, contacté par France 24. En tout, 63 % des revenus annuels de l'État proviennent de Saudi Aramco.

L'opération transparence a aussi été encouragée par MBS. En 2016, le prince héritier avait décidé de procéder à l'introduction en bourse de Saudi Aramco afin "de mettre un terme à cette idée que le groupe est trop opaque et pour lui permettre de faire partie intégrante des marchés financiers internationaux, ce qui rendra plus facile son expansion à l'international", souligne l'Oxford Institute for Energy Studies dans une note publiée en mars 2017. Une entreprise qui débute en Bourse doit, en effet, publier toutes ses informations financières.

Initialement prévus pour 2018, les premiers pas boursiers de Saudi Aramco ont finalement été repoussés aux calendes saoudiennes. Le gouvernement s'est rendu compte que la valorisation boursière qu'il espérait atteindre (2 000 milliards de dollars) ne serait probablement pas au rendez-vous, explique le Financial Times.

Des informations manquantes

Mohammed ben Salmane n'a pas abandonné l'idée pour autant. Le recours aux marchés financiers et la publication des informations sur sa trésorerie s'intègrent ainsi dans cet effort de normalisation de Saudi Aramco, souligne le Wall Street Journal. Pour le quotidien, ce serait une sorte de première étape avant une possible entrée en bourse à l'horizon 2020-2021.

Mais l'effort de transparence a aussi soulevé des interrogations. "C'est sûr que l'on en sait beaucoup plus qu'il y a seulement une semaine, mais le document soumis aux agences de notation ne contient rien sur les fonctions non-commerciales et quasi gouvernementales de Saudi Aramco", note Steffen Hertog. Le groupe soutient, en effet, financièrement des petites et moyennes entreprises saoudiennes et participe à la construction d'infrastructures, comme des routes, qui n'ont rien à voir avec le pétrole.

Autre fait étonnant, selon l'expert : "Le total des revenus reversés par Saudi Aramco au gouvernement en 2018 est supérieur d'environ 53 milliards de dollars au montant officiel des revenus pétroliers déclarés par Riyad". Une différence surprenante, car la totalité des pétrodollars encaissés par l'Arabie saoudite provient de Saudi Aramco : "Où est passé cet argent ?", se demande Steffen Hertog.

Saudi Aramco a donc encore des efforts de transparence à faire pour envisager une entrée en bourse. Mais les informations rendues publiques devraient suffire à satisfaire les investisseurs qui, d'après Bloomberg, seraient prêt à avancer plus que les 10 milliards de dollars demandés.

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